23 décembre 2025 - Des enfants font la queue pour recevoir l'aide alimentaire fournie par des associations humanitaires turques, à Al-Mawasi, à l'ouest de Khan Yunis, dans la bande de Gaza. Les Palestiniens de la bande de Gaza continuent de faire face à de graves pénuries de produits de première nécessité, en raison des restrictions imposées par Israël sur l'entrée de denrées alimentaires et d'autres produits de base, en violation de l'accord de cessez-le-feu. - Photo : Doaa Albaz / ActiveStills
Par Tareq S. Hajjaj
Une fois qu’Israël et les États-Unis ont lancé leur guerre contre l’Iran, Israël a fermé les points de passage vers Gaza et coupé toute aide. Les Palestiniens de la bande de Gaza craignent désormais un retour à la famine en raison des pénuries alimentaires et de la flambée des prix.
La guerre américano-israélienne contre l’Iran s’est fait sentir dans la bande de Gaza dès le premier jour. Dès le déclenchement de la guerre, le samedi 28 février, les Palestiniens de la bande de Gaza ont immédiatement exprimé leurs craintes quant à une éventuelle fermeture des frontières et à la restriction de l’entrée des marchandises, s’attendant à ce que les hostilités se poursuivent pendant plusieurs semaines. Leurs craintes ne tardèrent pas à se réaliser.
Israël a presque immédiatement fermé tous les points de passage vers Gaza, y compris ceux destinés à l’aide humanitaire. Les Palestiniens s’étaient déjà précipités vers les marchés ce matin-là, anticipant la fermeture et espérant faire des provisions de nourriture et d’autres produits de première nécessité. Ceux qui achetaient habituellement un kilo de farine tous les deux ou trois jours ont commencé à acheter des sacs entiers, provoquant rapidement des pénuries.
Alors que le monde entier est préoccupé par l’escalade continue d’Israël en Iran – et maintenant au Liban, avec l’entrée en scène du Hezbollah –, les Gazaouis craignent qu’une autre guerre menée par Israël passe inaperçue : la reprise de sa politique de famine à Gaza.
Mahmoud al-Qarra, 55 ans, habitant de Khan Younis, affirme que même les événements mondiaux les plus anodins ont des conséquences locales pour les Gazaouis. Il explique que depuis le début de la guerre et la propagation de la nouvelle selon laquelle les points de passage pourraient fermer, les prix ont grimpé en flèche de manière préventive. Israël n’avait pas encore annoncé la fermeture des points de passage.
« Personne à Gaza n’a oublié le goût de la faim », a déclaré Qarra à Mondoweiss. « Ils ne se sont pas encore remis de la famine. »
Au cours des deux années de guerre génocidaire à Gaza, Israël a mené une politique systématique d’affamement dès les premiers mois du conflit. Mais en mars 2025, Israël a complètement coupé toute aide alimentaire à Gaza pendant trois mois.
Plus tard, sous la pression internationale, il a recommencé à autoriser un afflux négligeable d’aide dans la bande de Gaza, tout en poursuivant une politique de « chaos planifié » visant à empêcher les Palestiniens d’atteindre les sites d’aide ou à entraver la livraison en toute sécurité de l’aide à ceux qui en avaient besoin.
En août de cette année-là, le plus grand organisme mondial de surveillance de la famine a officiellement déclaré une famine à Gaza.
« Nous avons vécu une expérience amère », déclare al-Qarra. « Tout ce que nous faisons aujourd’hui est basé sur cette expérience. »
« Si Israël nous anéantissait, le monde serait trop préoccupé pour s’en apercevoir. »
Samedi matin, les prix du sucre, de la viande, du fromage et d’autres produits alimentaires de base ont doublé. Plus tard dans la journée, l’agence israélienne COGAT, chargée d’administrer les territoires palestiniens occupés, a annoncé que tous les points de passage seraient fermés et que l’aide humanitaire à destination de Gaza serait suspendue jusqu’à nouvel ordre.
Cette mesure a été décrite par le COGAT comme le résultat d’« ajustements nécessaires en matière de sécurité ».
Pourtant, le communiqué affirmait que la fermeture « n’aurait aucun impact sur la situation humanitaire » à Gaza, car les « quantités substantielles de nourriture » qui auraient été acheminées depuis le début du cessez-le-feu en octobre 2025 « représentaient quatre fois les besoins nutritionnels de la population ».
