Financer l’Autorité de Ramallah renforce l’appareil colonial israélien

Photo: Issam Rimawi
Image des forces de police de l'Autorité palestinienne intervenant violemment lors d'une manifestation contre le procès de Basel al-Araj et de ses cinq amis devant le tribunal des mineurs de Ramallah, en Cisjordanie, le 12 mars 2017. Basel al-Araj a été tué lors d'un raid des soldats israéliens à son domicile, très probablement avec la complicité de la police de l'AP - Photo: Issam Rimawi

Par Ramona Wadi

Sans surprise, la décision d’Israël de suspendre temporairement ses plans d’annexion a été accueillie par le silence assourdissant de la communauté internationale, alors qu’elle aurait pu profiter de ce report pour demander collectivement des comptes à Israël sur sa colonisation ouverte de la Palestine.

Pendant ce temps, l’Autorité palestinienne [AP] continue à offrir le même spectacle absurde et dangereux, en faisant semblant de s’opposer tout en se soumettant aux exigences internationales sur le compromis de la solution à deux États.

Le financement, par l’UE, de cette mascarade et des politiciens qui y participent, a facilité le processus en faveur de la solution à deux États. Et le peuple palestinien subit les conséquences tragiques de cette politique depuis des décennies.

Interrogé sur la crise financière de l’AP et sa dépendance au soutien financier extérieur, le Premier ministre Mohammad Shtayyeh a insisté sur le fait qu’une dissolution complète des liens avec Israël était toujours à l’ordre du jour. « Nous continuons de ne plus avoir aucuns liens avec l’occupation », a-t-il déclaré, « et pour qu’elle ne puisse pas nous faire du chantage, nous refusons d’accepter le transfert des taxes douanières du mois ».

La collecte des recettes fiscales par Israël au nom de l’AP fait partie de la coordination de la sécurité, autrefois considérée comme « sacrée » par le dirigeant de l’AP, Mahmoud Abbas, qui régule tous les aspects de la vie politique et sociale palestinienne. Israël tient absolument à verser ces fonds dans le cadre de cette coordination que l’AP a interrompue en représailles du projet d’annexion.

Pour réduire le déficit financier de l’AP, L’UE a annoncé une contribution de 23 millions d’euros, qui permettra à Ramallah de payer une partie des salaires des fonctionnaires palestiniens travaillant principalement dans les secteurs de la santé et de l’éducation.

L’UE et l’AP prennent soin de ne pas présenter la crise politique actuelle comme un problème financier, mais la réalité est bien différente. En fait, au titre d’un compromis qui remonte à plusieurs décennies, la communauté internationale, tout en protégeant Israël, finance l’AP pour qu’elle continue à soutenir la solution à deux États. L’UE a bien manœuvré.

Elle a éliminé la politique de son discours – qui porte uniquement sur l’aspect humanitaire – ce qui lui permet de maintenir la même position, même alors que l’annexion, c’est à dire l’officialisation du vol des terres colonisées, est imminente.

Le financement de l’AP ne fait en aucune manière obstacle au processus de colonisation d’Israël, bien au contraire, il renforce l’appareil colonial israélien. Qui plus est, il donne l’impression que l’on œuvre pour la paix et les droits des Palestiniens dans le cadre de la solution à deux États.

Pendant ce temps, l’AP cherche à faire passer son refus d’accepter les recettes fiscales pour une prise de position anticoloniale, alors même que sa structure dépend énormément du cadre colonial.

Jusqu’à présent, elle n’a jamais proposé de stratégie cohérente qui donne la priorité aux droits et à l’autonomie des Palestiniens ; le financement de l’UE vise précisément à empêcher l’émergence d’une telle politique, et l’AP est une marionnette docile.

À l’heure où les Palestiniens sont confrontés à un nouveau cycle de déplacements forcés, la priorité de l’UE est de sauvegarder l’existence de l’AP. Il faut remettre en question l’idée que le financement européen de l’AP est une bonne chose pour les Palestiniens, et cesser de l’accepter aveuglement.

Toute amélioration que pourrait apporter le financement de l’UE aux Palestiniens est rapidement anéantie par Israël, pendant que l’illusion de la consolidation de la paix dans le cadre de la solution de deux États permet à Israël de continuer à coloniser la Palestine en toute impunité. Tant que le discours sur la consolidation de la paix persistera, Israël sera à l’abri des sanctions.

* Ramona Wadi est rédactrice au Middle East Monitor. Écrivain, chercheuse et journaliste indépendante, elle est également critique. Ses écrits couvrent une série de thèmes en relation avec la Palestine, le Chili et l’Amérique latine. Elle contribue régulièrement au PalestineChronicle.com. Consultez son site internet.

4 août 2020 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet