L’attaque sur Qusra n’est qu’un avant-goût de ce qui attend toute la Cisjordanie

13 août 2026 - Des néo-nazis israéliens célèbrent la réimplantation de la colonie de Ganim, près de la ville de Jénine en Cisjordanie, qui avait été démantelée en 2005 dans le cadre d'un « plan de désengagement ». Le gouvernement israélien a approuvé la création de 18 nouvelles colonies dans le nord de la Cisjordanie. Conjuguée aux expulsions forcées de Palestiniens et à la destruction des camps de réfugiés dans la région, cette décision va redessiner le paysage géopolitique de la région - Photo : Oren Ziv/Activestills

Par Ramzy Baroud

Si vous voulez comprendre l’avenir sombre qui attend la Cisjordanie occupée, ne détournez pas le regard. Observez simplement les événements qui se déroulent dans la petite ville palestinienne de Qusra, au sud de Naplouse.

C’est ici que commence l’histoire de l’avenir de la Cisjordanie.

Alors qu’une grande partie des médias traite les informations en provenance de la région comme un simple épisode de plus de « violence des colons », il n’en est rien. Qusra représente quelque chose de bien plus grave : un aperçu du nouveau « Plan Dalet » qu’Israël réserve aux Palestiniens.

Le Plan Dalet était le plan d’action militaire grâce auquel les forces sionistes ont conquis une grande partie de la Palestine historique, village par village, pendant la Nakba.

Ce plan n’est pas apparu soudainement en 1948. Il s’est construit à partir de projets militaires remontant à 1945, pour aboutir à une stratégie visant à conquérir les villes et villages palestiniens, à détruire les communautés et à en expulser les habitants.

La portée de cette histoire aujourd’hui n’est pas seulement symbolique. La Nakba était un processus, mis en œuvre par étapes. Il en va de même pour l’annexion de la Cisjordanie.

Il ne s’agit pas non plus d’un simple argument intellectuel. Des responsables israéliens ont ouvertement évoqué une nouvelle Nakba comme un résultat escompté.

En novembre 2023, Avi Dichter a déclaré : « Nous sommes en train de mettre en œuvre la Nakba de Gaza », ajoutant : « La Nakba de Gaza 2023. C’est ainsi que cela se terminera. »

Comme on pouvait s’y attendre, cette nouvelle Nakba présente bon nombre des caractéristiques de l’ancienne : violence coordonnée, massacres, nettoyage ethnique, déplacements forcés et confiscation des terres.

Le génocide à Gaza représente l’apogée de cette violence — une manifestation plus dévastatrice, mais qui s’inscrit dans la continuité du péché originel sur lequel l’État israélien a été fondé.

Alors que tous les regards étaient tournés vers Gaza à partir du 7 octobre 2023, la Cisjordanie a été largement ignorée, ce qui a permis à Israël d’intensifier la violence sous toutes ses formes à des niveaux jamais vus depuis des décennies.

Le bilan est effroyable. Depuis le 7 octobre 2023, les forces israéliennes et les colons ont assassiné plus de 1100 Palestiniens en Cisjordanie, dont plus de 240 enfants, et en ont blessé des milliers d’autres.

Des dizaines de milliers de personnes ont été emprisonnées, tandis que plus de 33 000 Palestiniens sont toujours déplacés, rien que dans les camps de réfugiés de Jénine, Tulkarem et Nur Shams.

Revenons maintenant à Qusra.

À partir du 9 août, des colons israéliens armés ont encerclé trois habitations palestiniennes dans la zone de Ras al-Ain, à la périphérie de la ville.

Ils ont bloqué l’accès aux maisons, installé des tentes à l’extérieur et coupé l’approvisionnement en eau et en électricité. Les familles, dont des jeunes enfants, se sont retrouvées piégées à l’intérieur.

L’armée israélienne a ensuite déclaré la zone environnante « zone militaire fermée », restreignant l’accès aux Palestiniens, aux militants et aux journalistes.

Ce qui est apparu n’était pas simplement de la violence de la part des colons, mais une division du travail : les colons créent la crise ; l’armée impose les restrictions ; la liberté de mouvement des Palestiniens est restreinte ; et les victimes elles-mêmes sont poussées à partir.

Et le siège s’est poursuivi. Au moment où j’écris ces lignes, le siège des maisons de Qusra en est à sa deuxième semaine.

Qusra n’est pas un élément accessoire de cette stratégie. Israël a déjà confisqué ses terres pour la colonie de Migdalim, tandis que des avant-postes voisins, notamment Esh Kodesh, sont depuis longtemps associés à des attaques et à des tentatives de s’emparer de terres agricoles palestiniennes.

Le contrôle de ces zones est essentiel au projet plus vaste visant à relier les blocs de colonies, à morceler le territoire palestinien et à transformer les communautés palestiniennes en enclaves isolées.

Il y a quelques années, le gouvernement israélien se comportait comme si son projet d’annexer officiellement de vastes portions de la Cisjordanie avait été mis en attente. Mais depuis le 7 octobre, l’annexion est passée du statut d’aspiration à celui d’obsession — tant dans les discours que dans les actes.

Le ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a supervisé la distribution massive d’armes après le 7 octobre, équipant de fusils des milliers de membres civils des escadrons de sécurité, alors que la population des colons était déjà lourdement armée.

Dans le même temps, le ministre des Finances, Bezalel Smotrich, s’est systématiquement employé à transférer les pouvoirs sur la Cisjordanie de l’administration militaire aux autorités civiles israéliennes — l’un des mécanismes institutionnels les plus évidents de l’annexion.

Et voilà qu’une autre pièce du puzzle se met en place : le ministre de la Défense, Israël Katz, a ordonné que des préparatifs soient entrepris pour transférer la responsabilité du maintien de l’ordre concernant les colons israéliens en Cisjordanie de l’armée à la police israélienne, une autre étape juridique cruciale vers l’annexion.

Le tableau se précise : milices de colons, financement public, armes, armée, police, administrations civiles, tribunaux et décisions politiques émanant des plus hautes sphères de l’État israélien.

Vu dans ce contexte plus large, Qusra devient un microcosme — et potentiellement un terrain d’essai — pour les mécanismes permettant de mettre en œuvre une annexion à plus grande échelle.

Ces réalités font écho au passé. La Nakba ne s’est pas simplement «p roduite », mais a fait suite à des années de planification et à des manœuvres militaires progressives. C’est pourquoi Qusra revêt une importance particulière.

Certains gouvernements mettent en garde contre une accélération de l’annexion ; d’autres sanctionnent des colons à titre individuel, comme si le fait de cibler quelques extrémistes pouvait renverser un plan mis en œuvre par tout un appareil d’État.

Les Palestiniens de Cisjordanie sont pleinement conscients du défi qui les attend. Exhorter l’Autorité palestinienne, qui maintient une collaboration en matière de répression avec Israël, à élaborer soudainement une « stratégie » est douloureusement vide de sens.

Mais pour nous autres qui comprenons les horreurs de la Nakba — et les répercussions de cette catastrophe, de Deir Yassin au génocide à Gaza —, la reconnaissance ne suffit plus. Le prix du silence est déjà payé par chaque habitant de Gaza vivant parmi les ruines de la Bande de Gaza et par chaque Palestinien de Cisjordanie confronté à la violence des colons et de leurs partenaires militaires.

Cela doit cesser maintenant, avant que Qusra ne devienne le modèle de ce qui va suivre : aujourd’hui, Qusra ; demain, toute la Cisjordanie.

23 août 2026 – Transmis par l’auteur – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

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