14 juillet 2026 - La sœur de Moataz Abu Sha'ar et d'autres proches pleurent sa mort près de son corps à l'hôpital Al-Nasser de Khan Yunis. Moataz a été touché par une balle perdue tirée par les forces israéliennes alors qu'il se trouvait dans la tente où sa famille avait trouvé refuge, dans le quartier de Sheikh Frish, situé dans la zone d'Al-Mawasi, au sud de la bande de Gaza. Le cortège funèbre est parti du complexe médical Al-Nasser, où les personnes venues rendre hommage ont récité les prières funéraires avant d’enterrer Moataz au cimetière de la ville. Le père, le grand-père et l’un des frères de Moataz avaient déjà été tués près du centre de distribution de l’aide américaine, dans le quartier de Mirage, au sud de la bande de Gaza. Suite au décès de Moataz, sa mère, Warda Abu Sha'ar, et sa sœur de trois ans, Jannah, sont les seuls membres survivants de la famille, la plupart de ses membres ayant été tués au cours du génocide perpétré par Israël. Selon le ministère de la Santé de Gaza, au moins 1110 Palestiniens ont été tués depuis le soi-disant « cessez-le-feu » d’octobre 2025 - Photo : Doaa Albaz/Activestills
Par Qassam Muaddi
Alors qu’un cessez-le-feu est censé être en vigueur, Israël continue de massacrer des Palestiniens et de s’emparer de terres à Gaza. La violence qui perdure n’est pas le fruit du hasard : il s’agit d’une nécessité politique pour tout gouvernement israélien au pouvoir.
Malgré le prétendu cessez-le-feu décrété par Israël, les informations en provenance de la bande de Gaza ne diffèrent en rien de ce qu’elles étaient avant l’accord. Non seulement le processus de désescalade, d’aide humanitaire et de reconstruction est au point mort, mais il s’est inversé — comme si la guerre génocidaire menée par Israël n’avait jamais cessé, mais avait simplement perdu de son intensité.
Des Palestiniens sont tués quotidiennement par des frappes israéliennes dans la bande de Gaza, tandis que la fermeture des points de passage et le blocus des approvisionnements continuent de constituer un élément central de la crise humanitaire imposée à deux millions de personnes à Gaza.
Tout cela soulève la question suivante : pourquoi la guerre menée par Israël contre Gaza se poursuit-elle ? La réponse réside dans une combinaison de dynamiques régionales changeantes et de la place qu’occupe Gaza au sein de la politique israélienne.
Le génocide à Gaza comme condition préalable dans la politique israélienne
Depuis samedi dernier, les frappes israéliennes ont tué au moins 61 Palestiniens dans la bande de Gaza.
Gaza : les Israéliens bombardent une maison où dormait toute une famille
Mardi, neuf Palestiniens ont été tués, dont l’ensemble de la famille al-Masri, composée des deux parents et de leurs quatre enfants, dans le quartier de Sabra, au sud de la ville de Gaza.
La famille dormait lorsque la frappe a eu lieu à l’aube, provoquant l’effondrement de l’immeuble et piégeant les habitants à l’intérieur.
Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme a déclaré dans un communiqué que les frappes israéliennes avaient tué 57 Palestiniens dans la bande de Gaza au cours de la seule semaine écoulée.
Ces frappes quotidiennes visent les mêmes 128 kilomètres carrés où se sont concentrés les 2 millions de Palestiniens de la Bande de Gaza — soit moins d’un tiers de la superficie de la Bande de Gaza.
Après le cessez-le-feu d’octobre 2025, Israël s’est retiré derrière la « ligne jaune », une frontière invisible qui coupait Gaza à peu près en deux, mais au cours des mois suivants, l’armée israélienne a commencé à étendre progressivement la ligne jaune afin de placer de plus en plus de territoire de Gaza sous contrôle israélien, couvrant désormais près de 70 % de la bande de Gaza.
Parallèlement, la fermeture par Israël des points de passage et les restrictions imposées à l’entrée de l’aide humanitaire et des biens de première nécessité dans la bande de Gaza continuent d’entraîner des pénuries de produits de base.
