Janvier 2025 - Les forces aérospatiales du Corps des gardiens de la révolution islamique d’Iran dévoilent le drone super-lourd Gaza - Photo : Agence IRNA
Par Abdel Bari Atwan
Trump se tourne vers le médiateur turc pour trouver une issue… Mais Erdogan l’aidera-t-il ?
La concentration de forces militaires américaines, dans le but manifeste de lancer une puissante frappe militaire contre l’Iran, fait partie d’une « guerre psychologique » qui a pour objectif d’intimider ce pays pour qu’il revienne à la table des négociations, soumis et prêt à accepter les conditions américaines, dont les plus importantes sont l’abandon de ses systèmes de missiles avancés et l’arrêt définitif de toutes ses activités d’enrichissement d’uranium.
Cependant, ni les menaces, ni la guerre psychologique ne permettront d’atteindre les objectifs souhaités.
Le recours par le président Trump à des porte-avions escortés de cuirassés pour intimider ses ennemis est une tactique militaire dépassée qui n’est plus efficace contre les grandes puissances régionales telles que l’Iran, qui a fait des progrès substantiels vers l’autosuffisance militaire et le développement d’industries avancées de missiles et de drones, ainsi que de sous-marins.
L’Iran a été confronté à 45 ans de sanctions et à plus de trois tentatives de changement de régime.
L’Iran ne cherche pas le conflit, mais il ripostera certainement avec toutes ses capacités militaires contre toute agression américano-israélienne.
L’arme la plus puissante des Iraniens est leur longue endurance et leur capacité à mener une guerre globale et de longue durée, ce qui contredit complètement la nouvelle doctrine américaine qui peut se résumer en trois mots : « Rapide… Court… Propre », ce qui signifie ici éviter toute perte humaine ou matérielle.
Le général Amir Hatami, commandant de l’armée iranienne, a fait une déclaration rare confirmant l’ajout de plus d’un millier de nouveaux drones à l’arsenal de l’armée de l’air pour attaquer des cibles terrestres et navales américaines, fixes ou mobiles, y compris des porte-avions.
Toutefois, selon nous, la déclaration la plus significative et la plus alarmante est sortie de la bouche du général Ali Shamkhani (un Arabe sunnite), conseiller clé de l’imam Sayyid Ali Khamenei, le guide suprême de la révolution islamique.
Il a déclaré : « La réponse iranienne à toute agression américaine, que ce soit une frappe extensive ou limitée, sera de bombarder le Grand Tel-Aviv, et ce serait le début d’une guerre totale. »
Nous pensons que cette déclaration est très inquiétante, car elle a été faite à la demande de Khamenei et elle reflète la stratégie iranienne, une stratégie dont les détails ont été mis au point lors des réunions de l’élite dirigeante et de ses institutions spirituelles, politiques, militaires et législatives, qui se sont tenues récemment au plus haut niveau.
L’Iran ne fera pas face tout seul à l’agression israélienne ; il sera soutenu par ses alliés régionaux, ainsi que par les peuples du monde arabe et islamique qui ont de l’honneur :
– En premier lieu, le cheikh Naim Qassem, secrétaire général du « Hezbollah », a déclaré que la résistance islamique ne resterait pas inactive en cas d’agression américaine et qu’elle se battrait aux côtés de l’Iran et du Guide suprême.
Lorsqu’on lui a demandé si le mouvement participerait directement, Nawaf al-Moussawi, l’un des principaux dirigeants du parti, a laissé entendre qu’il n’excluait pas de se joindre au combat : « Lorsque nous arriverons à ce stade, nous prendrons une décision. »
– Ensuite, le mouvement yéménite « Ansar Allah », qui a bombardé l’État occupant et ses principales villes, telles que Jaffa, Haïfa, Tel Aviv, Beersheba et Eilat, en solidarité avec les combattants de Gaza et de Cisjordanie, a publié une déclaration confirmant que ses forces et ses missiles ne permettraient à aucun porte-avions ou navire de guerre de s’approcher des eaux de la mer Rouge et de la mer d’Oman.
