Macron prend la tête d’une croisade pro-israélienne

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Roi de la combine, de la roublardise et de la poudre aux yeux , Macron selon le vieil adage est "faible avec les forts et fort avec les faibles" - Image : Réseaux sociaux
Jonathan CookLe Français Macron prend la tête des dirigeants occidentaux qui font un amalgame délétère entre antisionisme et antisémitisme.

On peut mesurer à quel point l’approche de la communauté internationale à l’égard d’Israël s’est inversée, au cours des cinquante dernières années, en se penchant simplement sur le sort d’un seul mot : le sionisme.

En 1975, une grande partie du monde s’est désolidarisé des États-Unis et de l’Europe à l’Assemblée générale des Nations-Unies et a affirmé que le sionisme, l’idéologie fondatrice d’Israël, « est une forme de racisme et de discrimination raciale ».

Cela a choqué le public occidental. Le sionisme, leur avait-on dit, était un mouvement de libération nécessaire pour le peuple juif après des siècles d’oppression et de pogroms. La création d’Israël ne faisait que réparer les horribles sévices qu’il avait subis et qui avaient culminé dans les horreurs de l’Holocauste.

Mais le sionisme paraissait très différent aux pays du monde qui avaient subi des siècles de colonialisme européen, et plus récemment les ingérences de l’impérialisme américain.

La longue histoire des crimes contre les Juifs qui a conduit à la création d’Israël s’est déroulée principalement en Europe. Pourtant, l’Europe et les États-Unis ont parrainé et secondé l’arrivée des Juifs dans un autre pays, loin de leurs propres côtes.

Les grandes purges des Palestiniens autochtones opérées par les Juifs européens en 1948 et 1967 rappelaient à tout l’hémisphère sud le nettoyage des peuples autochtones aux États-Unis, au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Afrique du Sud par des Européens blancs.

Un anachronisme colonial

En 1975, au moment du vote de l’ONU, il était clair qu’Israël n’avait pas non plus l’intention de rendre aux Palestiniens les territoires occupés qu’il avait saisis huit ans auparavant. Au contraire, Israël consolidait l’occupation en transférant illégalement sa propre population civile dans les territoires palestiniens.

Partout dans le monde, ces colons juifs étaient vécus comme un anachronisme, une réminiscence des « pionniers » blancs qui se dirigeaient vers l’ouest à travers les terres supposément vides des États-Unis, des fermiers blancs qui s’appropriaient de vastes étendues d’Afrique du Sud et de Rhodésie, et des blancs nouvellement arrivés qui regroupaient ce qui restait des peuples aborigènes d’Australie dans des réserves ou les transformaient en attraction touristique.

La résolution de l’ONU « Le sionisme est du racisme » a duré 16 ans – jusqu’à la chute de l’Union soviétique et l’émergence des États-Unis comme seule superpuissance mondiale. Après de nombreuses pressions diplomatiques de la part de Washington, y compris la promesse qu’Israël s’engagerait dans un processus de paix avec les Palestiniens, la résolution 3379 a finalement été abandonnée en 1991.

Des décennies plus tard, le plateau de la balance a basculé de l’autre côté.

Les élites américaines et européennes ne se contentent plus d’être sur la défensive en disant que le sionisme n’est pas du racisme. Maintenant, elles sont à l’attaque. Elles affirment que l’antisionisme – qui était la position de la communauté internationale il y a 44 ans – est synonyme de racisme.

Ou plus précisément, il est de plus en plus admis que l’antisionisme et l’antisémitisme sont les deux faces d’une même médaille.

Un système de type apartheid

Cette tendance s’est aggravée la semaine dernière lorsqu’Emmanuel Macron, le président centriste français, est allé plus loin que de refaire encore une fois l’amalgame entre antisionisme et d’antisémitisme. Cette fois, il a menacé d’interdire l’antisionisme.

La confusion de Macron entre l’antisionisme et l’antisémitisme n’a absolument aucun fondement.

