Des militants travaillistes juifs défendent Corbyn contre les attaques du lobby israélien

Jeremy Corbyn s'exprimant contre le bombardement israélien de Gaza en 2009. On estime à 50 000 le nombre de personnes qui ont manifesté à Londres - Photo : Archives
Asa Winstanley Les militants travaillistes juifs ont manifesté en soutien au dirigeant du Parti Travailliste Jeremy Corbyn lundi après-midi à Londres.

Le groupe de gauche Jewish Voice for Labour a salué « l’engagement constant de Corbyn en faveur de la lutte contre le racisme » et a condamné les attaques actuelles de la droite.

Cette manifestation de soutien intervient après que deux groupes de pression israéliens ont lancé dimanche un appel à manifester contre l’antisémitisme présumé du Parti Travailliste, dont ils tiennent Corbyn responsable.

Mais Jewish Voice for Labour a organisé en urgence un rassemblement en guise de contre-manifestation, accusant le Board of Deputies of British Jews et le Jewish Leadership Council de  » faire le jeu de la politique partisane » en prévision des élections locales de mai prochain.

Mick Davis, directeur général du Parti conservateur au pouvoir, est l’ancien président du Jewish Leadership Council, qui a un rôle prépondérant au sein du lobby israélien au Royaume-Uni.

Lundi matin dans l’émission phare de BBC Radio 4 Today, le président actuel du Jewish Leadership Council, Jonathan Goldstein, a lancé une attaque personnelle sans précédent contre Corbyn.

Goldstein a affirmé que « Jeremy Corbyn est maintenant la figure de proue d’une culture politique antisémite, basée sur la haine obsessionnelle d’Israël, les théories du complot et les fausses nouvelles ».

Chasse aux sorcières contre le Labour

Depuis que Corbyn est devenu chef du Parti travailliste en 2015, il a dû faire face aux attaques incessantes des gens de droite et des partisans d’Israël en raison de son soutien depuis longtemps date aux droits de l’homme palestiniens.

Des accusations exagérées et souvent entièrement fabriquées d’antisémitisme contre des militants travaillistes ont été et sont utilisées pour attaquer Corbyn et ses partisans de la base.

Ces militants sont souvent eux-mêmes des juifs, ciblés pour leur soutien à Corbyn et leur militantisme de longue date en faveur de la solidarité avec la Palestine.

Les sondages à l’approche des élections locales de mai prochain prédisent que les Travaillistes sous Corbyn réaliseront des gains électoraux importants.

Lundi, Jewish Voice for Labour a accusé le lobby israélien et ses alliés d’utiliser la vague actuelle d’allégations d’antisémitisme pour miner les chances des Travaillistes.

Consternant

La déclaration de JVL disait qu’en tant que Juifs du Parti Travailliste faisant actuellement campagne pour les élections locales, « nous sommes consternés par les actions et les déclarations du Board of Deputies. Ils ne nous représentent pas, ni la grande majorité des Juifs du parti qui partagent la vision de Jeremy Corbyn pour la justice sociale et l’équité ».

« L’engagement constant de Jeremy pour l’antiracisme est d’autant plus nécessaire maintenant « , a ajouté le groupe.

Jewish Voice for Labour a également accusé les groupes de pression israéliens d’être « silencieux » sur « l’antisémitisme nettement plus caractérisé à droite de l’échiquier politique ».

Ils ont pointé du doigt un « ex-conseiller principal du premier ministre qui a récemment utilisé un journal national pour déterrer des théories du complot antisémites « .

En février, l’ancien conseiller de Theresa May, Nick Timothy, a écrit un article dans le Telegraph, soutien des Conservateurs, accusant le milliardaire juif George Soros de « complot secret pour contrecarrer le Brexit ».

Le papier a été largement condamné comme  » message antisémite codé ».

Mais certains de la droite pro-Israël ont soutenu le papier. La journaliste islamophobe Melanie Phillips a affirmé « qu’il n’y avait rien d’anti-juif, avec ou sans codage, dans tout ce qu’a écrit Timothy. »

Soros est souvent diabolisé par les complotistes et antisémites, en particulier ceux promus par le gouvernement hongrois – qui est un proche allié d’Israël.

Mark Elf, l’antisioniste juif qui blogue depuis des années sur le site de Juifs Sans Frontières, a twitté lundi soir que la contre-manifestation de Jewish Voice for Labour dépassait en nombre la manifestation pro-israélienne.

La correspondante du Times, Lucy Fisher, a twitté qu’il y avait dix députés conservateurs à la manifestation, mais seulement une « poignée » de députés travaillistes « marchant solo ».

Controverse sur une fresque murale

La vague actuelle d’attaques anti-palestiniennes de droite contre le leadership de Corbyn a été déclenchée la semaine dernière après qu’a été exhumé un commentaire de Corbyn d’il y a six ans sur Facebook.

La députée travailliste Luciana Berger a twitté une capture d’écran d’un commentaire de Corbyn sur Facebook en 2012, critiquant le retrait d’une fresque murale dans l’Est de Londres intitulée « Liberté pour l’humanité ».

Berger est présidente du groupe parlementaire Jewish Labour Movement – groupe qui fait pression en faveur d’Israël et entretient des liens étroits avec l’ambassade d’Israël.

Le groupe a dit dans une déclaration dimanche soir qu’il se joindrait à la manifestation contre Corbyn.

Corbyn a répondu à Berger qu’il regrettait son ancien commentaire sur Facebook et a dit qu’il aurait dû d’abord « regarder de plus près le contenu » de la fresque murale.

Il a également publié dimanche une déclaration dans laquelle il se déclarait « sincèrement désolé pour la peine causée » par ce qu’il a décrit comme la formation de « poches d’antisémitisme au sein du Parti travailliste ».

Théories du complot

Mear One, l’artiste de Los Angeles qui a réalisé la fresque murale de 2012, a nié dimanche que la fresque était antisémite.

Dans une vidéo de 2012 montrant comment il l’a peinte, il dit qu’il a dépeint  » le cartel d’élite des banquiers connu sous le nom de Rothschild, Rockerfeller, Morgans, l’élite de la classe dirigeante, les Magiciens d’Oz… Le symbole de la pyramide des francs-maçons s’élève derrière ce groupe ».

Lutfur Rahman, homme de gauche, puis élu maire de Tower Hamlets dans l’Est de Londres, a fait enlever la fresque murale, en disant à l’époque que « que ce soit intentionnellement ou non, la représentation des banquiers perpétue la propagande antisémite reposant sur la théorie du complot de la domination juive des institutions financières et politiques ».

À la fin du XIXe siècle, certains membres influents de la famille de banquiers Rothschild ont soutenu financièrement les débuts de la colonisation sioniste de la Palestine.

En effet, la tristement célèbre Déclaration Balfour – qui annonçait l’intention de l’Empire britannique de livrer la Palestine à la colonisation par le mouvement sioniste – était adressée à Lionel Walter Rothschild.

Mais les adeptes anti-juifs et de droite de la théorie du complot vont souvent bien au-delà de ces faits historiques spécifiques liés à la Palestine pour affirmer le contrôle secret des « Rothschild » sur le monde.

Asa Winstanley * Asa Winstanley est un journaliste indépendant basé à Londres qui séjourne régulièrement dans les TPO. Son premier livre “Corporate Complicity in Israel’s Occupation” est publié chez Pluto Press. Voir son site web.

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26 March 2018 – The Electronic Intifada – Traduction : Chronique de Palestine – MJB

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