Face à l’addiction d’Israël pour la guerre, que peuvent faire les Palestiniens ?

21 avril 2026 - La fille de Khamis Al-Qassas (au centre) pleure sa mort devant sa dépouille au complexe médical Al-Nasser à Khan Yunis, dans la bande de Gaza. Al-Qassas est décédé des suites de blessures subies lorsqu’il a été pris pour cible dans une frappe aérienne israélienne dans le quartier de Cheikh Nasser, à l’est de Khan Yunis, plus tôt dans la journée. Son fils a également été tué par les forces israéliennes il y a environ un an. Malgré le soi-disant cessez-le-feu d'octobre 2025, les attaques israéliennes sur Gaza se sont poursuivies quotidiennement, faisant plus de 780 morts parmi les Palestiniens lors de frappes menées dans toute la bande de Gaza depuis lors, selon le ministère de la Santé de Gaza - Photo : Doaa Albaz / Activestills

Par Ramzy Baroud

Il est tentant d’affirmer que la guerre perpétuelle est au cœur de la nouvelle doctrine militaire d’Israël, mais la réalité est plus complexe. Non pas parce que le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu y serait opposé ; c’est plutôt le contraire, comme le montre sa volonté incessante d’escalade militaire.

De fait, sa quête ouvertement déclarée d’un « Grand Israël » exige exactement ce type de militarisme permanent – une expansion sans fin et une destruction régionale soutenue.

Cependant, Israël ne peut pas mener indéfiniment un combat sans limite sur plusieurs fronts. Les responsables israéliens se vantent de combattre sur « sept fronts », mais bon nombre d’entre eux sont des champs de bataille largement imaginaires.

Israël, cependant, est entièrement responsable des véritables guerres, depuis le génocide à Gaza à ses guerres régionales non provoquées.

Mais cela ne doit pas nous faire oublier une autre réalité : à l’approche de la guerre contre l’Iran, et lors de l’escalade contre le Liban, il y avait un consensus quasi total parmi les Israéliens juifs.

Un sondage de l’Institut pour la démocratie en Israël réalisé les 2 et 3 mars a révélé que 93 % des Israéliens juifs soutenaient l’attaque conjointe américano-israélienne contre l’Iran. Ce soutien transcendait tous les camps politiques.

Le même enthousiasme pour la guerre a accompagné le génocide de Gaza et les diverses guerres et escalades au Liban.

Même Yair Lapid — si souvent et si faussement présenté à l’étranger comme une « colombe » — a pleinement soutenu ces guerres, admettant après le cessez-le-feu avec l’Iran qu’Israël y était entré avec un « consensus rare » et qu’il les avait soutenues « dès le tout premier instant ».

Ses critiques répétées, comme celles d’autres politiciens israéliens, ne portent pas sur la guerre mais sur l’incapacité de Netanyahu à obtenir un résultat stratégique.

Et c’est là la distinction cruciale. Les Israéliens soutiennent majoritairement les guerres, mais beaucoup ne font plus confiance à Netanyahu pour transformer les destructions en victoire stratégique.

À la mi-avril, 92 % des Israéliens juifs ont attribué une note élevée à l’armée pour sa gestion de la guerre contre l’Iran, mais seulement 38 % ont plébiscité le gouvernement. En d’autres termes, le public croit toujours en la guerre mais doute de plus en plus des dirigeants qui la mènent.

Cette distinction n’a peut-être pas beaucoup d’importance pour nous, puisque le résultat reste des morts en masse, la dévastation et la violence coloniale. Mais dans les calculs militaires et stratégiques d’Israël, elle a une importance énorme.

Ses guerres ont historiquement suivi un modèle familier : écraser la résistance, imposer une domination militaire et politique, et traduire la violence du champ de bataille en expansion coloniale.

Netanyahu n’a rien fait de tout cela.

C’est pourquoi le tollé suscité en Israël par le cessez-le-feu au Liban du 16 avril a été si violent, et pourquoi les craintes concernant une éventuelle impasse avec l’Iran sont encore plus profondes.

