L’État est génocidaire est plus haï que jamais… Mais cela suffira-t-il à stopper le génocide à Gaza ?

9 octobre 2026 - À l'hôpital Al-Shifa, des proches pleurent dans une ambulance la mort de Hossam Ahmed Hoso, âgé de 8 ans, tué lors d'une frappe israélienne visant un immeuble résidentiel du quartier d'Al-Sabra. Une femme a également été tuée lors de cette frappe et de nombreuses autres personnes ont été blessées. L'attaque a causé d'énormes dégâts dans une zone très densément peuplée - Photo : Yousef Zaanoun/Activestills

Par Diana Buttu

Trois ans après le début de la guerre génocidaire menée par Israël contre Gaza, Diana Buttu s’interroge sur les raisons pour lesquelles les critiques de plus en plus vives de l’opinion publique n’ont pas changé la réalité sur le terrain.

Aujourd’hui, la Palestine est présente partout, on la voit et on l’entend. Pour la première fois, soutenir Israël a un coût et rester « neutre » n’est plus une option – il suffit de demander à Ed Sheeran, dont les ventes de billets ont chuté en raison de son ambiguïté et de sa position du type « c’est compliqué ».

Les manifestations en faveur de la Palestine continuent d’attirer des milliers de personnes, et même aux États-Unis, les sondages d’opinion attestent qu’Israël est détesté – à tel point que Megyn Kelly, une femme qui, il y a à peine un an, affirmait que nous, les Palestiniens, étions « d’accord » pour laisser nos enfants mourir de faim juste pour pouvoir « les montrer à la télévision », a commencé à changer de discours.

Ce n’est pas que je n’aurais pas pu imaginer que critiquer Israël publiquement – ou, à tout le moins, réclamer une « Palestine libre » – en Occident ne serait plus tabou ; je n’aurais simplement jamais pensé que cela prendrait autant de temps et se ferait au prix d’un tel coût humain pour les Palestiniens.

Sadisme : les Israéliens ont une addiction aux eaux pestilentielles

En seulement trois ans, plus de 200 000 Palestiniens ont été tués, blessés ou sont portés disparus ; des enfants sont affamés et sont démembrés ; les bombardements israéliens n’ont pas cessé ; et Israël continue d’utiliser les corps des Palestiniens pour tester sa dernière invention en matière de massacre de masse basée sur l’IA.

Et bien que l’opinion publique mondiale ait évolué de façon très nette, cela ne s’est toujours pas traduit par un changement de politique. Des bombes continuent d’être envoyées en Israël ; les échanges commerciaux avec Israël se poursuivent (malgré les déclarations annonçant leur arrêt), et Benjamin Netanyahu (ainsi que l’ensemble de son gouvernement composé de partisans des crimes de guerre) continue de circuler librement, malgré un mandat d’arrêt émis par la Cour pénale internationale.

Israël continue de parler très ouvertement de nettoyage ethnique, non seulement à Gaza, mais aussi en Cisjordanie et au Liban, et l’opinion publique israélienne continue de nier (ou de s’en moquer) qu’elle a commis un génocide.

À Gaza, Israël s’empare de plus en plus de terres, tue de plus en plus de Palestiniens et, un an après le début d’un soi-disant cessez-le-feu, n’a autorisé aucune entrée de matériaux de reconstruction dans la bande de Gaza, car il a clairement indiqué que son objectif était de procéder à un nettoyage ethnique.

Ce n’est plus un secret – et l’opinion publique mondiale commence à s’en rendre compte, mais pourquoi pas ceux qui dirigent ? Pourquoi les livraisons de bombes n’ont-elles pas cessé ?

C’est simple : parce que le génocide qu’Israël perpétre à Gaza ne se résume pas aux politiques israéliennes de ces trois dernières années ; il concerne Israël dans son ensemble – la manière dont cet État a été créé par les pays mêmes qui soutiennent aujourd’hui son génocide, son mode de fonctionnement et ce à quoi ressemble son avenir.

Le génocide perpétré par Israël à Gaza a mis à nu la véritable nature d’Israël : le nettoyage ethnique de la Palestine, qui ne peut être mené à bien qu’au prix de nouveaux crimes de guerre et d’un nouveau génocide.

