Palestine de 1948 : une liste arabe commune aux prochaines élections ?

Photo: Ahmad Gharabli
Dans un bureau de vote de Tayibe, au nord d'Israël, le 9 avril 2019 - Photo: Ahmad Gharabli
Daoud KuttabLes Arabes palestiniens d’Israël vont-ils se représenter sur une liste commune aux prochaines élections ?

Dès que la nouvelle Knesset israélienne a eu voté le 30 mai sa dissolution et la tenue de nouvelles élections en septembre, les citoyens palestiniens d’Israël se sont mis à discuter de l’opportunité de renouveler l’expérience de la liste commune qui avait remporté 13 sièges lors des élections de 2015, au lieu des 10 sièges remportés par les seuls partis arabes lors des élections du 9 avril de cette année.

Le taux de participation en faveur des partis arabes en avril a été de 49%, contre 63% en 2015. La liste commune de Hadash (Front démocratique pour la paix et l’égalité) et de Ta’al, dirigée par Ahmad Tibi, a remporté six sièges, et la liste combinée du parti islamiste Ra’am (Liste arabe unie) et de Balad (Tajamu) a à peine dépassé le seuil des quatre mandats de la Knesset.

Jafar Farah, un important membre de Hadash, qui est le directeur du Centre Mossawa de Haïfa qui milite pour l’égalité des citoyens palestiniens d’Israël, a déclaré à Al-Monitor : « Il y aura certainement une liste arabe unifiée. Les noms des personnes qui figureront sur les listes sont en discussion car, lors des élections d’avril, les Palestiniens du Néguev n’étaient pas représentés et il faut aussi changer certains des candidats du parti islamique et de Balad. Les deux partis [Balad et les islamistes] ont eu de mauvais résultats en avril. »

Selon Farah, « [la branche sud du Mouvement islamique] tiendra probablement de nouvelles primaires pour déterminer les membres de sa liste maintenant que Mansour Abbas a renoncé à diriger la liste islamique ».

Mansour Dahamsheh, secrétaire général de Hadash, a déclaré au site d’information Arabes48 : « Les leçons la plus importantes de ces deux scrutins sont que l’unité donne de meilleurs résultats et que présenter une liste unifiée est la meilleure réponse aux politiques d’extrême-droite et à l’incitation contre les Arabes à laquelle se livrent Netanyahu et [le laïc d’extrême-droite] Avigdor Liberman.”

Dahamsheh pense que la nouvelle liste doit être ouverte à tous les secteurs de la société arabe pour réussir, mais une crainte pourrait entraver les efforts pour constituer une seule liste : celle que cette liste ne se rapproche trop des partis sionistes et de leurs candidats éventuels.

Botrus Mansour, un avocat qui est aussi le directeur de l’école baptiste de Nazareth, a dit à Al-Monitor qu’Ayman Odeh, le leader de la liste Hadash-Ta’al, serait au centre des négociations. Il a prononcé un discours le 25 mai lors d’un rassemblement anti-Netanyahu organisé par le parti Bleu et Blanc rival de Netanyahu. Lors du rassemblement, Odeh avait appelé à l’unité des juifs et des arabes, à la paix et au rejet de la loi d’immunité que Netanyahu a essayé de faire passer pour se protéger contre d’éventuelles poursuites pour corruption.

« Nous, les citoyens arabes, nous ne pouvons peut-être pas le faire seuls, mais sans nous, c’est impossible », a dit Odeh. « Cette lutte est aussi une lutte pour la paix, l’égalité, la justice sociale. Elle exige un partenariat entre des dirigeants courageux. Je suis prêt à ce partenariat afin d’apporter le changement. »

« Si on veut que la liste arabe unifiée entraîne une hausse de la participation permettant d’avoir 12 ou 13 élus, les juifs et les arabes doivent s’unir mais sans coopérer avec les généraux israéliens [qui dirigent les Bleus et les Blancs] », a indiqué Mansour. Une coopération avec les généraux israéliens diviserait les citoyens palestiniens d’Israël. La perte de trois sièges pourrait donner à Netanyahu l’avantage dont il a besoin pour mettre en place un gouvernement de droite. »

Awad Abdel Fattah, ancien secrétaire de Balad, s’attend à ce que la droite continue à dominer la politique israélienne. Il a déclaré à Al-Monitor : « La coalition Bleu et Blanc, composée de généraux israéliens, a été créée pour sauver Israël de lui-même, et par conséquent, cette opposition à Netanyahu est tout aussi sioniste que lui. »

Abdel Fattah, qui est d’accord avec Mansour, a déclaré : « [Toute tentative de] coopération avec des généraux criminels de guerre fera échouer les tentatives d’unité des Palestiniens d’Israël ».

Abdel Fattah, qui est coordinateur de la Campagne pour un État démocratique unique, estime qu’il faudra beaucoup de temps pour obtenir l’égalité pour tous les citoyens, mais il ajoute : « Mais nous devons nous y mettre sans tarder ». Il a déclaré à M. Al-Monitor : « Il nous faudra des décennies pour réaliser notre projet d’État unique, mais nous devons élaborer une stratégie tout de suite et ne pas perdre de temps avec des tactiques de court terme « .

L’une des questions les moins discutées lors des élections d’avril a été la campagne menée par certains pour boycotter les élections. Bien que ce mouvement n’ait pas de nom ni d’organisation officielle, il semble avoir trouvé de nombreux partisans.

Adnan Tarabsheh, un comédien du village galiléen de Mughar et militant de la campagne, a déclaré à Al-Monitor que la campagne allait intensifier ses appels au boycott des élections de septembre car les élections, selon lui, « ne servent qu’à justifier le maintien d’un système qui ne respecte pas les droits des Palestiniens. »

Les citoyens palestiniens d’Israël s’uniront très probablement pour se présenter sur une liste unique, et atteindront sans doute le record de 13 mandats, 11% des 120 sièges de la Knesset, qui a été atteint aux élections de 2015. Cela ne correspondrait toujours pas au nombre de députés nécessaires pour représenter la population arabe, qui s’élève à 20 %. Il est peu probable que 13 sièges puissent faire une différence après les élections quand il s‘agira de former la coalition gouvernementale. Les tractations impliqueront très probablement les partis juifs de droite et les partis ultra-orthodoxes. Un front uni est néanmoins important pour préserver la situation des citoyens palestiniens d’Israël et leur combat pour la paix et l’égalité.

* Daoud Kuttab : journaliste palestinien né à Jérusalem, il a enseigné le journalisme à Princeton et dirige actuellement le Community Media Network, organisation dédiée au progrès du journalisme arabe indépendant. Son compte Twitter : @daoudkuttab


10 juin 2019 – Al Monitor – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet