16 octobre 2026 - Un Palestinien gît au sol après avoir été touché par les forces israéliennes lors d’une attaque menée par des colons contre des Palestiniens et des militants de solidarité qui récoltaient des olives dans le village de Turmus Ayya, en Cisjordanie. Les colons ont brutalement attaqué les cueilleurs d’olives et les journalistes présents, blessant plusieurs personnes. Parmi les blessés figurait Heidi Levine, photographe chevronnée et correspondante du Washington Post, à qui on a dérobé son matériel. Des jeunes Palestiniens se sont opposés aux colons pour tenter de défendre les cueilleurs d’olives et permettre à Heidi Levine d’être évacuée. Bien que les forces israéliennes aient été présentes, elles n’ont pas arrêté les colons, mais ont tiré des gaz lacrymogènes sur les Palestiniens et abattu un homme à l’intérieur du village. Les colons ont également incendié des oliviers et tiré à balles réelles - Photo : Avishay Mohar/Activestills
Mujahed Bani Mufleh, ancien détenu palestinien, décrit les violences auxquelles lui-même et d’autres ont été exposés dans les prisons israéliennes.
La chaleur du mois d’août battait son plein, et l’air ne passait pratiquement pas par la minuscule fenêtre de la cellule. L’humidité était étouffante, rongeant ce qui restait de notre endurance.
Malek, l’infirmier de la prison, s’est approché de moi et m’a demandé : « Tu as la gale ? » J’ai répondu que non. Dès qu’il m’a tourné le dos, mes codétenus se sont mis à crier : « Pourquoi lui as-tu dit que tu n’en avais pas ? Ils vont te transférer dans une autre prison maintenant ! »
Juste avant le lever du soleil, le deuxième jour, les autorités pénitentiaires ont fait une descente dans la prison. Elles nous ont menotté les mains dans le dos et nous ont ordonné de rassembler nos draps et nos matelas, dans lesquels nous avions caché le peu d’affaires que nous possédions : une tasse, une assiette et une cuillère.
Nous sommes restés menottés pendant des heures pendant l’inspection, sous une chaleur insupportable, avec des dizaines d’autres prisonniers palestiniens entassés dans une seule pièce.
On nous a forcés à enfiler des uniformes de prison israéliens marron – appelés « Shabbass » – qui étaient encore plus inconfortables sous la chaleur de l’été. Puis nous sommes montés dans le bus de la prison.
Nous avons ensuite été passés à tabac. Nous avions les joues enflées, les yeux au beurre noir et des dents cassées. Ce n’était pas simplement un transfert d’une prison à une autre ; c’était une nouvelle étape dans la longue série d’humiliations et de punitions auxquelles nous étions soumis.
Alors que le bus nous conduisait de la prison de Megiddo au centre d’interrogatoire de Kishon (Jalama), on ne nous a donné ni eau, ni nourriture.
Lorsque nous sommes enfin descendus du bus, nous étions encerclés par des dizaines de soldats israéliens armés. Nous avons marché, menottés, tandis que de gros chiens de police tentaient de nous mordre. Ils nous frappaient à chaque pas.
Nous avons ensuite rejoint les cellules de la prison de Ramla, où nous sommes restés un certain temps avant d’être transférés à la prison d’Eshel, à Beersheba.
Le soir, ils nous ont sortis des cellules et remis dans le bus. D’autres prisonniers ont passé la nuit à l’intérieur des cellules, sans couvertures ni matelas.
Les gardiens israéliens nous ont traînés sur le sol, comme si nous n’avions pas de pieds pour nous tenir debout.
Les attaques et agressions israéliennes étaient soigneusement planifiées dans les angles morts des caméras de surveillance, dans des endroits sombres qu’aucun objectif ne pouvait atteindre.
Je ne peux pas oublier ce garçon de Bethléem qui gémissait après avoir été frappé par les gardiens. C’était juste avant sa libération ; alors que la liberté était déjà à portée de main, tout cela devait se terminer par une humiliation.
Les cellules d’Al-Naqab étaient plus larges que celles de la prison de Megiddo, mais elles accueillaient davantage de détenus condamnés à des peines plus longues. Tout y semblait plus pesant : les visages, les histoires, l’attente.
Dès que j’ai franchi les portes de la prison, j’ai eu l’impression d’avoir été projeté dans un labyrinthe sans issue précise.
La poussière se dépose partout, s’accumulant dans les pièces, envahissant les recoins les plus distants, dans une chaleur étouffante et un air lourd, avec un désert sans limite juste derrière les murs.
La prison d’Al-Naqab se trouve au nord-ouest du désert du Naqab, à côté de la base militaire de Ketziot, et à environ 70 kilomètres au sud-ouest de Beersheba. C’est l’une des plus grandes prisons israéliennes détenant des Palestiniens, dont de nombreuses sections sont surnommées « châteaux ».
Après une inspection minutieuse et un entretien avec des agents des services de renseignement, nous avons été transférés vers la section 28, située dans le troisième « château » de la prison.
Nous étions complètement désorientés et désemparés. Nous ne comprenions pas ce qui se passait jusqu’à ce que le bruit des bombes envahisse les lieux.
En quelques minutes, le chaos s’est installé. En tant que prisonniers, nous nous sommes retrouvés entassés les uns sur les autres, essayant de nous protéger mutuellement de l’attaque.
Une unité anti-émeute a fait irruption dans la cellule n° 8, s’en est prise aux prisonniers qui s’y trouvaient, les a roués de coups, puis a ouvert le feu. Plusieurs prisonniers ont été blessés tandis que résonnaient les échos des explosions et des cris.
C’est ainsi que nous avons passé notre première journée à la prison d’Al-Naqab, le 18 août 2025, contraints de subir une nouvelle vague de violence.
Cet article a été traduit de l’arabe par Majd Hamad et a été initialement publié dans Ultra Palestine.
Auteur : Mujahed Bani Mufleh
* Mujahed Bani Mufleh est un journaliste palestinien et rédacteur en chef du site d’information Ultra Palestine. Il est diplômé de la Faculté de journalisme et des médias de l’Université Al-Quds.Les forces israéliennes l’ont kidnappé en juin 2025 et l’ont maintenu en détention pendant 14 mois dans des prisons israéliennes. Il avait déjà été arrêté à deux reprises, en 2015 et en 2020, avant d’être remis en liberté, sans inculpation ni condamnation.
3 novembre 2026 – The New Arab – Traduction : Chronique de Palestine

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