Jérusalem : Israël accélère son projet raciste et ségrégationniste

Photo : Oren Ziv/Activestills.org
La police de l'occupation kidnappe des manifestants palestiniens dans le quartier de Wadi Joz à Jérusalem-Est , le 21 juillet 2017 - Photo : Oren Ziv/Activestills.org
Ramzy BaroudIsraël est sur la voie de transformer Jérusalem en une ville exclusivement juive.

Le gouvernement israélien planifie une série de mesures visant à priver totalement les Palestiniens de leurs droits légaux à Jérusalem, dans le but d’exclure dans l’avenir tout accord de paix basé sur le partage de la ville entre Israël et un futur État palestinien.

L’une des mesures les plus agressives à ce jour est un projet de loi qui a été approuvé par la Knesset israélienne le mardi 2 janvier.

Le projet de loi, qui a été adopté avec le soutien de la coalition de droite et d’extrême droite israélienne, comporte plusieurs dispositions dangereuses.

Selon le projet de loi, les deux tiers de la majorité à la Knesset seront dorénavant nécessaires pour qu’Israël renonce à sa souveraineté sur n’importe quelle partie de Jérusalem. Le droit international insiste sur le fait qu’Israël n’a aucun droit d’une quelconque souveraineté sur Jérusalem-Est, occupée illégalement et annexée en 1967 et 1980.

Une disposition également très problématique dans le projet de loi est qu’il exclut deux quartiers palestiniens de la juridiction municipale de la ville.

Les deux quartiers touchés sont Kufr Aqab et le camp de réfugiés de Shufat.

Ce faisant, le gouvernement israélien aura franchi une nouvelle étape dans sa guerre démographique contre les Palestiniens.

Il est important de noter que les deux zones palestiniennes sont situées de l’autre côté de ce que Israël appelle le « mur de séparation » [Mur d’Apartheid].

Cette décision confirme l’hypothèse selon laquelle le Mur a été construit de manière à encercler les zones palestiniennes qu’Israël envisage d’annexer à l’avenir.

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Maintenant, que la construction du mur est à un stade avancé, le processus d’annexion semble avoir démarré.

Mais le dernier projet de loi – qualifié par les Palestiniens de « loi raciale » et qui vise à chasser de Jérusalem les Arabes palestiniens et à augmenter le nombre de colons juifs dans la ville – est une version réécrite d’un précédent projet de loi.

La « loi du Grand Jérusalem« , qui était sur le point de remporter un vote majoritaire à la Knesset, a été mise à l’écart temporairement.

Le projet de loi retardé appelle à élargir les limites municipales de Jérusalem pour inclure les colonies juives illégales importantes en Cisjordanie, y compris la colonie de Ma’aleh Adumim et le groupe de colonies de Gush Etzion.

De plus, il s’efforce d’inclure 150 000 colons juifs à Jérusalem en tant qu’électeurs éligibles, ce qui inclinerait naturellement la scène politique encore plus vers la droite et l’extrême-droite.

Simultanément, la loi rétrograderait le statut de 100 000 Palestiniens, qui se retrouveraient dans une zone politiquement « grise », avec un statut des plus bancals.

Ce projet de loi a été mis de côté quelques semaines seulement avant que le gouvernement des États-Unis ne décide de transférer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem.

Tandis que beaucoup de membres de la communauté internationale se concentraient sur ce que la décision américaine signifierait pour l’avenir de la région et le soi-disant processus de paix, peu ont prêté attention au fait que les États-Unis et Israël avaient quelque chose de plus important en tête.

Les agences de presse avaient rapporté peu auparavant qu’Israël avait accepté de temporiser un projet de loi populaire auprès des Israéliens « sous la pression des États-Unis ». Mais cette « pression » ne visait qu’à donner au président Donald Trump le temps nécessaire pour formuler sa propre stratégie et faire son annonce choquante [sur Jérusalem].

Depuis lors, de nombreux Palestiniens ont été assassinés, des centaines ont été blessés et davantage ont été emprisonnés, alors que les Palestiniens et ceux qui les soutiennent à travers le monde montraient leur indignation face à la décision américaine.

Un vote symbolique mais révélateur aux Nations Unies le 21 décembre a démontré que les États-Unis et Israël étaient isolés dans leur volonté de dénier aux Palestiniens leurs droits dans leur ville illégalement occupée.

Immédiatement et dans la foulée, les députés israéliens ont décidé d’avancer à marche forcée pour isoler davantage Jérusalem et vider la ville de ses habitants palestiniens.

Ils comprennent que le soutien à présent sans limite des États-Unis doit être exploité au maximum, et que tout retard ferait de ces projets de loi des occasions manquées.

La nature de la coordination entre les États-Unis et Israël est en effet sans précédent. Tout comme la Knesset a voté pour approuver le projet de loi, les États-Unis ont agi rapidement pour stopper les fortes réactions palestiniennes.

Ce travail a été confié à l’ambassadeur américain à l’ONU, Nikki Haley, qui est allée plus loin que tout autre officiel américain dans sa tentative d’intimider et même de menacer les Palestiniens.

Haley a déclaré que les États-Unis couperaient le financement américain de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies (UNRWA) et qu’ils ne reprendraient leur financement que lorsque les Palestiniens accepteraient de reprendre les négociations.

L’UNRWA est le principal canal de soutien aux réfugiés palestiniens. Cette décision resserrera davantage le nœud coulant sur une économie palestinienne en difficulté et sur l’Autorité palestinienne qui dépend principalement de l’aide internationale pour sa survie.

Haley, bien sûr, comprend qu’aucune direction palestinienne ne peut s’engager politiquement avec Israël et les États-Unis lorsque les deux pays refusent d’accepter le droit international comme cadre de référence dans les négociations.

A présent, les dirigeants palestiniens doivent faire un choix entre leur humiliation actuelle ou une humiliation supplémentaire.

Mais la menace de Haley vise également à biaiser la discussion et à détourner l’attention du projet de loi israélien raciste qui entraînera avec certitude une annexion de Jérusalem même et de toute la Cisjordanie.

Les États-Unis et Israël sont maintenant activement investis dans un système d’apartheid politique en Palestine, et ils tordent le bras de l’AP pour faciliter la mise en place de ce terrible régime.

Les responsables de l’AP ont jusqu’à présent multiplié les menaces verbales, dont l’exclusion des États-Unis de tout processus de paix et le changement de leur revendication en une solution à un seul État.

Mais il n’y a rien de concret jusqu’ici concernant une nouvelle stratégie palestinienne tant souhaitée, qui serait basée sur un direction palestinienne unifiée, qui explorerait de véritables nouvelles options et perspectives, avec de nouveaux alliés.

C’est ce manque de vision qui compromet encore davantage la position palestinienne, encourageant Israël à aller de l’avant avec ses lois racistes et ses murs d’Apartheid.

Ramzy Baroud * Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle. Son prochain livre est «The Last Earth: A Palestine Story» (Pluto Press). Baroud a un doctorat en études de la Palestine de l’Université d’Exeter et est chercheur associé au Centre Orfalea d’études mondiales et internationales, Université de Californie. Visitez son site web: www.ramzybaroud.net.

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4 janvier 2018 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah

1 Commentaire

  1. Jérusalem/AlQuds est la Ville Sainte de D’ ; elle n’est ni Juive, ni Musulmane, ni chrétienne, elle est palestinienne.

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