Le nettoyage ethnique a commencé en 1948

On a toujours dit aux Palestiniens qu’il fallait « tourner la page » sur la Nakba, le nettoyage ethnique de notre patrie.

En effet, pour tant de diplomates, de journalistes et d’autres, nous étions censés nous concentrer uniquement sur la Cisjordanie et la bande de Gaza et ignorer ce qu’Israël a fait en 1948. Mais la seule façon de comprendre ce qu’Israël fait aujourd’hui (et bien sûr ce qu’il a fait avant octobre 2023) est de comprendre la Nakba.

Israël a été créé en 1948 par exactement les mêmes moyens (à l’exception de la technologie) que ceux qu’il utilise aujourd’hui : nettoyage ethnique, massacres, campagnes de terreur et destruction massive de communautés, dont nous ne connaissons d’ailleurs toujours pas tous les détails.

L’objectif était alors, comme il l’est encore aujourd’hui, de nous chasser, nous les Palestiniens, de notre patrie – de nous effacer. C’est pourquoi Israël a systématiquement détruit des centaines de villes et villages palestiniens en 1948, tout comme il a complètement détruit Gaza. Et il continue à faire de même en Cisjordanie et désormais au Liban également.

C’est pourquoi on assiste quotidiennement à des pogroms menés par les colons en Cisjordanie, que les dirigeants israéliens parlent ouvertement de « nettoyage » du Liban, et que les colons trépignent d’impatience, attendant de construire des colonies sur ces terres « nettoyées ».

Les crimes de guerre commis par Israël ne sont un secret pour personne. Israël s’en vante souvent.

Au début des années 2000, alors que je participais aux négociations israélo-palestiniennes, les négociateurs israéliens régalaient souvent leurs interlocuteurs de récits sur leurs crimes de guerre.

« Les Palestiniens ont de la chance que nous laissions l’eau entrer à Gaza. Nous pourrions très bien bombarder les infrastructures hydrauliques », a déclaré un Israélien.

« Les Palestiniens ont de la chance que nous ne tuions (assassinions) qu’un ou deux d’entre eux ; sinon, nous devrions en tuer beaucoup », a ajouté un autre.

« Les Palestiniens ont de la chance que nous ne fassions exploser que des maisons isolées. Nous pourrions détruire des quartiers entiers. » On nous rappelait sans cesse à quel point nous avions de la « chance ».

Les diplomates échangeaient entre eux des regards choqués, puis se remettaient consciencieusement à hocher la tête. À notre intention, ils disaient : « Ils ne le pensent pas vraiment. C’est juste pour la consommation intérieure, pour apaiser la droite. »

Mais nous voyons aujourd’hui qu’ils pensent réellement ce qu’ils disent. Israël est en train de bombarder les infrastructures hydrauliques, de tuer beaucoup de monde et de faire sauter des quartiers entiers.

À présent, il ne devrait plus y avoir aucun doute : la même logique israélienne qui justifiait alors le nettoyage ethnique et la destruction massive de la Palestine continue d’être invoquée pour justifier aujourd’hui le génocide à Gaza. Les actions d’Israël à Gaza ne sont que le prolongement de la Nakba. Et contrairement aux partisans d’Israël, qui refusent de le reconnaître, les Israéliens, eux, en sont conscients.

De la Nakba aux apologistes du génocide

Être Palestinien et vivre en Palestine, c’est vivre parmi des gens qui ont soit perpétré la Nakba, soit en ont été les apologistes, soit la nient. C’est vivre parmi des gens qui ont perpétré un génocide, qui en sont les apologistes ou qui le nient.

La grande majorité des Israéliens entre dans l’une de ces catégories. Ce n’est pas une exagération. Les sondages d’opinion montrent que les Israéliens aimeraient bien expulser les Palestiniens. On en parle au journal télévisé du soir ; on en parle sur les réseaux sociaux. C’est partout.

Presque tous les jours, je tombe sur une vidéo ou une publication dénonçant la présence d’un si grand nombre de membres du personnel médical palestinien dans les hôpitaux israéliens. Comment osent-ils être là ? Même l’Arabe pro-israélien et qui se déteste lui-même, qui était autrefois la coqueluche d’Israël, Yousef Haddad, est désormais impopulaire parce qu’une vidéo datant de cinq ans, dans laquelle il soutenait la solution à deux États, a refait surface.

