Vérités

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Scène de la Nakba, le nettoyage ethnique de la Palestine par les milices sionistes - Photo : archives

Par Mazin Qumsiyeh

George Orwell a dit “en temps de duperie universelle, dire la vérité est un acte révolutionnaire. » Alors disons tous la vérité.

Les gouvernements occidentaux ne se sont jamais vraiment souciés des droits de l’homme ou de la démocratie. Ils ont soutenu des dictateurs, renversé des gouvernements démocratiquement élus (comme en Iran en 1953 et au Chili en 1973), et mené des politiques qui ont tué plusieurs millions d’innocents.

Ils soutiennent des pyromanes meurtriers et génocidaires comme les dirigeants des « EAU » et de l’« Arabie Saoudite » et d’ « Israël ». Ils qualifient de terroristes tout mouvement de résistance authentique (en fait la férocité avec laquelle les racistes s’attaquent à un pays ou à un peuple révèle combien honorables sont ceux qui sont en butte aux attaques !)

La Palestine n’est pour le sionisme qu’une base physique d’où conquérir le monde arabe et plus. De fait, les sionistes parlent ouvertement de la façon dont nous serons leurs serviteurs et eux nos maîtres. Toutes les données sont là pour que les gens les étudient et fassent des recherches. Et avec le temps, ils ont rendu impossible la critique du sionisme ou d’Israël et même de plus en plus « illégale ».

Une fois de plus, c’est une atteinte à la liberté d’expression et à la démocratie dans des pays comme l’Allemagne, la France, et le Royaume Uni qui se drapent dans le manteau des droits de l’homme.

Les luttes des autochtones colonisés se terminent selon l’un des trois scénarios suivants :

a) le modèle algérien (près de 2 millions de tués, 1 million de colonisateurs et leurs descendants ont quitté le pays,
b) le génocide des populations autochtones (États-Unis, Australie),
c) la coexistence dans un pays des descendants des colonisateurs et du peuple autochtone (le reste du monde >140 pays).

Il n’y a pas de quatrième scénario. La Palestine ne sera pas une exception. C’est la dernière lutte et elle ne se prolonge qu’en raison de l’ingéniosité et de la richesse des sionistes et de la faiblesse de leurs adversaires avec la connivence de dictateurs corrompus.

Mais les sionistes et tous les régimes de ces complices doivent décider laquelle de ces trois issues ils veulent. Faire durer la situation ne les sert pas. Les Palestiniens sont aujourd’hui au nombre de 13 millions (12 fois plus que ce que nous étions en 1917 lorsque les déclarations Balfour et Cambon en soutien au sionisme furent faites). Les autochtones appauvris se reproduisent plus que les minorités au pouvoir économique supérieur et le monde finira par se démocratiser ou mourir.

Ceux qui se sont livrés à l’exploitation et à la destruction au siècle dernier (la Belgique au Congo, les Britanniques en Afrique et en Asie, les États-Unis au Cambodge et au Vietnam, etc…) sont largement restés impunis parce que le monde était fragmenté. Maintenant, le monde est bien trop peuplé et nous bien trop connectés, si bien que la puissance militaire ne peut plus être utilisée efficacement pour dicter le court des choses sans répercussions. Ainsi les dernières tentatives dans ce sens ont été des échecs (les EU en Iraq, Israël à Gaza et au Liban, les attaques des États clients des EU contre la Syrie et le Yémen). C’est une source d’espoir.

Que les dirigeants de l’OLP Yasser Arafat et Mahmoud Abbas aient signé les Accords d’Oslo par ignorance ou bien conscients de leur caractère criminel, sans les remettre en cause pendant trois décennies sachant pertinemment que c’était une mascarade et agissant de la sorte pour garder leur position est en effet un comportement criminel. Et pour le reste du corps politique palestinien, l’acquiescement est de la connivence.

Pourquoi aucun de ces soi-disant dirigeants n’est disposé à reconnaître que cette abominable supercherie d’apartheid présentée comme « processus de paix » était une deuxième catastrophe/Nakba à égalité avec la Nakba de 1948/1949 ?