Mardi, le ministère palestinien de la Santé à Gaza a annoncé que la vie des patients atteints de cancer à Gaza était menacée en raison de la pénurie de médicaments et d’autres fournitures médicales.
Parallèlement, les forces israéliennes s’emploient à créer de nouvelles réalités sur le terrain, consolidant ainsi leur contrôle tant sur le territoire de Gaza que sur sa population.
Lundi, Al Jazeera a rapporté que les forces israéliennes avaient installé des portails en fer sur la route d’al-Rashid reliant le nord et le sud de la bande de Gaza, restreignant ainsi la circulation des Palestiniens entre la ville de Gaza, le centre de la bande de Gaza et Deir al-Balah.
Selon d’autres reportages, les forces israéliennes ont également installé des barrières en fer entre la zone d’al-Mawasi — où la plupart des Palestiniens déplacés sont concentrés dans des camps de tentes — et Rafah, qui a été complètement dépeuplée.
Cela soulève des questions quant à d’autres projets israéliens autour de Rafah.
Israël et le « Conseil de la paix » de Trump ont annoncé à plusieurs reprises leur intention de construire une « ville humanitaire » sur les ruines de Rafah.
Des versions antérieures du plan israélien détaillaient comment les Palestiniens seraient « concentrés » dans cette zone en lieu et place d’une reconstruction, et ne seraient pas autorisés à partir, sauf en cas de « migration volontaire ».
« Israël n’a pas réussi à atteindre ses principaux objectifs à Gaza, mais il n’y a pas renoncé pour autant », a déclaré Hani al-Masri, analyste politique et directeur du Centre palestinien d’études stratégiques, à Mondoweiss. « Ces objectifs sont l’occupation totale de Gaza et le déplacement de sa population, dans le cadre d’une stratégie plus large visant à empêcher l’autodétermination palestinienne. »
Pour al-Masri, « l’ensemble d’Israël, et pas seulement ce gouvernement Netanyahu, est engagé dans une course contre la montre pour créer sur le terrain des faits accomplis qu’il serait difficile de renverser, voire de remettre en cause dans le cadre d’une éventuelle solution politique. »
Selon lui, cela explique l’installation de barrières en fer à travers toute la bande de Gaza, ainsi que la division accrue d’« un territoire déjà divisé ».
Al-Masri a ajouté que depuis le début de la guerre avec l’Iran, « l’attention de l’administration américaine, et même du Conseil de la paix, s’est détournée de Gaza, ce qui offre à Israël un climat favorable pour intensifier son projet dans la bande de Gaza ».
Netanyahu a besoin de la guerre
La semaine dernière, le Times of Israel a rapporté que l’armée israélienne avait déclaré les environs de Gaza « zone militaire interdite », en prévision des marches annoncées organisées par des groupes fascisants israéliens exigeant la réinstallation d’Israéliens à Gaza.
Selon le journal, ces groupes de colons sont soutenus par le parti du Likoud, dirigé par le Premier ministre israélien Netanyahu, qui devrait perdre la capacité de former un gouvernement lors des élections à la Knesset en octobre prochain.
La poursuite de la guerre menée par Israël à Gaza, notamment le déplacement de la population et l’occupation du territoire, constitue l’un des atouts majeurs dont disposent Netanyahu et sa coalition en vue des prochaines élections, étant donné que l’objectif de nettoyage ethnique de la bande de Gaza est soutenu par 82 % des Israéliens juifs, selon un sondage réalisé en mai 2025.
L’échec de la guerre américano-israélienne contre l’Iran et la nécessité de compenser cet échec par une victoire sur le terrain constituent également pour Netanyahou une motivation supplémentaire à intensifier les hostilités à Gaza.
Adel Shadid, ancien professeur de sciences politiques à l’université d’Hébron et chercheur spécialisé dans la politique israélienne, souligne que « Netanyahu et son parti, le Likoud, ont besoin de maintenir un climat de guerre afin de repousser le moment où ils devront éventuellement rendre des comptes sur le plan interne, tant pour l’échec du 7 octobre que pour les conséquences de deux ans et demi de guerre régionale ».
« La stratégie de l’actuel gouvernement israélien est claire : elle vise avant tout à assurer la survie politique du Likoud et de sa ligne politique, ainsi que celle de Netanyahu », a souligné Shadid, précisant que « cela ne signifie pas que si une autre direction est élue en octobre, les choses reviendront à la situation antérieure, car aucun gouvernement israélien ne reviendra sur ce que l’actuel a fait ».
Cependant, Shadid s’attend à ce qu’un gouvernement différent puisse se concentrer sur la réparation des dommages causés à l’économie israélienne, à la résilience sociale et à la réputation internationale du pays après près de trois ans de guerre, estimant qu’un autre gouvernement pourrait au moins désamorcer certaines tensions sur divers fronts de guerre dans l’ensemble de la région.
Mais Gaza, note-t-il, restera un front avec une escalade de violence, quel que soit le gouvernement au pouvoir en Israël.
L’exception gazaouie
Sur le plan régional, Adel Shadid estime que les États-Unis ont subi un revers important au niveau de leurs forces.
« Le fait que les bases militaires américaines dans toute la région soient prises pour cibles dans une guerre régionale contre l’Iran – guerre qui ne semble pas pouvoir prendre fin sans un accord quelconque avec ce pays – indique que la projection de la force américaine en Asie de l’Ouest n’est plus ce qu’elle était », a-t-il déclaré.
« Cela renforce la nécessité pour Israël de consolider tous les gains qu’il peut obtenir en Palestine », a expliqué Shadid. « Cette nécessité se manifeste avant tout à Gaza. »
Selon Shadid, cette « victoire » consisterait en l’expulsion de la population et l’occupation définitive de la bande de Gaza.
Shadid note également que la victoire d’Israël à Gaza est censée constituer un contrepoids à l’influence de l’Iran dans la région. « Il est possible qu’Israël, en poursuivant l’effacement de Gaza, tente d’éclipser tout succès iranien dans la région, mais ce n’est pas nécessairement une préoccupation majeure pour l’Iran », a-t-il expliqué.
« Gaza n’est pas, à l’heure actuelle, un principal champ de confrontation pour les Iraniens, ce qui signifie que l’Iran semble prêt à conclure un accord avec les États-Unis sans y inclure Gaza, comme il l’a fait avec le Liban », a ajouté Shadid, soulignant que, contrairement au Liban, Gaza revêt une valeur stratégique plus importante pour certains pays arabes comme l’Égypte que pour l’Iran, même si les pays arabes sot incapables, pour l’instant, de mettre fin à l’offensive israélienne sur la bande de Gaza.
Il en résulte que Gaza reste l’un des seuls « terrains de jeu » dont dispose Israël pour poursuivre l’escalade sans subir de répercussions internationales significatives. Et comme tout gouvernement qui arrivera au pouvoir en Israël devra faire face aux mêmes contraintes pesant sur l’action israélienne, il sera poussé à se forger une « image de victoire » en poursuivant le déplacement de la population de Gaza, un objectif extrêmement populaire en Israël.
En d’autres termes, la guerre menée par Israël contre le peuple palestinien à Gaza reste une nécessité politique pour tout gouvernement israélien au pouvoir. Et Netanyahu cherchera à surpasser ses concurrents en « offrant » Gaza à ses partisans à l’approche des élections à la Knesset.
Auteur : Qassam Muaddi
* Qassam Muaddi est un journaliste palestinien basé à Ramallah. Il couvre l’actualité palestinienne : événements politiques, mouvements sociaux, questions culturelles ... Il écrit pour les quotidiens libanais Assafir et Al Akhbar, les sites Middle East Eye, Mondoweiss et The New Arab, ainsi que pour les journaux électroniques palestiniens Metras et Quds News Network.Son compte twitter.
25 juillet 2026 – Mondoweiss – Traduction : Chronique de Palestine

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