16 juin 2026 - Ibrahim al-Jbour (79 ans), un Palestinien résidant dans la région de Huwara, à l’est de la ville de Yatta en Cisjordanie, montre du doigt l’avant-poste de colons israéliens voisin « Honey from the Rock », établi il y a près d’un an, le 16 juin 2026. Depuis lors, al-Jbour et sa famille ont été largement empêchés de cultiver leurs terres et ont subi des attaques répétées contre leur domicile et leurs terres ; de nombreux membres de la famille ont été arrêtés et agressés ces dernières semaines. Il décrit une vie quotidienne marquée par la peur et l’incertitude, dans un contexte d’expansion continue des colonies et de restrictions limitant l’accès à leurs terres, qui constituent leur principale source de revenus - Photo : Activestills
Par Qassam Muaddi
Depuis des mois, les agriculteurs palestiniens du nord de la Cisjordanie voient leurs conduites d’eau coupées et leurs puits marqués pour être démolis, dans le cadre de l’étranglement progressif de l’agriculture palestinienne mené par Israël. Comme le confient ces agriculteurs à Mondoweiss, « il n’y a pas de lendemain » pour eux.
L’agriculture dans le nord de la Cisjordanie pourrait être sur le point de disparaître sous le poids des confiscations de terres par Israël et de la destruction des puits. La région d’Atouf, située dans le gouvernorat de Tubas, au nord-est de la Cisjordanie, et connue depuis longtemps comme le « grenier » de la région, a été la cible d’attaques menées par des colons contre ses canalisations d’eau.
Ces raids de colons s’ajoutent aux projets d’infrastructure menés actuellement par l’armée israélienne dans la région, qui ont ravagé les terres agricoles palestiniennes et démoli des puits.
Depuis quatre mois, des milliers d’agriculteurs palestiniens de la plaine d’Atouf ne peuvent plus s’approvisionner en eau pour leurs cultures, depuis que des colons ont commencé à attaquer et à endommager les canalisations d’eau, selon des habitants de la région. Ces dernières semaines, l’armée israélienne a rasé des terres agricoles à Atouf dans le cadre d’un projet de route militaire, endommageant encore davantage les canalisations d’eau au passage.
L’armée d’occupation a également émis des ordres de démolition visant des puits de la plaine et en a déjà démoli plusieurs.
Le nord de la Cisjordanie a été au cœur des ordres militaires israéliens et de l’activité des colons ces derniers mois, après que le gouvernement israélien a autorisé les colons à réintégrer des sites où quatre colonies israéliennes avaient été évacuées en 2005.
Pour la première fois depuis la deuxième Intifada, l’armée israélienne a pris le contrôle d’un quartier de la ville de Jénine à des fins militaires au sein de la zone A, qui correspond à la partie de la Cisjordanie censée relever de la juridiction exclusive de l’Autorité palestinienne (AP).
Tubas a également subi son lot de raids israéliens et d’expansion des colonies, notamment en raison de sa situation stratégique surplombant le nord de la vallée du Jourdain. Mais la destruction des sources d’eau sur les terres agricoles de Tubas a des implications plus profondes pour la vie des Palestiniens dans la région et dans toute la Cisjordanie, allant bien au-delà de la question de la continuité géographique palestinienne et de la propriété foncière.
La plaine d’Atouf est partagée entre les villages d’Atouf et de Ras al-Ahmar, qui constituent tous deux des prolongements de Tammoun, le centre administratif de l’est de Tubas. À eux trois, Tammoun, Atouf et Ras al-Ahmar totalisent plus de 85 000 dunams (8500 hectares) de terres agricoles, dont certaines ont été confisquées par le gouvernement israélien au fil des années d’occupation.
Au début de cette année, quelque 30 000 dunams de terres à Tammoun et dans ses villages de l’est étaient encore exploités par des Palestiniens, et des centaines de familles dépendaient de l’agriculture dans la région.
Sameer Bisharat, ancien maire de Tubas, a déclaré à Mondoweiss que « 70 à 80 % des habitants de Tammoun et de ses environs dépendent partiellement ou entièrement de l’agriculture pour subvenir à leurs besoins, surtout depuis qu’Israël a révoqué les permis de travail ».
« Des colons israéliens venus des avant-postes environnants viennent endommager les canalisations d’eau, enhardis par le fait que l’armée israélienne a commencé l’année dernière à construire une route militaire traversant la plaine », a expliqué M. Bisharat.