– Enfin, deux organisations djihadistes irakiennes, dont les branches les plus importantes des Forces de mobilisation populaire irakiennes, ont confirmé leur participation au combat, s’engageant à affronter toute invasion américano-israélienne et à se montrer solidaires de l’Iran.
La première déclaration est venue des « Brigades du Hezbollah » en Irak, qui ont appelé à une guerre totale aux côtés de l’Iran.
Ce pays soutient les opprimés depuis quatre décennies et défend les causes nationales sans tenir compte des différences sectaires ou ethniques, selon une déclaration officielle. Akram al-Kaabi, secrétaire général du « Mouvement Nujaba », a déclaré que « le peuple irakien ne restera pas les bras croisés si les États-Unis attaquaient l’Iran ».
Les États-Unis déclencheront cette guerre au bénéfice et au nom d’« Israël », qui craint et redoute les capacités militaires iraniennes, ainsi que les roquettes du « Hezbollah » et du mouvement « Ansar Allah ».
C‘est pareil pour de nombreux pays arabes qui en subiront les conséquences en termes de sécurité, de stabilité et d’infrastructures. Nous faisons référence aux pays qui abritent des bases américaines et qui risquent de subir les représailles iraniennes, notamment Bahreïn, le Qatar, les Émirats arabes unis, la Jordanie et le Koweït.
L’Arabie saoudite a eu raison de déclarer sans équivoque qu’elle ne permettrait pas aux États-Unis d’utiliser son espace aérien ou son territoire pour mener une attaque contre l’Iran.
Attaque sur l’Iran : la guerre de trop pour l’État sioniste ?
Il est regrettable que bon nombre des autres pays mentionnés ci-dessus n’aient pas adopté une position similaire et aient préféré garder le silence, peut-être parce qu’ils n’ont pas assez de pouvoir pour empêcher les avions de décoller de leurs bases vers l’Iran.
Nous considérons toujours comme possible que le président Trump revienne sur ses menaces à la dernière minute, non seulement par « lâcheté », mais aussi par crainte des conséquences. Ce revirement pourrait s’opérer à la demande expresse d’« Israël », qui l’a supplié il y a deux semaines de reporter la frappe, craignant les énormes destructions humaines et matérielles que provoquerait l’inévitable riposte iranienne.
Trump attend un appel de l’Iran ou de l’un des intermédiaires, le dernier en date étant la Turquie d’Erdogan. Selon eux, l’Iran a accepté les négociations, mais uniquement à ses conditions. La première étape consisterait à mettre fin aux menaces en ordonnant aux porte-avions et aux cuirassés de retourner où ils étaient.
Les forces militaires iraniennes n’ont d’autre choix que d’accepter le combat, mais elles en détermineront l’issue, car elles ne sont pas au bord de la débâcle, comme le prétend Marco Rubio, le secrétaire d’État américain.
Au contraire, de nombreux observateurs estiment qu’elles n’ont jamais été plus puissantes, surtout après avoir réprimé les émeutes déclenchées par une armée d’agents à la solde des États-Unis et d’Israël.
Elles n’ont pas non plus flanché pendant la guerre de 12 jours, parce que le coût de la capitulation est bien plus élevé que celui de l’endurance et de la lutte pour la dignité et la souveraineté.
Le martyr héroïque meurt une fois, le lâche meurt cent fois.
Auteur : Abdel Bari Atwan
* Abdel Bari Atwan est le rédacteur en chef du journal numérique Rai al-Yaoum. Il est l’auteur de L’histoire secrète d’al-Qaïda, de ses mémoires, A Country of Words, et d’Al-Qaida : la nouvelle génération. Vous pouvez le suivre sur Twitter : @abdelbariatwan
30 janvier 2026 – Raï al-Yaoum – Traduction : Chronique de Palestine

Soyez le premier à commenter