Discuter puis bombarder ? Trump croit-il pouvoir répéter la même comédie grotesque ?

Missile iranien « décoré » avant son lancement vers l'Etat génocidaire ou une base américaine - Photo : Fars New Agency

Par Romana Rubeo, Ramzy Baroud

Le président américain Donald Trump n’a pas inventé l’expression « fake news », mais il en a sans aucun doute fait une arme politique, accusant sans relâche les médias critiques de fabriquer de toutes pièces des récits qui lui sont défavorables.

L’ironie la plus profonde, cependant, est plus difficile à ignorer. Trump lui-même a fait preuve d’un mépris constant pour la cohérence des faits. Qu’il croie ou non à ses propres affabulations n’est finalement pas la question ; ce qui importe, c’est que son bilan a sapé toute base raisonnable de confiance.

Sa guerre contre l’Iran illustre cette contradiction avec une clarté des plus choquantes.

Trump a maintes fois réaffirmé son engagement en faveur d’une résolution négociée avec Téhéran. Pourtant, à des moments critiques — souvent de concert avec le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu —, son administration s’est orientée vers l’escalade, autorisant ou soutenant des frappes alors même que le discours diplomatique dominait le débat public.

Il ne s’agit pas d’une contradiction isolée, mais d’une tendance lourde.

Avant l’escalade israélo-US de juin 2025, Washington affichait un optimisme constant quant aux progrès diplomatiques avec Téhéran, ses messages étant centrés sur d’éventuels accords et des négociations indirectes en cours, qui auraient été facilitées par des intermédiaires régionaux tels que la principauté d’Oman.

Pourtant, pendant et immédiatement après cette période de signaux diplomatiques, les États-Unis et Israël ont procédé à des frappes militaires à grande échelle contre des cibles iraniennes, faisant ainsi échouer les négociations, alors qu’elles avaient été mises en avant publiquement.

Le même schéma s’est répété le 28 février 2026. Dans les jours qui ont précédé l’escalade, et alors même que l’on croyait que des discussions étaient en cours par des voies indirectes, Trump a continué à évoquer des accords potentiels et une dynamique diplomatique positive.

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Cependant, ces signaux ont été rapidement supplantés par une action militaire coordonnée, renforçant l’impression que les négociations avaient une fois de plus servi de couverture stratégique à l’escalade plutôt que de véritable tentative de trouver un compromis.

Avant les phases d’escalade précédentes, Washington avait laissé entendre que les voies diplomatiques restaient ouvertes, apparemment par l’intermédiaire de pays comme Oman. Dans le même temps, cependant, les États-Unis renforçaient leur présence militaire dans la région.

Le résultat était prévisible : les négociations donnaient l’apparence d’une retenue, tandis que les préparatifs en vue d’une confrontation se poursuivaient sans interruption.

Une séquence similaire s’est à nouveau déroulée fin février. La reprise des discussions diplomatiques a coïncidé avec de nouvelles actions militaires, renforçant le même processus : dialogue, délais, escalade.

Trump a lancé à plusieurs reprises des ultimatums, pour ensuite les réviser, les prolonger ou les abandonner purement et simplement.

Dans ce cadre, les négociations ne constituent pas une voie vers une solution, mais un instrument stratégique — utilisé pour gagner du temps, repositionner les forces et conserver l’initiative.

L’Iran semble avoir pris conscience de cette dynamique.

Lors de la phase d’escalade précédente, en juin, la riposte iranienne a été relativement tardive, mettant environ 18 heures à se concrétiser pleinement après les frappes initiales. Mais après l’agression du 28 février, la réponse de l’Iran a été nettement plus rapide, survenant en l’espace d’environ deux heures, et s’est avérée plus coordonnée tant en termes d’ampleur que de ciblage.

Ce contraste suggère non seulement une meilleure préparation opérationnelle, mais aussi une compréhension stratégique plus claire de l’utilisation par Washington des négociations comme couverture tactique pour l’escalade.

Au cours des premières phases du conflit, les réponses de Téhéran étaient plus lentes, plus prudentes et calibrées pour éviter une escalade incontrôlée.

Plus récemment, cependant, ses réactions sont devenues plus rapides et plus synchronisées, ce qui suggère à la fois une préparation accrue et une lecture plus claire de la stratégie de Washington.

Aujourd’hui, Trump semble revenir au même scénario.

Dans un récent message sur Truth Social, il a déclaré : « J’ai donné instruction au Département de la Guerre de reporter toute frappe militaire contre les centrales électriques et les infrastructures énergétiques iraniennes pendant une période de cinq jours, sous réserve du succès des réunions et discussions en cours. »

Il a en outre qualifié les pourparlers de « très bons et productifs » et affirmé qu’il existait des « points d’accord majeurs » entre Washington et Téhéran, bien que les responsables iraniens aient publiquement nié que des négociations directes ou indirectes aient lieu.

Prises au pied de la lettre, ces remarques pourraient suggérer un réajustement rationnel. Le contexte général laisse certainement entrevoir cette possibilité. La guerre ne s’est en effet pas déroulée comme prévu.

L’Iran a fait preuve d’une cohésion politique, d’une résilience militaire et d’une endurance sociale remarquables. Malgré des attaques soutenues contre ses infrastructures, le massacre de civils et le ciblage de ses hauts dirigeants, l’État a maintenu une continuité stratégique. Ses ripostes ont non seulement absorbé la pression, mais aussi redessiné le champ de bataille, augmentant ainsi le coût de l’escalade pour ses adversaires.

Ce faisant, l’Iran a efficacement contré ce que nous avions précédemment décrit comme la doctrine « sans aucune retenue » d’Israël et la posture dite « de fou » de Trump — deux stratégies qui se recoupent, fondées sur l’imprévisibilité, la domination par l’escalade de la violence et la pression psychologique.

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Plutôt que d’être déstabilisé par cette approche, Téhéran l’a assimilée, s’y est adapté et a finalement neutralisé l’effet escompté. Ce qui était censé submerger a au contraire été contenu, modifiant progressivement l’équilibre stratégique.

Ce qui a commencé comme une confrontation asymétrique s’est transformé en une équation stratégique plus équilibrée, et donc plus dangereuse. L’Iran ne se contente plus de réagir : il façonne les résultats.

Parallèlement, l’activité diplomatique s’est intensifiée. Bien que Téhéran nie toute négociation directe avec Washington, il ne fait guère de doute que des canaux indirects sont actifs.

Les efforts de médiation régionaux impliqueraient des acteurs tels qu’Oman, la Turquie et l’Égypte, ce qui laisse entrevoir une voie diplomatique complexe et à plusieurs niveaux.

Dans ce contexte, les déclarations de Trump pourraient être interprétées comme une tentative de trouver une issue à une guerre qui devient progressivement un fardeau politique et militaire. À l’approche des élections de mi-mandat, le coût interne d’un conflit prolongé et sans issue ne peut être ignoré.

Mais Trump et la notion gramscienne de « bon sens » se recoupent rarement.

Son bilan suggère une interprétation différente — une interprétation dans laquelle le langage diplomatique sert de couverture tactique plutôt que de changement stratégique.

Les développements récents renforcent cette inquiétude. Des responsables américains et israéliens auraient étudié des options visant des cibles stratégiques de grande valeur, notamment l’île de Kharg dans le golfe Persique, principal terminal d’exportation de pétrole de l’Iran, où des rapports suggèrent que les États-Unis envisageraient des opérations de blocus ou de saisie pour faire pression sur Téhéran au sujet du détroit d’Ormuz.

Trump lui-même a à plusieurs reprises menacé le secteur énergétique iranien, avertissant que les États-Unis pourraient « anéantir » les centrales électriques et les infrastructures énergétiques iraniennes si Téhéran ne se conformait pas aux exigences américaines, notamment la réouverture du détroit d’Ormuz.

Dans le même temps, l’incohérence des ultimatums de Trump continue de saper toute perception de négociation crédible. Les délais sont imposés, révisés, prolongés ou abandonnés sans grande cohérence, renforçant ainsi un sentiment d’imprévisibilité calculée.

Il est donc tout à fait plausible que l’ouverture actuelle ne soit pas un pas vers la désescalade, mais une manœuvre familière — conçue comme une opération de pure communication, afin de gagner du temps et préparer le terrain pour une nouvelle phase de confrontation.

L’Iran, cependant, ne devrait pas se laisser prendre au dépourvu une nouvelle fois. Si les détails de toute action à venir restent flous, ses réponses de plus en plus rapides et calibrées suggèrent un haut niveau d’anticipation stratégique.

Ce qui est particulièrement révélateur, ce sont les messages parallèles émanant des responsables israéliens, qui ont commencé à suggérer que la guerre pourrait toucher à sa fin et qu’un accord mutuellement avantageux est à portée de main.

Cet alignement n’est probablement pas une coïncidence. Il indique plutôt un discours coordonné — qui pourrait servir des objectifs allant au-delà de la diplomatie elle-même.

Il reste incertain que cela annonce une véritable désescalade ou le prélude à une nouvelle escalade.

Ce qui est déjà clair, cependant, ce sont plusieurs faits essentiels : l’effort de guerre américano-israélien s’est heurté à de sérieuses limites ; l’Iran s’est retrouvé dans une position bien plus forte que prévu, disposant d’un levier tangible dans toute négociation.

Et en fin de compte, les paroles de Trump — aussi mesurées ou conciliantes qu’elles puissent vouloir paraître — ne peuvent absolument pas être prises au pied de la lettre.


23 mars 2026 – Transmis par les auteurs – Traduction : Chronique de Palestine

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