Des proches de prisonniers palestiniens détenus par Israël lors d'une manifestation en Cisjordanie occupée - Photo : archives
Par Jehad Barakat
Des organisations de défense des prisonniers palestiniens ont rapporté des cas de torture, de privation de nourriture, de négligence médicale, et plus de 100 décès de prisonniers dans les prisons israéliennes depuis 2023.
Ramallah – Trois ans après le début de la guerre génocidaire menée par Israël contre Gaza, des organisations représentant les prisonniers palestiniens affirment qu’un « génocide parallèle » est en cours dans les prisons israéliennes, où les mauvais traitements, la torture, la privation de nourriture et la négligence médicale se sont intensifiés.
Plus de 100 prisonniers palestiniens sont décédés en détention israélienne au cours des trois dernières années, tandis qu’environ 9 300 restent emprisonnés dans des conditions de plus en plus difficiles, selon des groupes de défense des droits des prisonniers palestiniens.
C’est ainsi que Nisreen Abu Ghraibeh vient de passer trois ans à craindre pour la vie de son fils Fadi, emprisonné par Israël.
Son angoisse grandit à chaque audience, seule occasion qu’elle a de voir son fils, qui comparaît par visioconférence.
Israël recourt de plus en plus aux audiences par visioconférence depuis octobre 2023, isolant davantage les prisonniers palestiniens de leurs familles, qui ont souvent du mal à obtenir des informations, même élémentaires, sur leurs proches détenus.
S’exprimant lors d’une manifestation hebdomadaire au Centre culturel d’Al-Bireh, près de Ramallah en Cisjordanie occupée, Mme Abu Ghraibeh a déclaré à The New Arab que son fils, comme d’autres prisonniers, avait été victime d’une répression systématique tandis que sa famille ne recevait que de rares informations sur son état.
L’une de ses plus grandes craintes est la propagation de maladies dans les prisons israéliennes, en particulier d’affections cutanées telles que la gale. Les familles ont également reçu récemment des informations faisant état d’autres maladies, notamment la variole du singe.
Chaque fois qu’Abu Ghraibeh apprend qu’un autre Palestinien est décédé en détention, elle craint que son fils ou d’autres prisonniers ne soient les prochains.
« Extermination parallèle »
Lors d’une conférence de presse marquant le troisième anniversaire du début de la guerre d’Israël contre Gaza, des organisations de défense des prisonniers palestiniens ont mis en garde contre le fossé grandissant entre les protections juridiques internationales et la réalité à laquelle sont confrontés les détenus.
Abdullah al-Zaghari, président du Club des prisonniers palestiniens, a déclaré que les prisons israéliennes ne pouvaient être considérées indépendamment du contexte plus large de la guerre.
« La prison ne peut être considérée comme un lieu isolé du contexte d’extermination, mais plutôt comme l’un des outils par lesquels la violence et le contrôle exercés sur les Palestiniens sont reproduits et perpétués au sein d’un système fermé », a-t-il déclaré.
M. Zaghari a indiqué que les témoignages recueillis par les groupes de prisonniers et les organisations de défense des droits de l’homme au cours des trois dernières années constituaient un témoignage important non seulement des exactions commises à l’intérieur des prisons israéliennes, mais aussi de l’incapacité du système international à protéger les victimes et à faire respecter le droit international.
Il a averti que le fait de laisser ces violations se poursuivre sans que leurs auteurs aient à rendre de comptes risquait de normaliser de telles pratiques bien au-delà du contexte palestinien.
M. Zaghari a enjoint qu’il soit donné suite à l’avis consultatif de la Cour internationale de justice déclarant illégale l’occupation israélienne, en démantelant ce qu’il a qualifié de système judiciaire militaire discriminatoire utilisé pour légitimer la répression et les punitions collectives à l’encontre des prisonniers palestiniens.
Il a également appelé à une pression internationale accrue sur Israël concernant la peine de mort pour les Palestiniens.
Sahar Francis, avocate et militante pour les droits des prisonniers, a déclaré que les trois dernières années avaient également été marquées par une évolution dangereuse au niveau législatif, notamment l’introduction de la peine de mort et la création d’un nouveau tribunal militaire chargé de juger les détenus de Gaza accusés d’implication dans l’attaque du 7 octobre 2023.
Mme Francis s’est interrogée sur ce que les institutions palestiniennes, les partis politiques et les familles des prisonniers pouvaient faire face à ce qu’elle a qualifié d’échec des mécanismes juridiques internationaux et des États à respecter leurs obligations.
Helmi al-Araj, directeur du Centre Hurriyat pour la défense des libertés et des droits civils, a accusé Israël de mener une politique de « mort lente » à l’encontre des prisonniers par le biais de la torture systématique, de la privation de nourriture et de la négligence médicale.
Il a déclaré que le traitement infligé aux prisonniers au cours des trois dernières années était sans précédent et a appelé à une plus grande mobilisation publique autour de leur sort.
Al-Araj a également souligné que le secrétaire général de l’ONU avait le devoir de fournir une protection juridique aux prisonniers et d’assurer une protection internationale aux Palestiniens contre les violations commises par les forces israéliennes et les colons
Plus de 100 décès en détention
Dans un rapport examinant les exactions subies par les prisonniers palestiniens depuis octobre 2023, les organisations de défense des prisonniers ont déclaré que les détenus avaient été confrontés à des abus d’une gravité et d’une ampleur sans précédent.
Elles ont souligné que l’adoption, en mars 2026, d’une législation imposant la peine de mort aux prisonniers palestiniens figurait parmi les faits les plus graves.
Selon le rapport, plus de 100 prisonniers palestiniens sont décédés au cours des trois dernières années. L’identité de 92 d’entre eux a été révélée, tandis qu’Israël continue de dissimuler des informations sur le sort de des dizaines de détenus originaires de Gaza et retient les corps de dizaines de Palestiniens décédés en détention.
Les décès survenus au cours des trois dernières années représentent environ 28 % de l’ensemble des décès de prisonniers palestiniens recensés depuis 1967, ont indiqué les organisations.
Environ 26 000 arrestations ont été enregistrées en Cisjordanie occupée depuis octobre 2023, auxquelles s’ajoutent plusieurs milliers d’autres à Gaza.
Quelque 9300 Palestiniens sont actuellement détenus par Israël, dont 118 condamnés à la prison à perpétuité, 91 femmes et 350 enfants.
Par ailleurs, 3101 Palestiniens sont placés en détention administrative sans inculpation ni procès.
Israël classe également 1419 détenus dans la catégorie des « combattants illégaux », qui comprend des prisonniers de Gaza ainsi que des détenus originaires de Syrie et du Liban.
Pour des familles comme celle d’Abu Ghraibeh, ces chiffres ne font qu’aggraver trois années d’incertitude quant au sort de leurs proches derrière les murs de la prison.
Auteur : Jehad Barakat
* Jehad Barakat est journaliste à Palestine Today TV. Il a été à plusieurs reprises en butte au harcèlement et aux violences de la part des forces répressives de l'Autorité de Ramallah, comme des forces israéliennes d'occupation.
8 octobre 2026 – The New Arab – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

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