Les Palestiniens de Tammoun ont tenté à plusieurs reprises de réparer les canalisations endommagées, mais l’armée israélienne n’a cessé d’ordonner aux ouvriers de quitter les lieux, a déclaré M. Bisharat. Puis, au cours des deux dernières semaines, l’armée israélienne a commencé à distribuer des ordres de démolition visant les puits dont dépendent les agriculteurs pour l’irrigation.
La semaine dernière, elle a commencé à démolir plusieurs puits dans la plaine d’Atouf.
« Il n’y a pas de lendemain pour moi »
Durgham Muhammad, agriculteur à temps plein à Atouf, possède 400 dunams (40 hectares) de terres agricoles dans la plaine d’Atouf, comprenant des serres, des champs où poussent diverses cultures et un puits.
« Je cultive des produits de saison comme le blé, les tomates, les oignons, les concombres, les pommes de terre, la laitue, les épinards et divers fruits », a-t-il déclaré à Mondoweiss.
« Comme la plupart des agriculteurs d’ici, je les vends à des marchands sur les marchés aux légumes de Naplouse, Beita et Qabatia. J’emploie 30 agriculteurs pour m’aider, et leurs familles dépendent de cette terre pour leurs revenus. »
Muhammad avait l’habitude d’irriguer sa ferme à partir de son propre puits, et il lui restait suffisamment d’eau pour en vendre à d’autres agriculteurs de la plaine. Mais la semaine dernière, il a reçu un ordre de démolition concernant ce puits.
« Depuis quatre mois, notre activité est pratiquement à l’arrêt, et nous avons beaucoup de mal à joindre les deux bouts », a fait remarquer Muhammad. Bien que le puits n’ait pas encore été démoli, il ne peut plus l’utiliser.
« Ce que nous essayons de faire actuellement, c’est de récupérer autant d’eau que possible des canalisations pour irriguer une partie des cultures et sauver autant de récolte que possible », a-t-il déclaré.
« Le plus difficile, c’est que même cette solution n’est que temporaire, car la route militaire va rendre inaccessibles l’ensemble de mes 400 dunams, ce qui signifie que je vais perdre ma seule source de revenus, et je n’ai aucun autre métier. »
« Quand j’y pense, je me rends compte qu’il n’y a pas de lendemain pour moi, et que je ne peux rien y faire », a-t-il ajouté. « Cela me pousse au bord de la folie. »
Pour Khalil Tafakji, géographe palestinien et spécialiste des colonies israéliennes, la mainmise israélienne sur la plaine d’Atouf et l’est de Tubas est unique en son genre, car elle ne correspond à aucun plan d’expansion des colonies antérieur.
« J’ai étudié le projet de route militaire, qui comprend également une clôture militaire, à partir des cartes », a-t-il déclaré à Mondoweiss.
« Elle traverse le nord de la Cisjordanie depuis l’est de Tammoun et Tubas, en passant par l’est de Qabatiya et Jénine, et se termine au point le plus au nord de la Ligne verte en Cisjordanie, à plusieurs kilomètres à l’ouest de la route Allon, qui symbolise depuis longtemps le projet israélien d’annexion de la vallée du Jourdain. »
Selon M. Tafakji, cela signifie que le projet « ne sert aucun objectif actuel d’extension des colonies » et qu’il est « purement militaire ». Contrairement à d’autres cas, a-t-il ajouté, « la destruction des sources d’eau et des cultures dans la région ne répond à aucun objectif israélien évident ».
« Je ne peux m’empêcher de penser que, dans ce cas précis du moins, la destruction de l’économie agricole en Cisjordanie est en soi l’objectif d’Israël », a expliqué M. Tafakji.
Selon la Commission palestinienne de résistance à la colonisation et au mur, Israël a confisqué au moins 52 000 dunams (environ 5 200 hectares) de terres en Cisjordanie occupée depuis le 7 octobre 2023.
Auteur : Qassam Muaddi
* Qassam Muaddi est un journaliste palestinien basé à Ramallah. Il couvre l’actualité palestinienne : événements politiques, mouvements sociaux, questions culturelles ... Il écrit pour les quotidiens libanais Assafir et Al Akhbar, les sites Middle East Eye, Mondoweiss et The New Arab, ainsi que pour les journaux électroniques palestiniens Metras et Quds News Network.Son compte twitter.
18 août 2026 – Mondoweiss – Traduction : Chronique de Palestine – Éléa Asselineau

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