L’antisémitisme fait référence à la haine des Juifs. C’est du sectarisme pur et simple.

L’antisionisme, par contre, est une opposition à l’idéologie politique du sionisme, un mouvement qui, sous toutes ses formes, affirme que les Juifs ont plus de droits sur la Palestine que les Palestiniens qui y vivaient.

L’antisionisme n’est pas du racisme contre les Juifs, c’est la dénonciation du racisme des Juifs sionistes.

Bien sûr, l’antisioniste peut aussi être antisémite, mais il est plus probable que la position d’un antisioniste soit due à des raisons entièrement rationnelles et éthiques.

C’est devenu encore plus clair l’été dernier lorsque le parlement israélien a adopté une loi basique définissant Israël comme l’État-nation du peuple juif (PDF). La loi affirme que tous les Juifs, même ceux qui n’ont aucun lien avec Israël, y jouissent d’un droit à l’autodétermination dont tous les Palestiniens sont privés, y compris le cinquième de la population d’Israël qui est palestinien et officiellement citoyen israélien.

En d’autres termes, la loi crée deux statuts en Israël – et implicitement dans les territoires occupés également – basés sur un système de classification ethno-religieux qui donne à tous les Juifs des droits supérieurs à tous les Palestiniens.

En termes constitutionnels, Israël applique explicitement un système juridique et politique de type apartheid, un système encore plus global que celui de l’Afrique du Sud. En effet, les dirigeants de l’apartheid en Afrique du Sud n’ont jamais prétendu que leur pays était la patrie de tous les blancs.

La criminalisation de la campagne BDS

La menace de Macron d’interdire l’antisionisme est le prolongement logique des mesures prises en Europe et aux États-Unis pour pénaliser ceux qui soutiennent l’antisionisme et nuire au développement du mouvement international de solidarité avec les Palestiniens qui appelle au Boycott, au Désinvestissement et aux Sanctions [BD] contre Israël.

Beaucoup de membres du mouvement BDS, mais pas tous, sont antisionistes. Une partie d’entre eux sont des Juifs antisionistes.

Non seulement le mouvement enjambe des décennies de complicité des élites politiques occidentales dans l’oppression des Palestiniens par Israël, mais il révèle l’ampleur de cette complicité. C’est l’une des raisons pour lesquelles ces élites le vilipendent autant.

C’est la France qui est allée le plus loin dans cette direction, en criminalisant le BDS comme forme de discrimination économique. Elle confond ainsi un État, Israël, avec un groupe ethnique, les Juifs – exactement comme le font les antisémites.

Cela n’a pas plus de sens que ça en aurait eu si la France avait interdit le boycott de l’apartheid en Afrique du Sud dans les années 1980 au motif qu’il constituait une discrimination contre les blancs

Les lobbyistes israéliens à l’œuvre

La France, cependant, fait seulement la course en tête. Aux États-Unis, quelque 26 États ont adopté des lois pour punir ou sanctionner les individus et les organisations qui soutiennent un boycott. Une législation similaire est en cours d’adoption dans 13 autres États.

Personne ne semble s’inquiéter du fait que cela viole le Premier amendement tant aimé des Etasuniens, et que cela constitue une exception à la liberté d’expression au profit d’une seule et unique entité : Israël.

Ce mois-ci, le Sénat américain s’est joint à la mêlée en adoptant une loi qui encourage les États à infliger des sanctions économiques à ceux qui soutiennent le boycott d’Israël.

Ces victoires contre le mouvement non-violent du BDS sont le résultat des efforts constants de lobbyistes israéliens prêts à tout pour semer, en coulisses, la confusion entre antisionisme et antisémitisme.

Alors que l’image d’Israël s’est profondément dégradée dans l’opinion publique occidentale avec l’avènement des médias sociaux, les incessantes vidéos des violences de l’armée israélienne et des colons, et les pénuries causées par les Israéliens à Gaza, les lobbyistes d’Israël s’efforcent partout de rendre la dénonciation de leurs exactions toujours plus difficile.