La soi-disant Ligue arabe sert depuis la mort de Jamal Abdel Nasser (assassiné peut-être) en 1970 d’outil à l’oppression et à l’impérialisme états-uniens/israéliens. Les discours d’Abdel Nasser faisaient trembler, notamment, les monarchies du Golfe. Aujourd’hui, elles tuent et démembrent même en toute impunité un journaliste d’opposition dans leur propre ambassade en Turquie.

Elles se livrent impunément à un génocide au Yémen et l’occupent pour procurer à Israël une base sur l’île de Socotra. Elles financent en toute impunité l’apartheid israélien et la destruction de leur propre patrimoine religieux. Elles appauvrissent leur peuple et donnent allègrement des centaines de milliards de dollars pour remplir les coffres des impérialistes et des sionistes tant que ceux-ci leurs permettent de continuer à opprimer le peuple.

Ce n’est pas seulement la faute de nos « dirigeants » qui font passer les avantages financiers à court terme avant les gens et la survie de la planète. Il serait facile d’y remédier si c’était le cas. La faute, c’est aussi la nôtre de maintenir ces « dirigeants » au pouvoir. Nous les applaudissons, nous facilitons leur domination sur nous, nous sommes complices de leur jeux qui consistent à diviser pour conquérir (semer la peur) et par-dessus tout nous renonçons à notre propre dignité.

Nous devons croire en nous-mêmes et en notre peuple (ce que les élites politiques ne veulent pas que nous fassions). C’est ainsi que nous nous débarrasserons du colonialisme (sionisme y compris), des pandémies, de la nakba (catastrophe) écologique et du risque d’une guerre nucléaire.

Pourtant, le mouvement BDS et le soutien populaire pour les droits humains des Palestiniens continuent miraculeusement de croître. Si je considère le nombre de participants aux webinaires auxquels je suis invité à parler (2 à 3 par semaine) et la croissance des réseaux et des actions, force est de conclure : la Palestine ne peut et ne sera pas liquidée.

La question est de savoir où chacun de nous se situe : du côté de Biden, Trump, Netanyahou et consorts, ou du côté du peuple autochtone ? Si nous devions nous attaquer au changement climatique, aux menaces de guerre nucléaire, aux pandémies mondiales, et à bien plus de choses encore, nous devrions renouer avec les peuples autochtones et leur donner les moyens d’agir.

Être du mauvais côté est ici un problème existentiel. Une fraction de la vérité suprême, comme l’a dit Martin Luther King, c’est que soit nous vivons ensemble en tant qu’êtres humains soit nous mourons ensemble comme des idiots. Une « victoire » des accords commerciaux pour contrôler la richesse du monde signifiera en fin de compte que soit nous nous réveillons et inversons la tendance, soit nous mourons TOUS en tant qu’espèce.

Nous sommes après tout 7,5 milliards d’individus et ils sont une infime minorité à espérer diriger le monde à leur avantage à court terme mais ils causeront une catastrophe à long terme (extinction en tant qu’espèce). Leurs enfants peuvent hériter des milliards ou ils peuvent hériter un monde vivable mais pas les deux.

Quant à nous gens du peuple, il est temps de « nous révolter contre la machine » comme le disait la chanson OU aucun de nous ne survivra (même nos oppresseurs mourront avec nous).

* Le professeur Mazin Qumsiyeh enseigne et fait de la recherche à l’université de Bethléem (BU) et dirige le laboratoire de cytogénétique de la BU ainsi que le Musée d’histoire naturelle de Palestine et l’Institut de biodiversité et de durabilité en Palestine occupée. Il a également enseigné aux universités de Birzeit et d’Al-Quds. Il est l’auteur de « Sharing the Land of Canaan » : Human rights and the Israeli/Palestinian Struggle », “Popular Resistance in Palestine: A history of Hope and Empowerment”, « Mammals of the Holy Land », and « The Bats of Egypt. » Il a siégé au conseil d’administration du Centre palestinien pour le rapprochement entre les peuples à Beit Sahour et à celui de la Société culturelle et théâtrale Al-Rowwad au camp de réfugiés d’Aida.

11 septembre 2020- popular-resistance.blogspot.com – Traduction: Chronique de Palestine – MJB