Oui, le sionisme, c’est du racisme !

8 septembre 2026 - Une jeune Palestinienne originaire du village de Khirbet Al-Fakhit, situé à Masafer Yatta, dans le sud de la Cisjordanie, après avoir assisté à la démolition de la partie nord de sa communauté par les forces israéliennes. Al-Fakhit se trouve dans une zone qu’Israël a désignée comme « zone de tir 918 » dans les années 1980 – une désignation que l’État israélien a depuis utilisée pour justifier le déplacement des habitants palestiniens, et que la Cour suprême israélienne a confirmée en 2022. À la suite de la démolition d’aujourd’hui, certains habitants, aidés par des Palestiniens des communautés voisines, ont immédiatement commencé à installer des tentes. Les forces israéliennes ont détruit six habitations, des puits et plus de cinq bergeries, ainsi que l’ensemble des panneaux solaires. Ces démolitions, qui ont laissé 30 habitants sans abri, s’inscrivent dans le contexte d’une forte escalade des démolitions dans toute la région de Masafer Yatta ces dernières semaines. Un autre village de la région, At-Taban, a été entièrement rasé la semaine dernière. Parallèlement, les colons israéliens continuent d’établir librement des avant-postes dans toute cette même zone - Photo : Wahaj Bani Moufleh/Activestills

Par Yara Hawari

Et il n’y a rien de radical à l’affirmer. C’est un fait historique.

Dimanche, lors de son congrès annuel à Brighton, le Parti vert britannique a voté en faveur de la reconnaissance du sionisme comme une forme de racisme. La motion, qui décrit le sionisme comme « un projet politique ethnonationaliste », a été adoptée par 1 022 voix contre 813, malgré l’opposition de plusieurs députés du parti ainsi que de l’ancienne présidente du parti, Caroline Lucas.

Ce vote a provoqué un tollé au sein de la classe dirigeante britannique, de nombreux commentateurs s’étant exprimés à la radio et sur les réseaux sociaux pour le condamner, accuser le parti d’antisémitisme et aller jusqu’à affirmer qu’il mettait en danger le peuple juif.

Pourtant, la résolution du Parti vert ne contient rien de radical ni d’extraordinaire. Le sionisme était et reste une idéologie coloniale de peuplement, et le colonialisme de peuplement est fondamentalement raciste.

Le sionisme repose sur la conviction que les juifs du monde entier ont droit à une patrie en Palestine historique – un droit qui prime sur celui de tout autre peuple. Il s’agit d’une conviction fondée sur des revendications bibliques sur une terre et sur une conception ahistorique de l’histoire. Surtout, sa réalisation nécessite l’usurpation et la dépossession de la population palestinienne autochtone.

Il ne devrait pas être particulièrement controversé de définir le sionisme comme une idéologie coloniale de peuplement, d’autant plus que les pères fondateurs sionistes eux-mêmes le décrivaient fièrement comme tel.

Vladimir Jabotinsky, l’un des principaux penseurs sionistes révisionnistes du début du XXe siècle, a écrit que « la colonisation sioniste […] doit être menée au mépris de la volonté de la population autochtone ».

Theodor Herzl, souvent considéré comme le père fondateur du sionisme politique, espérait entrer en contact avec Cecil Rhodes, l’impérialiste qui dirigeait la colonisation britannique au Zimbabwe.

Dans un projet de lettre tristement célèbre, que Herzl n’a jamais envoyé, il invitait Rhodes à « contribuer à écrire l’histoire ». « Cela ne concerne pas l’Afrique, mais une partie de l’Asie Mineure… Comment se fait-il alors que je m’adresse à vous, puisque cette affaire ne vous concerne pas directement ?… Parce qu’il s’agit d’une question coloniale », écrivait-il.

Les premières institutions sionistes reflétaient également cette même identification coloniale à travers leurs noms : le Jewish Colonial Trust, l’Association pour la colonisation juive de Palestine, le Département de la colonisation de l’Agence juive.

Le sionisme n’est pas non plus une idéologie particulièrement exceptionnelle. Il suit la voie d’autres idéologies souvent ancrées dans l’idée d’une « destinée manifeste », qui ont façonné des entités coloniales de peuplement et leurs crimes génocidaires commis contre les populations autochtones afin d’assurer la poursuite de leurs projets coloniaux.

En effet, ce qui se passe actuellement en Palestine n’est pas un événement isolé, mais s’inscrit dans une histoire mondiale de tactiques violentes et d’expropriation visant à éliminer les peuples autochtones et à consolider le contrôle colonialiste des colons sur les terres.

Le Parti Vert n’a pas été le premier à qualifier le sionisme de racisme dans une prise de position officielle. En 1975, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté la résolution 3379 déclarant le sionisme comme une forme de racisme et de discrimination raciale. La résolution a été adoptée par 72 voix contre 35, avec 32 abstentions, et s’appuyait sur des déclarations de l’Organisation de l’Unité africaine et du Mouvement des pays non alignés faites plus tôt dans l’année.

Il n’est pas surprenant que cette résolution ait été défendue par les pays du Sud, qui ne connaissaient que trop bien les rouages des idéologies coloniales. Beaucoup ont, à juste titre, établi des parallèles entre le régime sioniste et le régime d’apartheid sud-africain.

La résolution a finalement été abrogée en 1991 sous la pression des États-Unis et avec l’accord de l’Union soviétique. Le régime israélien avait fait de son abrogation une condition préalable à sa participation aux pourparlers de paix de Madrid, coparrainés par Washington et Moscou.

L’abrogation de la résolution reflétait un changement dans l’équilibre des pouvoirs géopolitiques, dans le contexte de la dissolution de l’Union soviétique et de l’effondrement du bloc de l’Est, plutôt qu’une remise en question de la perception mondiale du sionisme.

Le fait qu’un grand parti britannique revienne sur une position défendue par les pays du Sud sur la scène internationale cinq décennies plus tôt est significatif. Dans le contexte politique et historique britannique, il s’agit d’un pas modeste mais important vers la confrontation avec le sombre héritage du pays, qui a facilité la création d’un État sioniste sur le territoire palestinien et contribué à la Nakba, le nettoyage ethnique de la Palestine en 1948.

Reste à voir si le Parti vert sera capable de maintenir sa position face à l’immense pression à laquelle il sera inévitablement confronté et d’éviter de faire des concessions pour apaiser ceux qui l’attaquent.

Pendant ce temps, alors que tout cela fait la une des médias occidentaux, le génocide en Palestine se poursuit, et ce qui s’est perdu dans le tumulte, c’est la réalité concrète du sionisme pour les Palestiniens sur le terrain.

Depuis plus d’un siècle, cette idéologie a causé des ravages et une destruction incommensurables au peuple palestinien. La motion du Parti vert n’a pas inventé cette histoire – elle n’a fait que la nommer.

7 octobre 2026 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine

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