Redéfinition de l’antisémitisme

Leur dernier succès a été l’acceptation à l’Ouest d’une redéfinition de l’antisémitisme qui le confond intentionnellement avec l’antisionisme.

L’empreinte d’Israël est manifeste dans tous les travaux de l’Alliance internationale du souvenir de l’Holocauste (IHRA). Il n’est donc guère surprenant que la longue et vague définition de l’antisémitisme élaborée par l’IHRA ait été complétée par 11 exemples d’attitudes antisémites, dont sept concernent Israël.

Un des exemples donne comme antisémite le fait d’affirmer qu’Israël est une « entreprise raciste », ce qui fait passer les 72 États membres de l’ONU qui ont voté pour la résolution de 1975 « Le sionisme, c’est du racisme », ainsi que les 32 qui se sont abstenus, pour des antisémites ou des complices des antisémites.

Les gouvernements occidentaux, les autorités locales, les partis politiques et les organismes publics s’empressent tous d’adopter la définition de l’IHRA.

Et du coup, les populations occidentales ont de plus en plus peur d’être d’accusées d’antisémitisme si elles parlent d’Israël.

C’est bien ça l’objectif. Si les gens craignent de passer pour antisémites en critiquant Israël, ils cessent d’en parler et cela laisse à Israël toute latitude pour commettre ses crimes contre les Palestiniens.

Le tropisme du « Juif qui se déteste »

Jewish Voice for a Just Peace in the Middle East, à cause de son soutien au boycott d’Israël. C’était la première fois qu’une banque allemande clôturait le compte d’une organisation juive depuis l’époque où les nazis étaient au pouvoir.

La banque a pris cette décision quand Jewish Voice a été accusé d’antisémitisme par le Centre Simon Wiesenthal, un groupe qui masque son fervent soutien à Israël en faisant campagne pour les droits des Juifs.

Amalgamer la gauche à l’extrême-droite

L’antipathie de Macron pour l’antisionisme – comme celle de beaucoup de ceux qui cherchent à le faire passer pour de l’antisémitisme – a deux causes, une évidente et une plus obscure, toutes deux liées à la crise politique à laquelle il est confronté. Après deux ans au pouvoir, il est le président le plus impopulaire de l’histoire de la république.

Selon Macron, la montée de l’antisionisme, ou plus largement l’opposition croissante à Israël, augmente le nombre de ceux qui veulent s’attaquer aux Juifs de France, que ce soit physiquement ou en dessinant des croix gammées sur les tombes juives ou en polluant le débat public, notamment sur les médias sociaux.

Macron et les groupes de pression juifs français désignent deux groupes comme responsables du problème : les musulmans français, souvent des immigrants récents accusés d’importer du Moyen-Orient de prétendues attitudes racistes à l’égard des Juifs, et les laïcs de gauche qui soutiennent le BDS.

Bien qu’un tout petit nombre de musulmans français aient adopté des positions extrémistes, il est vrai que la plupart en veulent à Israël pour son rôle dans le déplacement et l’oppression des Palestiniens. Ce sentiment domine également parmi les militants du BDS.

Mais Macron et les groupes de pression veulent faire croire que ces deux groupes antisionistes sont en fait intimement liés aux groupes néonazis antisémites d’extrême droite, malgré le fossé qui les sépare en matière d’idéologie et de rapport à la violence.

La confusion créée par Macron entre l’antisionisme et l’antisémitisme vise à semer le doute sur les différences idéologiques qui séparent pourtant clairement ces trois groupes de français : la gauche, les musulmans et l’extrême droite.

Le tour de passe-passe de Macron

Gilets Jaunes n’ont pas de chef et leurs revendications sont difficiles à déchiffrer. Il s’agit plutôt d’un état d’esprit, d’un mécontentement grandissant à l’égard d’un système politique déconnecté qui, depuis la crise financière d’il y a dix ans, semble chroniquement impuissant et non réformable.

