Israël place les parents palestiniens devant un « choix cruel »

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Écolières à Gaza - Photo : Contrapuntal
Ramzy BaroudPlusieurs étudiants palestiniens, ainsi que des enseignants et des responsables, ont été blessés lors de l’attaque de l’armée israélienne contre une école au sud de Naplouse en Cisjordanie le 15 octobre.

Les élèves de l’école mixte d’Al-Sawiya Al-Lebban s’opposaient à l’ordre militaire israélien de fermer leur école, un ordre basé sur l’accusation fourre-tout habituelle d’Israël, à savoir que l’école était un « lieu de terrorisme populaire et d’émeutes ».

« Terrorisme populaire » est le nom de code de l’armée israélienne pour « manifestation ». Les étudiants, bien sûr, ont tout à fait le droit de protester, non seulement contre l’occupation militaire israélienne, mais aussi contre le development permanent des colonies d’Alie et de Ma’ale Levona. Ces deux colonies juives illégales se sont approprié tout aussi illégalement des milliers de dounams de terres appartenant aux villages d’As-Sawiya et Al-Lebban.

Les « citoyens israéliens », que l’armée d’occupation prétend protéger en fermant l’école, sont, en fait, les colons juifs surarmés qui terrorisent cette région de Cisjordanie depuis des années.

Selon une étude commandée en 2016 par les Nations Unies, au moins 2500 étudiants palestiniens de 35 communautés de Cisjordanie doivent passer chaque jour par des postes de contrôle militaires israéliens pour aller à l’école. Environ la moitié de ces élèves ont affirmé avoir été harcelés et violentés par l’armée pour avoir simplement voulu aller en cours ou rentrer chez eux.

Cependant, ce n’est que la moitié de l’histoire, car de violents colons juifs persécutent aussi les enfants palestiniens. Ces colons « installent leurs propres postes de contrôle », et se livrent également à des violences régulières, en « jetant des pierres » sur les enfants palestiniens, ou en les « malmenant physiquement ».

« Les équipes de présence protectrice de l’UNICEF ont signalé que leurs volontaires ont été victimes d’agressions physiques, de harcèlement, d’arrestation et de détention, et de menaces de mort », selon le même rapport des Nations-Unies.

En d’autres termes, les  » protecteurs  » eux-mêmes sont souvent victimes des tactiques terroristes de l’armée et des colons juifs.

Ajoutez à cela que dans la zone C – une grande partie de la Cisjordanie qui est entièrement sous contrôle militaire israélien – la souffrance palestinienne atteint un paroxysme. 50 000 enfants environ y souffrent du manque d’installations et de liberté de circulation, des violences, de la fermeture des checks-point et des ordres de démolition arbitraires de leurs maisons.

L’école d’Al Sawiya Al Lebban, située dans la zone C, est donc à la merci de l’armée israélienne, qui ne tolère aucune forme de résistance, même pas les manifestations populaires non-violentes des écoliers.

Ce qui est vraiment encourageant, cependant, c’est que, malgré l’occupation militaire israélienne et les restrictions continuelles à sa liberté, la population palestinienne reste l’une des plus instruites du Moyen-Orient.

Selon le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), le taux d’alphabétisation en Palestine (estimé à 96,3 %) est l’un des plus élevés du Moyen-Orient et le taux d’analphabétisme (3,7 % chez les plus de 15 ans) est l’un des plus bas au monde.

Si par hasard vous ne trouviez pas cela remarquable, malgré la guerre qu’Israël mène contre les écoles et les programmes scolaires palestiniens, écoutez ceci : la bande de Gaza assiégée et ravagée par la guerre a un taux d’alphabétisation encore plus élevé que la Cisjordanie, soit 96,6% pour 96%.

En vérité, cela ne devrait pas être une grande surprise. La première vague de réfugiés palestiniens victimes du nettoyage ethnique de la Palestine historique voulait tellement que ses enfants poursuivent leurs études que, dès 1948, ils ont installé des tentes scolaires, tenues par des enseignants bénévoles.

Les Palestiniens comprennent bien que l’éducation est leur meilleure arme pour obtenir cette liberté qu’on leur refuse depuis si longtemps. Israël, lui aussi, est bien conscient qu’une population palestinienne instruite et capable est beaucoup plus en mesure de s’opposer à la domination israélienne qu’une population sans éducation, d’où le ciblage systématique et sans relâche du système éducatif palestinien.

La stratégie d’Israël pour détruire l’infrastructure scolaire palestinienne est basée sur l’accusation générale de « terrorisme » : les Palestiniens enseignent le « terrorisme » dans leurs écoles ; les manuels scolaires palestiniens célèbrent les « terroristes » ; les écoles sont des lieux de « terrorisme populaire » etc, toutes ces accusations donnent à l’armée des prétextes pour fermer les écoles, démolir les installations, arrêter et tuer les étudiants.

On en a un récent exemple avec les commentaires du maire israélien de Jérusalem, Nir Barkat, qui mène actuellement une campagne gouvernementale pour mettre fin aux activités de l’organisation des Nations-Unies qui s’occupe des réfugiés palestiniens, l’UNRWA.

« Il est temps que l’UNRWA quitte Jérusalem « , a annoncé Barkat début octobre.

Sans apporter la moindre preuve, Barkat a affirmé que « l’UNRWA soutient la terrorisme » et que « ils enseignent le terrorisme aux enfants de Jérusalem et cela doit cesser ».

Barkat ment évidemment. Les accusations contre l’UNRWA à Jérusalem s’inscrivent dans le cadre d’une campagne israélo-américaine plus vaste visant à fermer une organisation qui s’est avérée essentielle pour le statut et le bien-être des réfugiés palestiniens.

Ils espèrent que, privés de l’UNRWA, les réfugiés palestiniens n’auront plus de plate-forme juridique et que cela fermerait le chapitre des réfugiés palestiniens et de leur droit au retour.

Il y a un point commun entre la fermeture d’Al Sawiya Al Lebban, le ciblage de l’UNRWA par Israël et les États-Unis, les nombreux points de contrôle qui coupent les élèves de leurs écoles en Cisjordanie, etc., c’est l’accusation mensongère israélienne de « terrorisme ».

L’écrivain israélien Orly Noy a résumé la logique israélienne en une phrase. « En détruisant les écoles dans les villages palestiniens de la zone C et ailleurs, Israël force les Palestiniens à faire un choix cruel : entre leur terre et l’avenir de leurs enfants « , a-t-elle écrit plus tôt dans l’année.

C’est cette logique brutale qui guide la stratégie du gouvernement israélien concernant l’éducation palestinienne depuis 70 ans. Pour comprendre cet aspect particulier de la guerre israélienne contre les Palestiniens, il faut le replacer dans le contexte plus large de leur guerre contre l’identité, la liberté et, en fait, l’existence même du peuple palestinien.

La lutte des élèves pour leur droit à l’éducation dans l’école mixte d’Al Sawiya Al Lebban n’est en aucun cas un accrochage isolé entre des écoliers palestiniens et des soldats israéliens à la gâchette facile. Elle est au cœur de la lutte du peuple palestinien pour sa liberté.

Ramzy Baroud * Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle. Son prochain livre est «The Last Earth: A Palestine Story» (Pluto Press). Baroud a un doctorat en études de la Palestine de l’Université d’Exeter et est chercheur associé au Centre Orfalea d’études mondiales et internationales, Université de Californie. Visitez son site web: www.ramzybaroud.net.

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23 octobre 2018 – Transmis par l’auteur – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet