L’antisionisme est partie intégrante du mouvement antifasciste

10 juillet 2026 - Une fillette brandit un drapeau palestinien lors du festival annuel de cerfs-volants à Burin, en Cisjordanie. Plus d’une centaine de Palestiniens venus de toute la Cisjordanie ont participé à ce festival annuel. Cet événement est organisé chaque année pour témoigner du « sumud » (persévérance ou fermeté) face au nettoyage ethnique et aux déplacements forcés qui s’accélèrent. Le village de Burin est encerclé par des colonies et des avant-postes israéliens et subit depuis des années des attaques répétées de la part des colons, en particulier pendant la récolte des olives - Photo : Heather Sharona /Activestills

Par Jeanine Hourani

L’antisionisme est désormais une conviction philosophique protégée au Royaume-Uni. Les travailleurs et les militants doivent veiller à ce que cette victoire juridique devienne un outil d’action collective.

Au début du mois, un tribunal du travail britannique a confirmé un jugement qualifiant les convictions antisionistes de l’ancien professeur de l’université de Bristol, David Miller, de « convictions philosophiques protégées » au titre de la loi sur l’égalité (2010).

Cette affaire historique revêt une grande importance pour le mouvement de solidarité avec la Palestine et met en lumière une interaction majeure entre les victoires du combat narratif et leurs conséquences sur le terrain.

Au cours des trois dernières années de génocide à Gaza, le mouvement de solidarité avec la Palestine a fait de l’« arène de la narration » un véritable champ de bataille. Dès le début des attaques meurtrières d’Israël, Suella Braverman [alors ministre de l’intérieur] a qualifié les manifestations en faveur de la Palestine de « marches de haine » et a appelé à l’interdiction de slogans de protestation populaires tels que « du fleuve à la mer », les jugeant « antisémites ».

Dans le même ordre d’idées, nous avons vu plus récemment des manifestants arrêtés pour avoir scandé « intifada ». Cela soulève la question suivante : pourquoi ces slogans de protestation sont-ils si menaçants pour l’État et le statu quo ?

La réponse réside dans la compréhension de la « bataille des idées ».

Le pouvoir de la narration

La « Bataille des idées » désigne une campagne politique et idéologique lancée en 1999 à Cuba par Fidel Castro. Cette campagne a exploité le pouvoir du récit pour mobiliser les masses afin qu’elles réclament le retour du jeune Cubain Elian Gonzalez depuis Miami.

Le sionisme est le poisson-pilote du fascisme international

Suite au succès de cette campagne, la « Bataille des idées » s’est transformée en un mouvement national visant à réintroduire les valeurs révolutionnaires et socialistes auprès de la jeunesse cubaine.

L’exemple cubain met clairement en évidence le pouvoir du récit pour mobiliser les masses afin de transformer une revendication en réalité, et au cours des deux dernières années, nous avons pu constater sa pertinence dans le contexte de la lutte de libération palestinienne.

Au cours de la dernière décennie, au Royaume-Uni, nous avons vu le cadre discursif sur la Palestine s’élargir, passant de l’occupation et de l’apartheid au colonialisme de peuplement et au sionisme.

Cela s’est produit malgré des efforts concertés visant à renforcer l’amalgame entre antisionisme et antisémitisme, notamment par l’adoption généralisée de la définition de l’antisémitisme de l’IHRA.

Cependant, l’affaire du professeur britannique David Miller illustre une victoire de la Palestine dans la « bataille des idées », en mettant en évidence le rejet de l’amalgame entre sionisme et judaïsme, ainsi qu’entre antisionisme et antisémitisme.

Ce jugement historique révèle également que les sentiments pro-palestiniens et antisionistes sont désormais largement considérés comme allant de soi.

Cette acceptation croissante du fait que le mouvement palestinien remporte la guerre du discours n’est pas seulement revendiquée par ceux qui s’engagent dans des actions de solidarité, mais est même admise par les Israéliens eux-mêmes.

En effet, les principaux groupes de réflexion israéliens ont dû se rendre à l’évidence que leur « hasbara » s’était avérée insuffisante. En réponse, le gouvernement israélien a quintuplé son budget consacré à la « hasbara » pour le porter à 730 millions de dollars.

Agiraient-ils ainsi si le terrain du discours n’avait pas de conséquences concrètes ?

En parlant de conséquences concrètes

La décision de Miller met en lumière à quel point les sentiments pro-palestiniens et antisionistes se sont ancrés dans le discours public. Si même les institutions les plus libérales peuvent considérer l’antisionisme comme une opinion devant être protégée, nous devons réfléchir aux opportunités stratégiques que cela ouvre pour le mouvement pro-palestinien dans son ensemble.

Un exemple qui vient immédiatement à l’esprit est la section du syndicat University and College Union (UCU) au King’s College de Londres (KCL). L’année dernière, les enseignants et le personnel se sont activement mobilisés et ont voté sur des revendications clés en faveur de la Palestine, notamment le désinvestissement universitaire, la liberté académique et la protection du personnel et des étudiants contre les sanctions disciplinaires.

En 2024, le KCL a accepté de mettre fin à ses investissements directs dans certains fournisseurs d’armes. Ces efforts accrus du personnel et des étudiants appellent donc à un désinvestissement plus large, visant notamment les entreprises complices du projet de colonisation et du complexe militaro-industriel au sens large.

Par ailleurs, au moins 26 étudiants ont fait l’objet de mesures disciplinaires à King’s après s’être engagés dans des actions de mobilisation en faveur de la Palestine sur le campus, et la conférencière palestinienne Dr Rana Baker a été prise pour cible par le lobby sioniste et les médias.

Bien que le référendum sur la grève ait reçu un large soutien, le seuil de participation n’a pas été atteint, de sorte qu’une grève de l’ensemble du personnel n’a pas pu être décrétée.

Néanmoins, la récente protection accordée à l’antisionisme ne fera que renforcer les efforts de solidarité avec la Palestine sur les campus universitaires de tout le pays. Cela renforce à son tour la possibilité très réelle que les travailleurs britanniques puissent se mettre en grève pour la Palestine.

Étant donné que le Royaume-Uni dispose des lois sur la grève les plus strictes d’Europe, en vertu desquelles les grèves politiques sur le lieu de travail sont techniquement interdites par la loi sur les syndicats et les relations de travail (1992), cette nouvelle protection remet cela en cause.

L’affaire Miller fournit des arguments pour de nouveaux conflits sociaux et de nouvelles négociations avec les employeurs, fondés non seulement sur le cadre des « colonies illégales », mais aussi sur une approche plus large de l’antisionisme.

Un parti politique antisioniste ?

Au-delà du campus universitaire, la décision du tribunal du travail a également des implications politiques sur le plan électoral. Plus important encore, une motion affirmant que « le sionisme est du racisme » sera présentée lors du prochain congrès politique du Parti vert.

Cette motion, proposée par l’association « Greens for Palestine », vise à déclarer officiellement le parti antisioniste, en définissant le sionisme comme une forme de discrimination raciale et de colonialisme de peuplement.

Bien que la motion ait été rejetée lors du congrès de printemps du parti, les implications de la confirmation de l’antisionisme en tant qu’opinion protégée rendent beaucoup plus probable l’adoption généralisée d’une telle motion.

Concrètement, cela pourrait signifier qu’un parti politique britannique défende l’antisionisme au sein même de Westminster.

Le cas de David Miller montre que les victoires remportées sur le plan du discours peuvent ouvrir de nouvelles perspectives concrètes pour l’organisation politique.

Les efforts déployés depuis des décennies pour assimiler l’antisionisme à l’antisémitisme visaient à restreindre les horizons politiques du mouvement palestinien, car ce qu’il est possible de dire détermine, en partie, ce autour de quoi on peut s’organiser, ce qu’on peut revendiquer et, en fin de compte, ce qu’on peut obtenir.

« L’antisémitisme est un crime tandis que l’anti-sionisme est un devoir »

En affirmant que les convictions antisionistes peuvent bénéficier d’une protection au titre de la législation sur l’égalité, l’affaire Miller élargit le champ d’action des travailleurs, des étudiants et des organisations politiques.

Mais une victoire symbolique ne se traduit pas automatiquement par une victoire sur le terrain. L’importance de cette décision dépendra en fin de compte de la capacité du mouvement de soutien à la Palestine à transformer cette ouverture stratégique en pouvoir organisationnel et collectif.

Sur les campus universitaires, nous devons nous organiser pour contester plus fermement la complicité des institutions, développer des campagnes de désinvestissement mieux coordonnées et renforcer notre défense des travailleurs et des étudiants sanctionnés pour leur engagement en faveur de la Palestine.

Sur les lieux de travail, nous devons suivre l’exemple de KCL UCL et ne pas avoir peur de tester les limites imposées au syndicalisme politique.

Dans la sphère électorale, nous devons aller au-delà de la critique de certaines politiques du gouvernement israélien ou d’accords commerciaux spécifiques pour nous attaquer explicitement au sionisme lui-même.

Si les récits définissent les limites du possible sur le plan politique, c’est l’organisation qui détermine si ces possibilités se concrétisent. Le succès du mouvement de solidarité avec la Palestine, qui a réussi à faire évoluer le discours public de l’occupation et de l’apartheid vers le colonialisme de peuplement et le sionisme, a ouvert un terrain politique qui semblait autrefois marginal.

Le cas de Miller est l’une des expressions institutionnelles de ce changement de discours que notre mouvement s’est efforcé de concrétiser. La tâche consiste désormais à utiliser l’espace ainsi créé pour traduire cette prise de conscience en conséquences concrètes pour les institutions qui soutiennent le projet sioniste.

19 août 2026 – The New Arab – Traduction : Chronique de Palestine

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