Les gilets jaunes incarnent une rage et un désespoir qui aspirent à un nouvel horizon politique, à une société différente et plus juste.

L’inorganisation du mouvement a été sa force et sa faiblesse. Ceux qui sont frustrés par les politiques d’austérité, ceux qui sont en colère contre une élite politique et financière arrogante et insensible, ceux qui aspirent à un retour à une identité française plus claire peuvent tous chercher refuge sous sa bannière.

Mais cela a également permis à Macron et à l’élite française de projeter sur les Gilets Jaunes toutes sortes de motivations nauséabondes pour diaboliser le mouvement. S’il y avait un porte-parole en charge de représenter le mouvement, il pourrait nier ces accusations.

Surfant sur la vague des mouvements d’extrême droite axés sur la préférence nationale qui traverse l’Europe, le président français en difficulté a accusé les Gilets jaunes d’antisémitisme.

Tout comme Macron met les militants de gauche et les militants antiracistes soutenant le BDS dans le même sac que les néo-nazis, il met les gilets jaunes dans le même sac que les nationalistes blancs d’extrême-droite. La plus grande partie des médias français se sont empressés de relayer cette iniquité.

L’amour des centristes pour l’autorité

Je conseille à ceux qui croient encore que des dirigeants centristes comme Macron ne sont pas animés par l’intérêt personnel, mais par le souci d’éradiquer le mal et de protéger une communauté vulnérable, de s’intéresser aux récentes études sur les comportements politiques dans le monde.

L’année dernière, le New York Times a publié une analyse de David Adler montrant que, contrairement à ce qu’on croit, les centristes étaient en moyenne beaucoup moins démocrates que l’extrême-gauche et l’extrême-droite. Ce sont eux qui soutiennent le moins les droits civils et les « élections libres et équitables ».

Ces tendances sont particulièrement prononcées aux États-Unis, en Grande-Bretagne, en France, en Australie et en Nouvelle-Zélande, mais elles sont aussi perceptibles dans de nombreuses autres démocraties libérales occidentales.

De plus, dans la plupart des pays occidentaux, dont la France, le soutien à un homme fort et à l’autoritarisme est beaucoup plus fort chez les centristes que dans l’extrême-gauche. Les centristes britanniques et américains ont également surpassé l’extrême-droite dans leur amour des figures d’autorité.

Adler conclut : Le soutien en faveur d’élections « libres et équitables » diminue au centre pour chacun des pays de l’échantillon. L’ampleur de l’écart centriste est frappante. Dans le cas des États-Unis, moins de la moitié de la population du centre politique considère les élections comme essentielles. …les centristes semblent préférer un gouvernement fort et efficace à une politique démocratique désordonnée. »

La mainmise des lobbyistes

Il n’est donc pas surprenant que des dirigeants centristes comme Macron soient plus enclins que les autres à refuser un débat juste et ouvert, à salir leurs opposants et à faire des amalgames entre leur gauche et leur droite.

De même, les centristes toléreront, plus facilement que les autres, des accusations non fondées d’antisémitisme pour maintenir un statu quo qui leur est profitable.

On a déjà vu tout cela se produire en Grande-Bretagne et aux États-Unis ces derniers temps.

Pendant des décennies, les centristes de droite et de gauche ont dominé ensemble la politique de Washington en dépit d’un prétendu clivage politique. Le soutien à Israël, notamment a bénéficié d’une adhésion bipartite particulièrement forte aux États-Unis.

L’étroit consensus de Washington sur toute une série de questions, y compris Israël, est la conséquence de la prise de contrôle du processus politique américain par les multinationales et leur argent, et par les lobbyistes rémunérés.

Les lobbys préfèrent généralement opérer dans l’ombre, loin du public. Dans le cas d’Israël, cependant, le lobby est devenu de plus en plus visible aux yeux de tous et sa défense d’Israël est de plus en plus difficile car les abus contre les Palestiniens tournent en boucle sur les médias sociaux.

