Mr Trump, nous sommes face à un désastre humanitaire !

Photo : UNRWA
L'UNRWA distribue également ses aides à près de 60 communautés bédouines à travers les territoires palestiniens sous occupation - Photo : UNRWA
Mays Abu GhoshChaque soir, ma grand-mère nous fait asseoir à ses côtés et nous raconte ses souvenirs sur un coin de paradis sur terre, un endroit appelé « Imwas ».

Elle décrit chaque petit détail de cet endroit – la source d’eau, les arbres magnifiques et les fleurs qui fleurissent tout au long de l’année. Elle nous parle des belles et vieilles maisons en pierre, des figuiers et des cactus.

Imwas est un village situé au sud-est de la ville de Ramleh, où mon grand-père possédait une parcelle de terrain. Après le décès de mon grand-père, mon père a hérité de la terre. Un jour, mes neuf frères et sœurs et moi hériterons de cette terre venue de notre père. Nous construirons notre maison là-bas, et nous récolterons dans nos champs.

Mais pour l’instant, nous vivons dans un petit appartement dans le camp de réfugiés de Qalandia, à l’est de Jérusalem. Ma famille vit ici depuis que l’armée israélienne a chassé mon grand-père de ses terres à Imwas en 1967. Nous vivons dans un camp surpeuplé, pensant que c’est temporaire, comme le reste des résidents du camp, dont beaucoup ont été chassés de leurs terres en 1948, quand Israël a été créé.

Nous continuons à nous dire que tout cela est temporaire, et nous le croyons fermement. La foi que nous avons héritée de nos ancêtres est forte et profonde – nous sommes persuadés qu’il est possible pour nous de retourner sur nos terres. En fait, nous croyons que notre retour viendra bientôt. Après tout, c’est un droit humain fondamental. Nous nous accrochons à cette croyance aujourd’hui et nous la transmettrons à nos enfants et à nos petits-enfants.

Monsieur le Président, j’ai eu 20 ans il y a quelques mois, mais jusqu’à présent, je n’ai jamais mis les pieds à Imwas, le village d’où je viens. Je n’en ai entendu parler que par ma grand-mère. Je l’ai récemment cherché sur Google et j’ai découvert qu’Israël y avait construit un grand jardin. Bien sûr, ce jardin est réservé aux Israéliens. Ils peuvent s’y promener et y faire de la randonnée, alors que nous, les habitants d’Imwas, avons l’interdiction de visiter notre village.

Pour ajouter à la peine de perdre notre maison et aux difficultés actuelles auxquelles nous sommes confrontés dans le camp, nous avons récemment entendu dire que les États-Unis avaient décidé de réduire leur aide à l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA).

L’UNRWA a été créé il y a 69 ans pour aider les familles de réfugiés comme la mienne jusqu’à ce qu’elles puissent rentrer chez elles. Une réduction du financement de cette agence sera un désastre pour nous, car nous ne sommes toujours pas autorisés à rentrer chez nous. Si vous ne revenez pas sur cette décision, ce sera la première étape de la fin de toute discussion sur notre avenir. Cela fera de ces camps « temporaires », où nous attendons depuis des décennies, des camps définitifs.

Nous dépendons fortement des services de l’UNRWA pour notre éducation et notre santé. L’école que fréquentent mes frères et sœurs plus jeunes est maintenant menacée de fermeture. Si cela arrivait, ils n’auront pas d’autre endroit où terminer leur éducation de base.

J’ai terminé mes études primaires et secondaires dans les écoles de l’UNRWA à l’intérieur du camp de réfugiés de Qalandia. J’ai fréquenté une école secondaire à Ramallah, car il n’y avait pas d’école secondaire de l’UNRWA qui pouvait m’accueillir dans le camp. Aujourd’hui, j’étudie le journalisme à l’Université de Birzeit, en Cisjordanie.

Je veux aussi que mes frères et sœurs plus jeunes reçoivent une éducation, mais je crains maintenant qu’il n’y ait pas d’école pour eux. Je ne suis pas seule à m’inquiéter à ce sujet – tous les parents du camp s’inquiètent de l’avenir de leurs enfants.

Les habitants du camp vivent dans des conditions financières très difficiles. La plupart de ceux qui travaillent ne gagnent que de maigres salaires. Si les écoles de l’UNRWA ferment leurs portes, de nombreuses familles ne pourraient pas trouver d’autres écoles pour l’éducation de leurs enfants parce qu’elles ne pourraient pas payer les frais de transport et les frais de scolarité dans des écoles privés.

Le problème ne se limite pas à l’éducation. La décision des États-Unis aura également une incidence sur les cliniques de l’UNRWA. Dans le camp de réfugiés de Qalandia, nous n’avons qu’un seul centre médical. Celui-ci est le seul endroit où nos enfants peuvent recevoir des soins et se faire vacciner. La fermeture de ce centre, ou même une réduction de ses services, aura de sérieuses répercussions sur nous. Les enfants ne seront plus vaccinés, les personnes âgées et les malades ne recevront plus les soins dont ils ont besoin, et nous serons confrontés à une nouvelle crise humanitaire.

J’ai particulièrement peur pour mon jeune frère, Zain. Il n’a même pas un an et comme tous les autres bébés, il a besoin de plusieurs vaccins. Je crains qu’il ne puisse pas les obtenir si le centre ferme ses portes. Je crains aussi pour le frère qui est encore dans le ventre de ma mère. Je me demande constamment : Serons-nous capables de le faire vacciner ? Serons-nous en mesure d’accéder aux soins nécessaires pour mes frères et sœurs plus jeunes s’ils tombent malades un jour ?

Ces questions nous gardent, moi et ma mère, éveillées la nuit.

En plus des soins de santé et de l’éducation, l’UNRWA fournit de la nourriture à de nombreuses familles financièrement défavorisées dans le camp de réfugiés de Qalandia. Ces familles n’auront peut-être pas de quoi manger demain si les services de l’UNRWA sont coupés.

La plupart des familles pauvres qui dépendent de l’aide alimentaire de l’UNRWA manquent d’un père et d’un soutien de famille. Leurs enfants pourront souffrir de la faim si l’UNRWA disparaît.

Monsieur le Président, si les États-Unis décidaient de réduire leur aide à l’UNRWA, les réfugiés comme moi et ma famille, qui avaient déjà été chassés de leurs terres et de leurs maisons, connaîtront une nouvelle catastrophe humanitaire, en particulier les familles pauvres et vulnérables. Et cette décision donnera à Israël le feu vert pour continuer à violer nos droits.

Monsieur le Président, reviendrez-vous sur cette décision avant qu’il ne soit trop tard ?

* Mays Abu Ghosh est étudiante en journalisme. Elle vit dans le camp de réfugiés de Qalandia près de Jérusalem.


1° février 2018 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine

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