Ne faites jamais confiance à un Arabe. Vous voyez – ils veulent toujours des terres. Mais cela ne concerne pas seulement la droite.

Prenons, par exemple, une récente vidéo (devenue virale), dans laquelle on voit le célèbre satiriste israélien Lior Schleien s’adresser à des jeunes Israéliens en âge de faire leur service militaire.

Dans la vidéo, il leur demande ce qu’ils pensent des Palestiniens. Plusieurs d’entre eux reprennent les clichés génocidaires désormais habituels : « il n’y a pas d’innocents » à Gaza, y compris les bébés, car ils grandiront un jour. Lior soutient, de manière problématique, qu’il n’y a pas de génocide à Gaza et reprend le cliché éculé selon lequel les manuels scolaires palestiniens posent problème.

Il incite ensuite l’étudiant à réfléchir à la suite des événements. Mais au lieu que ce premier étudiant se demande où tout cela mène, un autre étudiant intervient : « Mais pensez-vous que nous devrions [commettre un génocide] ? »

Ce deuxième étudiant est sérieux. De toute évidence, personne ne lui a expliqué que ce n’est pas le genre de question que l’on pose dans une société normale. Mais après tout, Israël, semble-t-il, n’est pas normal.

Sa question reflète sans détour des décennies de politiques israéliennes qui ont déshumanisé les Palestiniens, ainsi que la mentalité de supériorité et la terrifiante logique du « tout ou rien » selon laquelle « il faut les tuer avant qu’ils ne nous tuent ».

Selon certaines estimations, Israël a perpétré plus d’assassinats que n’importe quel autre pays au monde, et cette machine à tuer est devenue si banale que des jeunes, dans des vidéos, se demandent s’ils devraient commettre un génocide. (Juste un rappel : la réponse est non).

Ce qu’ils veulent, c’est une Palestine sans Palestiniens. Une terre vidée de son peuple autochtone afin qu’ils puissent y ériger de nouveaux gratte-ciel plus laids les uns que les autres et faire comme si nous n’avions jamais existé.

Mais alors que les Israéliens affichent ouvertement leurs fantasmes d’une Palestine « sans Palestiniens, du fleuve à la mer », les partisans d’Israël s’accrochent toujours au fantasme de la « solution à deux États ».

En effet, celle-ci visait à détourner l’attention de la Nakba pour nous faire nous concentrer sur des « solutions » plutôt que sur le « passé ». « Le problème a une solution », tel était le raisonnement, et par conséquent, rien n’avait besoin de changer.

Les Israéliens ont clairement indiqué qu’il n’y a qu’une seule solution – celle dans laquelle nous n’existons pas – et malgré les déclarations creuses et optimistes de soutien à une « solution à deux États » ou à la reconnaissance de l’« État de Palestine » – alors même qu’il est en train d’être effacé –, rien ne peut masquer la réalité : Israël ne va pas, comme par magie, mettre fin de lui-même à son processus de nettoyage ethnique, qui est l’essence même de l’État.

Ainsi, les pays, en particulier les États-Unis, ne sont pas encore disposés à s’opposer à Israël – même si l’opinion publique mondiale les y encourage –, car ce sont eux qui l’ont créé, que ce soit par leur soutien diplomatique, financier, militaire ou par leur inaction.

La fameux « ce n’est pas l’Israël que je connais » correspond exactement au seul Israël que les Palestiniens aient jamais connu.

Ces pays préfèrent donc se retrancher derrière la nécessité de « décisions judiciaires » qualifiant le génocide ; ils prient pour un changement de gouvernement en Israël (même si un tel changement ne mettra pas fin au génocide) et espèrent que la société israélienne se « dé-sionisera » (ou peut-être qu’elle ne sera pas aussi ouverte quant à ses intentions génocidaires).

En bref, ils veulent rester « neutres » alors que la neutralité n’est pas une option. Demandez donc à Ed Sheeran.

7 octobre 2026 – Drop Site News – Traduction : Chronique de Palestine

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