Cope26 : les peuples contre les oligarchies

Parmi d'autres catastrophes majeures du même type, les incendies de forêt en Russie orientale ont détruit en quelques années l'équivalent du 6e du territoire français, soit plus de 10 millions d'hectares - Photo: via ecotree.green

Par Ramzy Baroud

De tous les discours et de toutes les postures politiques à la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique de 2021 à Glasgow (COP26), les mots du président mexicain ont été les plus profonds et les moins hypocrites. Andres Manuel Lopez Obrador s’est en effet emporté contre les “technocrates et les néolibéraux” – les dirigeants mondiaux qui tiennent l’avenir de l’humanité entre leurs mains.

C’était une référence directe aux dirigeants des pays les plus puissants qui “augmentent leur production de carburant, au moment même où ils organisent des sommets pour la protection de l’environnement, tout en se rendant à Glasgow à bord de jets privés”.

En effet, l’hypocrisie continue d’être la principale caractéristique de ce qui est censé être une lutte collective à l’échelle mondiale contre le changement climatique et ses conséquences destructrices, souvent mortelles.

La surconsommation, l’inégalité et le capitalisme sauvage n’ont pas été les termes de référence de la COP26, mais ceux des écologistes “radicaux” et “de gauche” en marge des salles de conférence.

Souligner ce qui est l’évidence même est malheureusement devenu un acte radical.

À l’intérieur des salles de réunion du sommet, prévalait la même politique qu’à l’habitude, bien que dissimulée sous les habits d’une préoccupation vertueuse pour le sort de l’humanité.

“Il est minuit moins une à cette horloge de l’apocalypse et nous devons agir maintenant”, a déclaré le Premier ministre britannique Boris Johnson, usant d’un ton qui se voulait énergique et dramatique. Il avait lui-même admis la futilité des exercices passés d’une rhétorique identique. “J’étais là-bas, à Paris, il y a six ans, lorsque nous nous sommes mis d’accord sur le zéro net (émissions) et toutes ces promesses n’ont été rien d’autre que du bla-bla-bla”.

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De son côté, le président français Macron a fustigé les “grands émetteurs, dont les stratégies nationales ne sont pas en phase avec nos objectifs de 1,5°C”, déclarant que “trop d’entre nous prennent des engagements ici et signent ensuite des accords commerciaux qui font exactement le contraire”.

Ces dirigeants n’étaient pas les seuls. D’autres, comme le président américain Joe Biden, se sont attaqués à des pays précis, notamment aux concurrents mondiaux des États-Unis en matière de commerce et d’influence politique.

Son style de discours était nettement différent de celui de M. Johnson et de M. Macron. “Le fait que la Chine, qui essaie d’affirmer, de manière compréhensible, un nouveau rôle dans le monde en tant que leader, ne se montre pas ? Allez !”, a-t-il déclaré, poursuivant par un coup de gueule contre “Poutine et la Russie”.

C’est vraiment désolant… Biden avait parcouru des milliers de kilomètres simplement pour régler quelques comptes politiques insignifiants.

Cette polémique futile accentue la fracture actuelle, alors que nous sommes confrontés aux répercussions de notre propre abus sur l’environnement. D’une part, nous avons besoin de dirigeants capables d’évaluer la gravité de la situation et, d’autre part, la politique internationale s’est souvent avérée être la cause des problèmes et rarement des solutions.

Alors, comment résoudre cette contradiction ?

Le manifeste du Réseau Action Climat (RAC), la principale coalition d’ONG européennes luttant contre le changement climatique, offre quelques pistes : “Une société durable, juste et résiliente sur le long terme a besoin d’une approche proactive, holistique, fondée sur les valeurs et centrée sur les personnes, qui s’attaque aux inégalités et aux déséquilibres de pouvoir existants.”

C’est très certainement le point de départ d’un débat sérieux sur l’environnement. La logique égocentrique des dirigeants politiques et des multi-milliardaires ne peut que nous enfoncer davantage dans ce bourbier sans issu.

Le fondateur d’Amazon, Jeff Bezos, qui est également arrivé au sommet à bord de son jet privé, s’est engagé à investir 2 milliards de dollars dans la lutte contre le changement climatique d’ici à 2030, après avoir eu une “révélation” au cours de son “expédition” spatiale de 10 minutes : “On m’a dit que voir la Terre depuis l’espace changeait la lentille à travers laquelle on voit le monde. Mais je n’étais pas préparé à quel point cela serait vrai”, a-t-il déclaré dans son discours.

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Bien sûr, pour des gens comme Bezos, ces offres prétendument généreuses assureront un retour sur investissement. Elles contribuent à la publicité de leurs marques commerciales, tout en détournant les critiques selon lesquelles le capitalisme, le consumérisme sans limites – et donc leur accumulation incalculable et souvent imméritée de richesses – ont poussé notre environnement au point de non-retour.

Mais les personnes qui sont à l’origine du problème peuvent-elles être celles qui amènent des solutions, sans même reconnaître leur rôle en premier lieu dans la crise ? Jamais !

“Assez d’hypocrisie et de posture”, a déclaré Lopez Obrador, avant de participer au sommet de Glasgow. Le dirigeant mexicain, souvent qualifié de “populiste” par des médias comme The Economist, Reuters et d’autres, a précisément désigné le mal qui a conduit à l’impasse environnementale actuelle.

“Nous devons lutter contre la monstrueuse et massive inégalité qui existe dans le monde”, a-t-il ajouté.

La vérité est la suivante : la réponse à la crise environnementale croissante qui s’intensifie est entre nos mains, et non entre celles des politiciens. Ces derniers n’agiront que si nous élevons notre voix collective et faisons pression sur eux pour qu’ils le fassent.

Selon le dernier rapport publié en août dernier par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), “l’influence humaine a réchauffé le climat à un rythme qui est sans précédent depuis au moins les 2000 dernières années.” Tous les discours enflammés, les sommets fantaisistes et les nombreux engagements politiques n’ont pas fait grand-chose pour inverser cette trajectoire sinistre qui ne cesse de s’aggraver.

S’attendre à ce que la COP26 sauve le monde est un vœu pieux. Notre destin est véritablement entre nos mains. Il l’a toujours été. Il est grand temps que les dirigeants cessent de bavasser et, pour une fois, écoutent.

14 novembre 2021 – Transmis par l’auteur – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

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