Au milieu des ruines du complexe médical Al-Shifa, le ministère de la Santé de Gaza a diplômé 168 médecins - Photo : via QNN
Par Kathy Kelly
Qui sont les criminels ? Israël et son partenaire, les États-Unis, bafouent de manière flagrante le droit international, commettant de nombreux crimes de guerre dans les territoires palestiniens occupés.
Le jeudi 25 décembre 2025, alors qu’Israël poursuit son génocide contre les Palestiniens, 168 étudiants ont obtenu leur diplôme de médecine à Gaza. Vêtus de leurs blouses blanches, ils se sont tenus devant la façade en ruines de ce qui était autrefois le plus grand hôpital de Gaza, le Complexe Médical Al-Shifa.
En toile de fond, le bâtiment détruit traduit de manière réaliste les dangers auxquels les diplômés ont été confrontés pendant leurs études de médecine. Au cours des deux dernières années de leurs études, ils ont risqué d’être assassinés, blessés, arrêtés, emprisonnés et torturés, ainsi que de voir les membres de leur propre famille attaqués.
Israël a mené une campagne systématique visant à détruire le système de santé de Gaza et à tuer ou emprisonner les professionnels de santé. D’octobre 2023 à octobre 2025, l’Organisation Mondiale de la Santé a recensé 687 attaques israéliennes contre des établissements de santé à Gaza et 211 attaques contre des ambulances. Ces attaques ont fait 985 morts.
Au cours de la même période, Israël a arrêté plus de 306 professionnels de santé.
L’organisation non gouvernementale Health Care Workers Watch – Palestine a rapporté que 95 travailleurs de la santé palestiniens sont toujours en prison, dont 80 originaires de Gaza. Les prisonniers qui ont été libérés rapportent que les médecins sont particulièrement visés par des traitements brutaux.
Parmi les 80 travailleurs de la santé de Gaza qui sont toujours détenus figure l’ancien directeur de l’hôpital Kamal Adwan de Gaza, le Dr Hussam Abu Safiya. Le 27 décembre 2025, le Dr Abu Safiya a entamé sa deuxième année d’emprisonnement.
Pendant plus d’un an, avant son incarcération, l’armée israélienne avait soumis l’hôpital Kamal Adwan à des sièges et des attaques répétés. Le Dr Abu Safiya et son personnel, refusant d’abandonner leurs patients, ont réussi à augmenter le nombre de lits disponibles dans l’hôpital qui est devenu l’un des rares hôpitaux encore en activité dans le nord de Gaza.
Le 25 octobre 2024, Israël a attaqué l’hôpital, bombardant ses bâtiments, détenant de nombreux patients et arrêtant tout le personnel hospitalier, y compris le Dr Abu Safiya, qui a été interrogé puis relâché. Le même jour, un drone israélien a attaqué l’un des bâtiments de l’hôpital et tué le fils du Dr Abu Safiya, Ibrahim, âgé de vingt ans. Le Dr Abu Safiya a enterré son fils dans l’enceinte de l’hôpital et a continué à refuser d’abandonner ses patients.
« L’armée israélienne ne sait pas ce qu’elle veut » a déclaré le Dr Abu Safiya à un journaliste de The Electronic Intifada. « Ils m’ont détenu pendant quelques heures et m’ont interrogé pour savoir s’il y avait des combattants à l’intérieur de l’hôpital. Ils m’ont demandé d’évacuer complètement l’hôpital, mais j’ai refusé et leur ai assuré qu’il n’y avait que des patients à l’intérieur. Mais cinquante-sept membres du personnel médical de l’hôpital ont été arrêtés, (…) Nous souffrons donc d’une grave pénurie de médecins, en particulier de chirurgiens. À l’heure actuelle, nous n’avons plus que des pédiatres — c’est un énorme défi de travailler dans ces conditions. J’ai refusé de quitter l’hôpital et de sacrifier mes patients, alors l’armée m’a puni en tuant mon fils. Je l’ai vu mourir à l’entrée de l’hôpital — ce fut un choc terrible. Je lui ai trouvé une tombe près d’un des murs de l’hôpital, afin qu’il puisse rester près de moi. »
Le 27 décembre 2024, lorsque les forces israéliennes ont menacé de raser l’ensemble de l’établissement, le Dr Abu Safiya a accepté de quitter l’hôpital qui était alors en grande partie inutilisable. Une vidéo emblématique le montre, vêtu de sa blouse blanche, marchant parmi les décombres vers deux chars israéliens.
Il a été détenu au secret, puis emmené à la prison de Sde Teiman dans le désert du Naqab (Néguev), où il a été interrogé et battu avant d’être transféré à la prison d’Ofer. Là, il est détenu à l’isolement. Seule son avocate a été autorisée à lui rendre visite.
Elle exprime son inquiétude croissante face à sa perte de poids, à l’insuffisance des soins médicaux et aux fréquentes sévices physiques dont il est victime.
Amnesty International affirme qu’il a été victime d’une disparition forcée et détenu arbitrairement sans inculpation. Bien qu’aucune accusation n’ait été portée contre lui, un tribunal israélien a prolongé sa détention à plusieurs reprises. Le 16 octobre 2025, le tribunal de district de Be’er Sheva en Israël a prolongé sa détention de six mois supplémentaires.
Qui sont les criminels ? Israël et son partenaire, les États-Unis, bafouent de manière flagrante le droit international, commettant de nombreux crimes de guerre dans les territoires palestiniens occupés. Le Dr Abu Safiya subit quotidiennement des punitions en raison de son courageux dévouement au service des victimes de la guerre.
Dans un monde meilleur, dans un avenir meilleur, nous pouvons espérer que les Palestiniens diplômés de la faculté de médecine pourront se réunir pour écouter un discours prononcé par le Dr Hussam Abu Safiya.
Ensemble, ils pourraient défendre « la Cohorte de l’humanité », comme se nomment eux-mêmes les médecins de Gaza diplômés en décembre 2025 et commémorer en toute sécurité les courageux travailleurs de la santé qui ont risqué et perdu leur vie pour soigner des patients pendant le génocide israélien qui se poursuit encore aujourd’hui.
Convaincus que les soins de santé ne sont jamais un crime, ils pourraient citer l’adhésion historique et extraordinaire de leurs collègues disparus à la mission fondamentale de l’ONU, « préserver les générations futures du fléau de la guerre ».
Auteur : Kathy Kelly
* Kathy Kelly, militante pour la paix et auteure, coordonne le Merchants of Death War Crimes Tribunal (Tribunal des crimes de guerre des marchands de la mort) et préside le conseil d'administration de World Beyond War (Un monde au-delà de la guerre).
1er janvier 2026 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – YG

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