16 septembre 2026 - La mère d’Amal al-Mughayir, âgée de huit ans, serre son corps contre elle tandis que des proches se rassemblent pour pleurer sa mort, survenue lors d’une frappe aérienne israélienne qui a visé des tentes abritant des personnes déplacées dans la zone d’al-Mawasi, à Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza. Malgré le soi-disant « cessez-le-feu » d’octobre 2025, les attaques israéliennes se sont poursuivies quotidiennement, faisant plus de 1300 morts depuis lors - Photo : Doaa Albaz/Activestills
Par Peter Oborne, Talal Hangari
Il promettait d’apporter une « paix durable » : Gaza devait être reconstruite ; les opérations militaires devaient cesser ; une « aide totale » devait être fournie ; et une force internationale de stabilisation devait être mise en place. Il a échoué sur tous les plans.
Il y a près de 25 ans, « Sir » Tony Blair a joué le rôle peu glorieux de porte-parole international de George W. Bush, en faisant accepter au public britannique l’invasion illégale de l’Irak.
Aujourd’hui, l’ancien Premier ministre fait office de porte-voix à un autre président américain, Donald Trump.
Karl Marx a fait remarquer que l’histoire se répète, d’abord comme une tragédie, puis comme une farce. Cette remarque résume parfaitement le rôle de Tony Blair en tant que membre fondateur de haut rang du « Conseil pour la paix » de Trump.
La semaine dernière, lors d’une réunion du Conseil pour la paix [Board of Piece] en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, Blair a eu l’audace de faire la leçon aux Palestiniens sur la nécessité d’abandonner l’expression « Free Palestine ».
Ce sinistre individu a expliqué : « Les Palestiniens vivant à Gaza n’ont pas besoin d’un slogan, ils ont besoin d’une solution. » Mais quelle solution le Conseil pour la paix de Blair avait-il à proposer ? Prétendument un plan de relance de 2,45 milliards de dollars, destiné à la reconstruction, à l’acheminement de l’aide et peut-être au déploiement attendu d’une Force internationale de stabilisation (FIS).
Au cours des trois dernières années, Israël a provoqué l’anéantissement de Gaza. L’ampleur des dégâts est telle qu’on estime le coût de la reconstruction de Gaza à 71,4 milliards de dollars.
Comme Israël restreint l’entrée des matériaux de construction essentiels, les travaux de réparation à Gaza sont menés à l’aide de débris recyclés. Une nouvelle reconstruction à grande échelle n’a même pas encore commencé.
Comme l’a lui-même admis Nickolay Mladenov, du Board of Peace : « Nous sommes très loin de la reconstruction de la bande de Gaza. » On ne peut pas dire qu’une reconstruction significative ait eu lieu.
Et on ne sait même pas d’où proviendront ces 2,45 milliards de dollars. Les finances opaques du Board of Peace ne l’ont pas aidé à lever des fonds. De plus, il est douteux qu’Israël autorise la reconstruction d’un territoire qu’il s’est employé à détruire pendant des années.
Si l’on en croit l’histoire récente, ces 2,45 milliards de dollars ne verront jamais le jour, sans parler des 71 milliards de dollars réellement nécessaires.
En février dernier, les membres du Conseil pour la paix s’étaient engagés à verser 17 milliards de dollars à l’organisation. Seuls environ 300 millions de dollars de cette somme ont été effectivement versés.
Gardez à l’esprit que nous approchons à grands pas de l’anniversaire de la proclamation par le président Trump d’une « paix éternelle », lorsqu’il avait annoncé un accord avec le Hamas qui permettrait de ramener les captifs israéliens chez eux et, se vantait-il, de mettre fin aux bombardements de Gaza.
Gaza devait être reconstruite. Les opérations militaires devaient cesser. Une « aide totale » devait être envoyée à la bande de Gaza sans ingérence. Aucun Palestinien ne devait être expulsé. Une force internationale de stabilisation devait être mise en place. Les normes juridiques les plus élevées devaient être respectées.
Un an plus tard, il est embarrassant de se rappeler l’accueil crédule que ces annonces avaient suscité.
En Grande-Bretagne, tant The Telegraph que The Times ont défendu l’idée que Trump devrait se voir décerner le prix Nobel de la paix…
Tony Blair a bien évidemment salué « la vision du président visant à promouvoir la paix et la prospérité ».
Aucune de ces promesses n’a été tenue, à l’exception de celle du mouvement Hamas, qui a libéré les captifs restants ; les dépouilles des personnes décédées ont été récupérées ou leur sort a été entièrement élucidé avant le début de l’année 2026.
Mais les opérations militaires israéliennes se sont poursuivies. Depuis l’imposition du « cessez-le-feu » de Trump, plus de 1400 Palestiniens ont été assassinés ; 4996 ont été blessés.
En août, au moins 300 enfants avaient été tués, ce qui signifie qu’en moyenne, un enfant de Gaza a été tué chaque jour depuis le début du « cessez-le-feu ».
Le Conseil de Sécurité punit la victime et récompense le criminel
Dans le langage courant, cela n’a rien d’un cessez-le-feu : un grand nombre de civils palestiniens continuent de mourir.
Chose incroyable, dans son rapport de mai au Conseil de sécurité de l’ONU, le Conseil de la paix a insisté sur le fait que « le cessez-le-feu a tenu ». Ce qui se rapproche le plus d’une protestation contre le massacre des Palestiniens par Israël a pris la forme de vagues remarques formulées par l’envoyé du Conseil de la paix à Gaza, Nickolay Mladenov, devant le Conseil de sécurité de l’ONU le mois dernier.
Il a déclaré : « Chaque recours à la force qui ne répond pas à une menace immédiate, et chaque incident que le mécanisme de désescalade n’a pas été chargé de résoudre, coûte au processus quelque chose qu’il est très, très difficile de récupérer. » C’est vrai dans une certaine mesure, mais ce n’est de loin pas assez fort, direct ou catégorique.
Il est impossible d’estimer combien d’autres Palestiniens, en plus de ceux tués directement par l’action militaire israélienne, ont trouvé la mort. Par exemple, on rapporte qu’au moins 1268 malades palestiniens sont décédés parce que leurs évacuations médicales ont été retardées ou refusées.
Une fois de plus, nous n’avons trouvé aucun commentaire de la part du Conseil de la paix.
L’acheminement et la distribution d’une aide humanitaire « complète », qui, selon la promesse du plan de paix, devaient « se dérouler sans ingérence », ont été continuellement entravés par Israël.
Un rapport qui donne à réfléchir, publié le mois dernier par l’agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens, l’UNRWA, constate : « Le volume de l’aide humanitaire autorisée à entrer dans la bande de Gaza a diminué tout au long de l’année 2026 », ajoutant qu’entre mars et mai 2026, « plus de 42 % des missions de livraison d’aide prévues vers la bande de Gaza ont été annulées ou entravées par les autorités israéliennes, la majorité d’entre elles concernant des fournitures médicales, d’eau et d’assainissement essentielles ».
Le responsable de mission en Palestine de Médecins Sans Frontières (MSF) qualifie cela de « politique d’usure délibérée », ajoutant : « Ces politiques ne se contentent pas de retarder l’aide ; elles démantèlent les systèmes mêmes sur lesquels les populations comptent pour survivre. »
Une fois encore, le Conseil de la paix n’a pas réagi. En effet, dans son rapport de mai, il a imputé au Hamas l’échec de l’acheminement de l’aide humanitaire à grande échelle. En réalité, Israël classe de nombreux articles essentiels comme étant à « double usage », notamment les ciseaux, les béquilles, les fauteuils roulants et les prothèses.
On a appris la semaine dernière que plus de 900 fauteuils roulants offerts par deux associations caritatives australiennes à l’intention des enfants blessés et amputés de Gaza avaient été bloqués par Israël.
On peut, au mieux, qualifier cela de sordide, étant donné que Gaza est devenue la région où l’on recense le plus grand nombre d’enfants amputés par habitant de l’histoire moderne.
Aucune intervention, cependant, de la part du Conseil de la paix.
Les déclarations des ministres israéliens tournent régulièrement en dérision le plan de paix, qui prévoyait que « personne ne sera contraint de quitter Gaza… Nous encouragerons les gens à rester et leur offrirons la possibilité de construire une meilleure Gaza ».
Le ministre de la Défense, Israel Katz, ne cache pas l’intention du gouvernement israélien d’organiser une expulsion massive des Palestiniens.