La déclaration du COGAT est constamment contredite par les rapports des organismes d’aide internationaux, qui affirment qu’Israël n’a systématiquement pas respecté le nombre de camions d’aide convenu dans l’accord de cessez-le-feu (environ 600 camions par jour, dont seulement 200 environ apparaissent dans les manifestes des postes-frontières).
Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), tout au long du mois de janvier, « les rations couvraient 100 % des besoins caloriques quotidiens minimaux », un taux qui est tombé à 75 % le mois suivant.
De plus, selon les rapports de situation hebdomadaires de l’OCHA au cours des derniers mois, le nombre de camions effectivement autorisés à décharger l’aide humanitaire a toujours été inférieur au nombre enregistré aux postes-frontières.
Muhammad Abu Hamad, 34 ans, commerçant local à Gaza, affirme que samedi soir et dimanche matin, tous ses produits alimentaires étaient épuisés. Il a même mis en vente les quantités qu’il avait gardées en réserve pour les longs mois à venir en raison de la demande écrasante. Celles-ci se sont également rapidement épuisées.
« Alors que des gens mouraient en masse en direct à la télévision, rien n’a changé pour eux », déclare Abu Hamad. « Le siège n’a pas été levé. Nous n’avons pas reçu de vivres, alors même que l’attention mondiale était entièrement focalisée sur la guerre à Gaza. »
Aujourd’hui, alors que le monde est préoccupé par l’attaque contre l’Iran, Abu Hamad affirme que les Palestiniens craignent que le monde ne remarque pas ce qui leur arrive, « même si Israël venait à anéantir le peuple palestinien en une seule nuit ».
« Les gens craignent qu’Israël exploite cette guerre », explique-t-il, « pour mener des actions de destruction à grande échelle ».
Mais sur le terrain, les opérations militaires israéliennes n’ont jamais cessé depuis qu’Israël et le Hamas ont conclu un cessez-le-feu en octobre 2025. Dans les zones de Gaza toujours sous contrôle israélien, délimitées par la « ligne jaune » qui coupe Gaza en deux, les démolitions systématiques de maisons se poursuivent sans relâche.
De nombreux habitants qui ont tenté de retourner dans leurs maisons situées près de la ligne jaune ont été tués à vue par les forces israéliennes, tandis que les habitants vivant dans les centres de déplacement voisins continuent d’entendre quotidiennement des explosions.
Le vendredi 27 février, Israël a tué trois policiers à un poste de contrôle à Khan Younis. Selon le rapport quotidien du ministère de la Santé, le nombre de victimes continue d’augmenter, tandis que des dizaines de blessés arrivent chaque jour dans les hôpitaux de Gaza.
Lors du dernier ramadan, les Palestiniens de Gaza jeûnaient en pleine famine. Après le cessez-le-feu, ils ne s’attendaient pas à devoir endurer des conditions similaires pour la deuxième année consécutive.
Muin Alawan, 28 ans, explique que pendant ce mois marqué par le jeûne, les rituels religieux et les visites familiales, il espérait au moins pouvoir célébrer le mois sacré sans craindre que la nourriture ne vienne à manquer.
Rien d’autre n’est resté pareil à Gaza pendant le ramadan : plus de maisons pour se réunir, ni de mosquées pour accueillir les prières, explique M. Alawan.
Mais Israël a trouvé une autre occasion d’imposer des privations à la population de Gaza. « C’est Israël, observe M. Alawan. Il n’est habitué qu’à la guerre, et cela ne changera jamais. »
Auteur : Tareq S. Hajjaj
* Tareq S. Hajjaj est un auteur et un membre de l'Union des écrivains palestiniens. Il a étudié la littérature anglaise à l'université Al-Azhar de Gaza. Il a débuté sa carrière dans le journalisme en 2015 en travaillant comme journaliste/traducteur au journal local Donia al-Watan, puis en écrivant en arabe et en anglais pour des organes internationaux tels que Elbadi, MEE et Al Monitor. Aujourd'hui, il écrit pour We Are Not Numbers et Mondoweiss.Son compte Twitter.
4 mars 2026 – Mondoweiss – Traduction : Chronique de Palestine

Soyez le premier à commenter