Cela a aussi stimulé la croissance du mouvement BDS et permis l’apparition d’une nouvelle –quoiqu’encore modeste – vague de politiciens qui ne veulent pas se soumettre

Les attaques contre Ilhan Omar

La députée musulmane Ilhan Omar a dénoncé la manière dont le système cherche à faire taire les nouveaux venus récalcitrants dans un tweet disant que l’AIPAC, le groupe de pression pro-israélien distribue – comme d’autres lobbyistes –de l’argent pour imposer l’orthodoxie politique à Washington. Ou, comme elle l’a dit, « A coup de Benjamins » – expression familière pour désigner les billets de 100 $, qui sont illustrés par un portrait de Benjamin Franklin.

Elle a rapidement été submergée sous une avalanche d’accusations d’antisémitisme, venant de tous les horizons politiques, des figures de son propre Parti démocrate jusqu’au président Trump. Accablée par les critiques, elle a fini par s’excuser.

Omar a justifié sa décision en disant que c’était aux Juifs de décider ce qui est antisémite. À une époque où la politique identitaire est omniprésente, cela peut sembler correct à première vue. Mais ça n’a en fait aucun sens.

Même si une majorité claire de Juifs pense que la critique d’Israël ou de ses lobbyistes est antisémite – ce qui reste à prouver – ils ne jouissent pas d’un droit spécial ou exclusif pour en décider.

Israël opprime et persécute les Palestiniens, comme cela a été amplement documenté. Personne n’a le droit de revendiquer, parce qu’il serait victime de racisme, une supériorité morale qui sert, de fait, à entraver l’examen des crimes commis par Israël contre les Palestiniens. Sinon, cela reviendrait à considérer que la défense des Juifs contre un éventuel racisme est plus importante que toutes les preuves concrètes du racisme d’Israël contre les Palestiniens.

Mais plus grave encore, les excuses d’Omar laissent entendre que les Juifs dont la voix est la plus audible – c’est-à-dire ceux qui ont les plus grandes tribunes et le plus d’argent – représentent tous les Juifs. Elle fait du judaïsme américain organisé, dont le soutien vigoureux à Israël s’est avéré inébranlable alors même que le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a emmené le pays à l’extrême droite, l’arbitre de ce que tous les Juifs pensent.

Et même plus. Elle reconnaît que c’est au lobby israélien lui-même qu’il appartient de déterminer s’il y a un lobby israélien. Elle permet au lobby de se dissimuler entièrement, ce qui rendrait son influence encore plus profonde et opaque.

Omar est loin d’être seule dans ce cas. D’autres critiques éminents d’Israël, souvent noirs, ont été accusés d’antisémitisme pour avoir critiqué Israël, notamment Marc Lamont Hill et Angela Davis récemment.

Des accusations sont répandues au goutte à goutte contre Omar – comme quoi elle exprimerait des « tropismes antisémites » – pour l’obliger à s’autocensurer, à se « modérer » à l’instar de ses collègues politiques et à rejoindre le consensus bipartite qui est de laisser Israël continuer à persécuter les Palestiniens.

Si elle ne le fait pas, elle peut dire adieu à sa carrière politique, elle sera vraisemblablement balayée soit par la bureaucratie de son propre parti, soit par les électeurs.

Corbyn sur le grill

Ce processus est bien plus avancé en Grande-Bretagne avec une campagne concertée et de longue haleine pour stigmatiser Jeremy Corbyn avec des allégations d’antisémitisme depuis qu’il est devenu chef du parti travailliste, il y a plus de trois ans.

Corbyn incarne le retour à une tradition socialiste britannique détruite par Margaret Thatcher au début des années 1980 et il est un fervent défenseur de la cause palestinienne. En fait, c’est une anomalie, il est le seul homme politique européen présidentiable qui soutienne le droit des Palestiniens à la justice plutôt que la politique israélienne d’oppression des Palestiniens.

Le lobby israélien a très peur qu’il parvienne à changer le climat politique en Europe à l’égard d’Israël.

