Gaza : l’eau de mer contaminée favorise la propagation des maladies

L'effondrement des réseaux d'eau et d'assainissement, dans un contexte de dégâts généralisés aux infrastructures, accroît les risques sanitaires pour des milliers de Palestiniens déplacés dans le centre de la bande de Gaza - Photo : via The New Arab

Par Eman Abu Zayed

Alors que les réseaux d’eau et d’assainissement de Gaza s’effondrent, les familles déplacées sont contraintes de recourir à l’eau de mer contaminée, ce qui accroit le risque de maladies d’origine hydrique chez les enfants.

Gaza – Suhair Ramzi, qui a quarante ans, vit avec ses cinq enfants dans une tente près de la plage, dans la région de Wadi Gaza, après avoir été déplacée de Beit Lahia, au nord de Gaza, lorsque la maison familiale a été bombardée par les forces israéliennes le 18 octobre 2023.

Suhair explique que le choix de s’installer là-bas n’était pas motivé par le désir d’être près de la mer, mais par le fait qu’elle n’avait pas d’autre alternative.

Les meilleures zones, Al-Mawasi y-compris, sont tellement surpeuplées qu’il n’y a plus de place pour installer de nouvelles tentes pour les personnes déplacées, et la famille n’a pas les moyens de louer un terrain en ville en raison des loyers élevés.

Son mari, Mahmoud, travaillait comme chauffeur avant la guerre et est désormais au chômage. La famille n’a donc pas les moyens de louer un logement.

Suhair vit avec ses enfants Muath, 15 ans, Mohsen, 12 ans, Rami, 8 ans, Rana, 5 ans, et Dina, 3 ans, loin des zones régulièrement desservies par les camions-citernes.

N’ayant pas d’argent pour acheter de l’eau, la famille en est venue à dépendre de l’eau de mer dans sa vie quotidienne, l’utilisant pour laver la vaisselle et le linge, se laver, faire le ménage et accomplir ses ablutions, bien qu’elle sache que cette eau est contaminée par les eaux usées et les déchets.

« Nous passons une grande partie du mois à l’hôpital. L’eau est contaminée et nous cause des problèmes d’estomac et des maladies de peau, et mes enfants tombent sans cesse malades », confie Suhair à The New Arab.

Elle ajoute que le coût des traitements représente un fardeau supplémentaire pour la famille, qui n’a pas les moyens de payer les frais médicaux chaque fois qu’un de ses enfants tombe malade.

Déménager ailleurs est également devenu financièrement hors de portée, car, selon elle, le coût du transport de leur tente et de leurs affaires vers une autre région est trop élevé.

« Si nous pouvions aller vivre quelque part où l’eau est potable, nous le ferions. Mais même déménager coûte de l’argent et nous n’en avons pas », explique Suhair.

Les déchets accumulés et les eaux usées qui se déversent dans la mer ont aggravé les conditions de vie dans les camps de tentes – Photo : via The New Arab

Le cas de Suhair et de sa famille n’est pas isolé. Selon le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), 70 % des stations de pompage des eaux usées de Gaza étaient hors service en septembre 2026, tandis que les six stations d’épuration étaient toutes inopérantes.

En conséquence, plus de 150 000 mètres cubes d’eaux usées non traitées sont rejetés dans l’environnement chaque jour, ce qui accroît le risque de contamination de l’eau et constitue une menace pour la santé publique.
Des enfants en danger

Sur ce même littoral, la mer est devenue l’un des rares espaces dont disposent les enfants vivant sous des tentes pour jouer et échapper à la réalité de leur déplacement forcé.

Abdul Rahim Sultan, un enfant de dix ans, vit avec sa famille dans une tente près de la mer et va s’y baigner, comme beaucoup d’enfants qui n’ont guère d’autres endroits où jouer.

Sa mère explique que l’eau de mer fait désormais partie de leur quotidien, et n’est plus seulement un lieu de détente.

« Nous utilisons l’eau de mer tous les jours pour nous laver, faire le ménage et nous laver, car nous n’avons pas d’autre source d’eau », explique-t-elle.

Mais après une baignade, Abdul Rahim s’est senti mal. Pendant la nuit-là, il s’est mis à vomir et a finalement dû être emmené à l’hôpital, où on lui a diagnostiqué une gastro-entérite qui avait entraîné une déshydratation.

Abdul Rahim a dû rester à l’hôpital. Comme l’explique sa mère, le traitement des enfants malades est difficile à cause de la pénurie de médicaments et de matériel médical.

Pour la famille, sa maladie n’était pas simplement un problème médical, c’est la conséquence des risques qu’ils sont obligés de prendre chaque jour, parce qu’ils n’ont pas d’accès à l’eau potable.