Le cessez-le-feu au Liban n’a manifestement pas permis d’atteindre l’un des principaux objectifs déclarés d’Israël : le désarmement du Hezbollah. Israël a maintenu ses troupes dans le sud du Liban, mais l’accord a mis fin aux opérations offensives et est resté bien en deçà de la « victoire totale » promise.

Pour beaucoup en Israël, tout résultat qui ne correspond pas à une victoire totale est immédiatement interprété comme une défaite.

Un dirigeant régional du nord d’Israël, Eyal Shtern, s’est fait l’écho de cette attitude, lorsqu’il a réagi, avec une brutalité sans concession, au cessez-le-feu au Liban en demandant comment Israël était passé « d’une victoire absolue à une capitulation totale », dans des propos rapportés par CNN.

Telle est la véritable crise à laquelle Israël est aujourd’hui confronté : ce n’est pas qu’il a découvert les limites de la guerre permanente, mais plutôt qu’il a une fois de plus découvert que la violence exterminatrice ne produit pas automatiquement une victoire politique.

Alors que l’Iran dispose d’un levier politique susceptible de permettre une trêve à long terme, voire permanente, le Liban et la Syrie restent dans une position bien plus vulnérable. Cependant, personne n’est dans une situation plus précaire que les Palestiniens, en particulier ceux de Gaza.

Contrairement à d’autres qui conservent une certaine marge de manœuvre politique, les Palestiniens vivent sous l’occupation, l’apartheid et le siège israéliens. Gaza, en particulier, a été réduite à une enclave hermétique de dévastation.

Son siège impitoyable a provoqué l’une des catastrophes humanitaires les plus horribles de l’histoire moderne : une population entière survivant grâce à de l’eau polluée, avec des infrastructures détruites, une pénurie alimentaire critique et des milliers de personnes encore ensevelies sous les décombres.

Les Palestiniens n’ont pratiquement aucune capacité d’imposer des conditions à Israël, d’autant plus qu’il continue de bénéficier du soutien inconditionnel des États-Unis et de ses alliés occidentaux ; ils n’ont pour eux que leur légendaire résilience – sumud. Mais leur résilience, leur action collective et leur présence tenace restent de puissants leviers qu’il est difficile de contenir.

Netanyahu – et ceux qui lui succéderont – trouveront toujours en Palestine un espace où la guerre peut être menée sans relâche et à un coût relativement faible pour Israël lui-même.

A la différence d’autres théâtres d’opérations, où la guerre devient politiquement, militairement et économiquement insoutenable, l’occupation israélienne a réussi à faire de la Palestine un champ de bataille permanent.

Même si Netanyahu, vieillissant et politiquement affaibli, quitte la scène politique, cela ne changera pas le paradigme sous-jacent.

Les futurs dirigeants israéliens continueront de mener la guerre contre la Palestine, non pas malgré ses coûts, mais en raison des avantages qu’ils y voient : elle est subventionnée financièrement, avantageuse sur le plan colonial et politiquement viable au sein de la structure actuelle d’Israël.

Pour briser ce paradigme, les Palestiniens doivent se doter d’un moyen de pression — un véritable moyen de pression. Celui-ci ne peut provenir de négociations futiles ou d’appels à un droit international de plus en plus ignoré.

Il ne peut émerger que d’une résistance collective soutenue au colonialisme, renforcée par un soutien significatif des États arabes et musulmans et de véritables alliés internationaux, et amplifiée par une solidarité mondiale capable d’exercer une pression réelle sur Israël et, surtout, sur ses principaux bienfaiteurs.

Pour l’instant, Netanyahu poursuit ses guerres car il n’a aucune réponse à ses propres échecs stratégiques. Ici, l’escalade n’est pas une force ; c’est le dernier refuge d’un leadership incapable d’assurer la victoire.

Cela révèle toutefois autre chose : Israël entre dans une période de vulnérabilité sans précédent.

Cette vulnérabilité doit être mise en évidence — clairement, systématiquement et de toute urgence — par tous ceux qui souhaitent mettre fin à ces guerres insensées, mettre fin à l’occupation israélienne de la Palestine et ouvrir la voie à une justice qui est bafouée depuis bien trop longtemps.

20 avril 2026 – Middle-East Monitor – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

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