Le ministre de la Sécurité, Itamar Ben-Gvir, a également proposé un plan d’expulsion massive des Palestiniens.
Bien que ces déclarations contredisent manifestement les garanties données dans le plan de paix, le Conseil pour la paix reste muet.
La seule réaction qui s’apparente le plus à une protestation que nous ayons pu trouver est une déclaration anonyme faite lundi par un responsable du Conseil pour la paix au Times of Israel, selon laquelle « il est indéniable que les opinions de plus en plus extrémistes en Israël rendent plus difficile ce que nous essayons de faire ».
Ce genre de murmure de protestation sotto voce et dont l’origine n’est même pas identifiée, est une échappatoire et ne représente en tout état de cause que le point de vue d’un seul individu anonyme.
Il n’y a aucun signe concret de la Force internationale de stabilisation promise. L’engagement selon lequel le Conseil de la paix « s’appuierait sur les meilleures normes internationales pour créer une gouvernance moderne et efficace au service de la population de Gaza » est une plaisanterie de mauvais goût.
La preuve la plus flagrante que le Conseil de la paix a les normes les plus basses réside dans sa charte, qui confère à Donald Trump un pouvoir dictatorial à vie.
La « paix » de Trump et Netanyahu, c’est la « paix des cimetières »
Outre les pouvoirs de Trump, une grande partie du personnel du Conseil de la paix est composée de proches du président. Le comité exécutif ne compte aucun Palestinien ni aucun Arabe.
Pour être honnête, le Conseil de la paix n’est pas resté totalement inactif, puisqu’il a proposé une poignée de projets mal ficelés.
En janvier de cette année, Jared Kushner a présenté un « plan directeur » pour Gaza comprenant une zone de « tourisme côtier », 180 tours d’habitation, des résidences, un « complexe industriel, des centres de données, des installations de fabrication de pointe », ainsi qu’un nouveau port et un nouvel aéroport.
En février, il a été rapporté que des responsables du Conseil pour la paix envisageaient de créer et de mettre en circulation une cryptomonnaie de type « stablecoin » à Gaza.
Au début du mois, Jeremy Greenstock, ancien ambassadeur de Tony Blair auprès des Nations Unies, a déclaré que le Conseil de la paix avait chargé Blair de transmettre à l’Autorité palestinienne un message humiliant, selon lequel celle-ci devait « supprimer de tous les programmes scolaires palestiniens toute mention du mot Palestine » si elle souhaitait être prise au sérieux. (Un porte-parole de Blair a qualifié ce récit d’affabulation.)
En juillet, le Conseil a vanté une feuille de route pour le désarmement palestinien et le retrait israélien de Gaza. La mise en œuvre de ce plan est entourée de flou, et le texte a été rapidement rejeté par les ministres israéliens. Aucun progrès tangible n’a été réalisé, et la manière dont le désarmement et le retrait israélien seront menés reste obscure.
Cela met en lumière un problème fondamental. Le texte du « plan de paix » prévoit que le retrait sera « fondé sur des normes, des étapes clés et des échéances liées à la démilitarisation qui seront convenues entre les FDI, les ISF, les garants et les États-Unis ».
L’accord de l’armée israélienne étant requis, Israël dispose d’un droit de veto sur son propre retrait du territoire qu’il occupe.
L’hiver approche. Israël continue de massacrer les Palestiniens. Les souffrances sont incalculables.
Les historiens s’étonneront que le Conseil de sécurité de l’ONU – y compris la Grande-Bretagne de Keir Starmer – ait voté en faveur du projet de Trump sans la moindre voix dissidente (la Russie et la Chine se sont abstenues ; aucun n’a voté contre).
Le sort de Gaza a été confié à un criminel condamné et raciste, et les Palestiniens en paient le prix inouï.
* Peter Oborne est contributeur de Drop Site News. Il a publié :
Complicit: Britain’s Role in the Destruction of Gaza * Talal Hangari est un auteur spécialisé dans la politique britannique. Il a contribué à l'ouvrage collectif «
Deluge: Gaza and Israel from Crisis to Cataclysm ».Auteur : Peter Oborne
Auteur : Talal Hangari
29 septembre 2026 – Drop Site News – Traduction : Chronique de Palestine

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