Le Dr Hamza Al-Astal, médecin urgentiste, explique qu’ils soignent de plus en plus de patients, obligés d’utiliser une eau insalubre dans le contexte de la crise persistante de l’eau et de l’assainissement à Gaza. Il précise que les symptômes peuvent inclure une gastro-entérite, des vomissements et de la diarrhée, ainsi que des problèmes cutanés liés à l’exposition à l’eau contaminée.

« L’eau contaminée ne pose pas seulement un problème lorsqu’elle est consommée. Son utilisation pour se laver, faire la lessive ou la vaisselle, voire pour se baigner, peut exposer les personnes à toute une série de problèmes de santé, en particulier les enfants », explique le Dr Hamza à The New Arab.

Il ajoute que les enfants souffrant de diarrhée et de vomissements sont particulièrement vulnérables à la déshydratation, et qu’un retard dans l’accès aux soins peut aggraver leur état.

« Nous voyons arriver des enfants déshydratés après avoir perdu de grandes quantités de liquides. Dans des circonstances normales, ces cas peuvent être traités plus facilement, mais la situation actuelle complique les choses car les familles n’ont pas accès à l’eau potable, tandis que les établissements de santé eux-mêmes sont soumis à une pression énorme », explique-t-il.

Le Dr Hamza affirme que le problème ne peut être résolu par le seul traitement médical, car soigner les patients sans s’attaquer à la source de la contamination les laisse exposés aux mêmes risques.

« Si un patient recommence à utiliser la même eau contaminée après avoir reçu un traitement, il court toujours le risque de retomber malade. La prévention commence par la mise à disposition d’eau potable et de services d’assainissement, et ne se limite pas au simple traitement du patient à l’hôpital », ajoute-t-il.

Les données de surveillance sanitaire reflètent l’ampleur des maladies transmissibles à Gaza.

Entre le 14 et le 20 septembre 2026, les maladies transmissibles représentaient 18 % des 279 419 consultations médicales effectuées dans 215 sites de surveillance sanitaire actifs à travers la bande de Gaza.

Parmi les cas de maladie signalés, les infections respiratoires aiguës représentaient 52 %, tandis que les infections et maladies cutanées représentaient 28 % et la diarrhée aqueuse aiguë 20 %.

Les professionnels de santé continuent de surveiller ces maladies malgré un accès limité à l’eau potable et aux services d’assainissement.
Pollution par les eaux usées

Ali Al-Kahlout, spécialiste de l’eau et de l’assainissement, explique que les sources de contamination ne se limitent pas aux eaux usées domestiques, mais incluent également les déchets solides, les fuites des réseaux d’assainissement et les stations d’épuration fonctionnant en dessous de leur capacité.

Il précise qu’une partie de ces eaux usées finit par se déverser en mer sans traitement adéquat, ce qui augmente les niveaux de pollution dans les zones côtières où vivent les personnes déplacées.

« Le problème est que les eaux usées ne disposent d’aucune voie sûre pour être évacuées ou traitées, si bien qu’une partie finit dans la mer. Les infrastructures restant endommagées ou hors service, de grandes quantités d’eaux usées atteignent le milieu marin, soit directement, soit indirectement », explique Ali.

Il ajoute que le volume d’eaux usées rejeté chaque jour fait de la mer l’une des zones les plus touchées par la crise, en particulier autour des zones où les personnes déplacées se sont rassemblées près du littoral.

« Nous parlons de dizaines de milliers de mètres cubes d’eaux usées qui doivent être traitées avant de se répandre dans l’environnement. Lorsque ce traitement n’est pas disponible, les polluants se déversent dans la mer, affectant la qualité de l’eau et augmentant les risques pour les personnes qui l’utilisent pour se baigner, se laver ou pour d’autres besoins quotidiens », ajoute-t-il.

Ali précise que le risque ne se limite pas au contact direct avec l’eau contaminée, mais inclut également l’accumulation de polluants dans l’environnement général.

« Lorsque les eaux usées se mélangent à l’eau que les gens utilisent au quotidien, elles les affectent nécessairement, en particulier dans les sites d’accueil où les alternatives à l’eau potable sont insuffisantes. Pour remédier au problème, il faut donc commencer par empêcher les eaux usées d’atteindre la mer et améliorer les services d’approvisionnement en eau et d’assainissement, plutôt que de se contenter de soigner les personnes une fois qu’elles présentent des symptômes », explique-t-il.

Alors que les réseaux d’eau et d’assainissement de Gaza continuent de se détériorer, la mer reste le point de rejet d’un volume croissant d’eaux usées et de déchets, tandis que la capacité des infrastructures endommagées à contenir et à traiter la pollution ne cesse de diminuer.

Les conséquences vont au-delà de la qualité de l’eau de mer et touchent l’environnement côtier ainsi que la santé publique. Il est essentiel que tout les Gazaouis aient accès à l’eau potable et que les eaux usées soient convenablement traitées, si l’on veut juguler la pollution et ses conséquences.

13 octobre 2026 – The New Arab – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

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