Au Royaume-Uni, le parti conservateur au pouvoir s’est de plus en plus droitisé au cours des dernières décennies, laissant le parti travailliste occuper au Parlement le terrain centriste pendant le leadership de Tony Blair dans les années 1990.

Bien qu’il jouisse d’un énorme soutien parmi les membres travaillistes qui l’ont propulsé à la direction, Corbyn est en guerre avec la plupart de ses députés. Les centristes se sont empressés d’utiliser l’arme de l’antisémitisme contre Corbyn et les centaines de milliers de membres qui le soutiennent, tout comme Macron l’a fait contre ses propres opposants politiques.

Les propres députés de M. Corbyn l’ont publiquement accusé de tolérer un « antisémitisme institutionnel » au sein du parti travailliste, voire d’être lui-même antisémite.

Pourtant tout indique qu’il y a très peu d’antisémitisme parmi les travaillistes – et moins que dans le parti conservateur au pouvoir. Les travaillistes, cependant, commencent à se sentir plus libres de critiquer plus ouvertement Israël, grâce à Corbyn.

Les centristes ne veulent pas se calmer

Ce mois-ci, un groupe de huit députés travaillistes a quitté le parti pour créer une nouvelle faction, le Groupe indépendant, arguant d’un prétendu « problème antisémite » des travaillistes. Leur programme centriste a conduit trois députés conservateurs « modérés » à se joindre à eux, car ils étaient opposés à la ligne dure du Premier ministre Theresa May sur la sortie de l’Union européenne, connue sous le nom de Brexit. D’autres députés des deux camps pourraient suivre.

Le vice-président de Corbyn, Tom Watson, un autre centriste, a soutenu les transfuges et tourné le dos à son propre parti, en réitérant les allégations d’une crise antisémite dans le parti et en disant qu’il était temps de l’éradiquer.

Corbyn a essayé à plusieurs reprises d’apaiser les centristes, ainsi que les groupes de pression pro-israéliens au Royaume-Uni – tant ceux de son parti comme les Amis travaillistes d’Israël et le Mouvement travailliste juif, que ceux de l’extérieur comme le Bureau des députés, BICOM et la Campagne contre l’antisémitisme.

Malgré l’opposition évidente d’une partie de ses membres, le parti travailliste a même entériné la définition de l’antisémitisme de l’IHRA, y compris les exemples destinés à protéger Israël des critiques – tout cela sans effet.

En fait, plus Corbyn a cédé aux critiques, plus ses détracteurs ont communiqué sur le soi-disant problème d’antisémitisme dans le parti travailliste.

Corbyn apprend lentement, comme d’autres aux États-Unis et en Europe, qu’il ne s’agit pas d’un désaccord honnête et sincère, et qu’il n’y a pas de terrain d’entente.

L’industrie de la diffamation ne veut pas de garanties contre l’antisémitisme, elle veut le retour à une culture politique dans laquelle son pouvoir n’est ni remis en question, ni même débattu.

Pour le lobby israélien, cela signifie revenir au climat politique de la période qui a précédé l’imposture du processus d’Oslo, quand il était interdit de critiquer Israël et que les Palestiniens étaient traités comme des terroristes.

Les centristes, de leur côté, veulent enraciner une politique de gestion néolibérale qui permettrait aux multinationales et à la finance de dicter les politiques économiques et sociales et de voir leurs pertes renflouées sans discussion par le public à travers des programmes d’austérité.

Il s’agit d’un pacte inique, dans lequel les Juifs sont utilisés pour huiler les rouages d’une politique centriste qui a échoué, et qui est de plus en plus impuissante et autoritaire.

Jonathan Cook * Jonathan Cook a obtenu le Prix Spécial de journalisme Martha Gellhorn. Il est le seul correspondant étranger en poste permanent en Israël (Nazareth depuis 2001). Ses derniers livres sont : « Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake the Middle East » (Pluto Press) et « Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair » (Zed Books). Consultez son site personnel.

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27 février 2019 – Jonathan-Cook.net – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet