De Gaza à Minab, les enfants paient le prix des guerres

Génocide à Gaza - Les enfants sont les victimes les plus représentées parmi les victimes vérifiées. Les trois catégories d’âge les plus représentées sont les enfants âgés de 5 à 9 ans, les enfants âgés de 10 à 14 ans et les bébés et enfants âgés de 0 à 4 ans - Photo : UNICEF

Par Ramzy Baroud

Ceux qui ont eu le malheur de grandir dans une zone de guerre n’ont pas besoin d’explications. La guerre est un enfer, c’est vrai, mais pour les enfants, c’est tout autre chose : un destin déroutant et désorientant qui défie toute compréhension.

Il y a des enfants qui ne vivent que brièvement, goûtant à tout ce que la vie peut leur offrir : l’amour de leurs parents, la complicité des frères et soeurs, les joies de trop courte durée et les épreuves inévitables de l’existence.

Selon les chiffres publiés par le ministère de la Santé de Gaza et maintes fois cités par les agences des Nations Unies, plus de 20 000 enfants de cette catégorie ont été tués à Gaza en l’espace d’environ deux ans. Certains sont nés et ont été tués au cours de cette même période.

D’autres restent ensevelis sous les décombres de la bande de Gaza détruite.

Selon des experts humanitaires et médico-légaux cités par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA), des milliers de corps sont toujours portés disparus sous les bâtiments effondrés, les opérations de récupération étant entravées par l’ampleur des destructions et le manque d’équipement.

Dans certains cas, la chaleur extrême, les incendies et l’utilisation d’armes explosives lourdes ont rendu l’identification pratiquement impossible, ce qui signifie que bon nombre de ces enfants ne seront peut-être jamais identifiés, et encore moins pleurés sur une tombe.

Ces enfants n’auront pas de tombe où l’on puisse se recueillir. Et s’ils en ont une, beaucoup n’auront plus de parents vivants pour prier pour eux. Mais toujours nous le ferons.

Et puis, il y a ceux qui sont blessés et mutilés — ils sont des dizaines de milliers. En rendant visite à Amro, le fils blessé d’un proche qui a péri avec toute sa famille à Gaza, j’ai été témoin d’un des spectacles les plus déchirants qu’on puisse imaginer : les enfants blessés et mutilés de Gaza dans un hôpital turc.

Il y avait quelques adolescents, dont beaucoup étaient estropiés. Le personnel hospitalier les avait parés du keffieh palestinien si précieux. Ceux qui le pouvaient faisaient le signe de la victoire, et ceux qui n’avaient plus de bras levaient ce qui restait de leurs membres, comme pour dire à chaque visiteur de passage qu’ils défendent une cause profonde et inébranlable, que leurs pertes n’ont pas été en vain.

Mais il y avait aussi les plus petits, qui vivaient ce traumatisme sans même saisir pleinement l’ampleur de leur tragédie. Ils regardaient tout le monde avec perplexité : ces visages inconnus, ces langues incompréhensibles qui fusaient autour d’eux, ces murs nus.

Mon neveu n’arrêtait pas de parler de ses parents, qui devaient venir le voir d’un jour à l’autre. Ils avaient tous deux disparu, tout comme son unique frère.

J’étais à la maternelle dans un camp de réfugiés à Gaza lorsque j’ai assisté à mon premier raid militaire. La cible était notre école.

Je me souviens encore de nos professeurs repoussant les soldats alors qu’ils faisaient irruption dans le bâtiment. Je me souviens qu’ils ont été agressés physiquement et qu’ils nous criaient de courir vers le verger.

Nous avons commencé à courir en nous tenant par la main. Nous portions tous des tenues rouges assorties avec des autocollants sur le visage — aucun d’entre nous ne comprenait qui étaient ces hommes ni pourquoi ils faisaient du mal aux personnes qui prenaient soin de nous.

Si le massacre d’enfants à Gaza, au Liban, en Syrie, en Iran et partout au Moyen-Orient vient à être banalisé, il deviendra alors une réalité de plus parmi celles que l’on accepte comme faisant partie de la guerre. Et puisque « la guerre est un enfer », nous passerons tous à autre chose, en acceptant que nos enfants – où qu’ils se trouvent dans le monde – se retrouvent désormais en première ligne parmi les victimes dès que cela sert les calculs de la guerre.

J’y ai souvent réfléchi ces dernières années — pendant la dévastation de Gaza, les guerres dans toute la région et le massacre d’élèves dans une école de la ville iranienne de Minab.

Minab n’est pas seulement une tragédie iranienne ; c’est notre deuil à tous. Les éléments recueillis lors d’enquêtes internationales indiquent que la frappe contre l’école Shajareh Tayyebeh n’était pas un accident, mais le résultat d’un ciblage délibéré s’inscrivant dans une campagne militaire plus large.

Amnesty International a conclu que le bâtiment scolaire avait été directement touché par des armes guidées.

Les enquêtes menées par de grands médias, ainsi que des sources militaires américaines, font comprendre que le site avait été inscrit sur une liste de cibles bien qu’il s’agisse d’une école en activité. Le résultat a été dévastateur : des enfants tués, des familles brisées, et une nouvelle atrocité absorbée dans le rythme implacable de la guerre.

L’administration américaine peut nier toute intention aussi souvent qu’elle le souhaite. Mais nous savons que le meurtre d’enfants n’est pas fortuit. Cela est démontré à Gaza, où l’ampleur des événements à elle seule contredit toute affirmation d’accident.

Comme l’a déclaré la directrice générale de l’UNICEF, Catherine Russell, « Gaza est devenue un cimetière pour des milliers d’enfants ». Cette réalité à elle seule devrait mettre fin à tout débat.

Je pourrais m’arrêter là pour vous dire que tous les enfants sont précieux, que toutes les vies sont sacrées et que le droit international est sans équivoque sur ce sujet.

Je pourrais invoquer la quatrième Convention de Genève, qui stipule que « les personnes protégées (…) doivent être traitées avec humanité en toutes circonstances », et que la violence contre les civils est strictement interdite.

Oui, je pourrais faire tout cela. Mais je crains que cela ne change pas grand-chose.

Tout ce que nous avons dit et fait a failli à Gaza, au Liban, en Syrie et dans une grande partie de notre région. Le droit international, autrefois considéré comme un bouclier, n’est plus guère qu’un point de départ pour des discussions sur son inefficacité et son hypocrisie.

Parler du droit international aux Palestiniens ne suscite souvent pas de réconfort, mais de la frustration et de la colère. Je vous épargnerai donc cela aussi.

Au lieu de cela, je veux lancer un appel au monde. Un appel au nom d’Amro, et des nombreux autres membres de notre famille qui ont été tués, et des milliers d’autres qui ont péri ; un appel au nom des enfants effrayés de la maternelle Flowers dans mon ancien camp de réfugiés à Gaza : s’il vous plaît, ne les laissez pas banaliser le meurtre d’enfants.

Ne vous contentez pas de l’indifférence, ou d’une simple préoccupation, ou même d’une indignation morale qui n’est jamais suivie d’actions.

28 mars 2026 – Transmis par l’auteur – Traduction : Chronique de Palestine

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