Il ne faut pas prendre Abbas au sérieux

Abdel Bari Atwan
Abdel Bari Atwan - Photo: via Quantara.de
Abdel Bari AtwanIl est devenu difficile de croire quoi que ce soit que le président palestinien puisse dire.

Le discours du président palestinien Mahmoud Abbas à la réunion tant attendue du Conseil central palestinien (PCC) à Ramallah a été décevant. Il n’a pris aucune décision ferme et fait aucune mention des questions clés sur lesquelles il y un accord général parmi les Palestinien, comme le retrait de la reconnaissance d’Israël, la fin de la coopération répressive et l’annulation des Accords d’Oslo. Les appréhensions des factions palestiniennes qui ont refusé d’assister à la réunion – telles que le Hamas, le Jihad islamique et le Front populaire/Commandement général – se sont révélés être bien fondés.

Dans son discours, Abbas a réitéré ce qu’il a dit dans de nombreux autres discours, notamment que l’Autorité palestinienne (AP) est une autorité ineffective et que cette situation ne peut pas durer. Mais il n’a pas exhorté les Palestiniens à intensifier leur soulèvement contre l’occupation ni ne leur a offert le moindre soutien.

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Certes, il a fait valoir son admiration pour la Première Intifada – qui a finalement conduit à la création de l’Autorité palestinienne via les capitulations des Accords d’Oslo – et désapprouvé le second, le soulèvement armé, et a affirmé sa croyance en une résistance populaire pacifique. En réalité, il ne veut pas d’intifada du tout, que ce soit pacifique ou armé, mais seulement quelques protestations à petite échelle contre les activités coloniales d’Israël.

Jérusalem doit être exclue du « Grand marchandage » imaginé par l’administration Trump, et le village d’Abu-Dis ne sera jamais la capitale d’un État palestinien croupion qui n’a aucune souveraineté sur ses frontières. Mais Abbas a omis de mentionner qui lui a transmis cette offre – à savoir le Royaume d’Arabie Saoudite – ni ce qu’il compte faire pour contrer cette tentative israélienne – soutenue par les États-Unis – d’éradiquer la cause palestinienne.

Convoquer le PCC à Ramallah était un stratagème délibéré pour exclure de la discussion les opposants à l’Autorité palestinienne et aux politiques d’Abbas, et assurer que cette réunion se termine par une déclaration sans engagement et qui ne contienne rien de nouveau. Même si la déclaration dénonce l’occupation et les Accords d’Oslo et demande le retrait de la reconnaissance d’Israël et la fin de la coopération sécuritaire, ses décisions et déclarations n’ont pas plus de chance d’être mises en œuvre que celles similaires déjà émises par le même Conseil en 2015.

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Abbas a fait valoir qu’il ne voulait pas que le PCC se réunisse en dehors du territoire palestinien. Cela signifie-t-il que la bande de Gaza « libérée » est, par exemple, un territoire vénézuélien ? Pourquoi Abbas n’y convoque-t-il pas le PCC, d’autant plus que l’AP et son Premier ministre Rami al-Hamdallah ont récupéré le contrôle de tous les ministères et départements du Hamas ?

Il est devenu difficile de croire quoi que ce soit à propos d’Abbas, y compris qu’il puisse mettre un terme aux contacts avec l’administration américaine pour protester contre la décision de Trump de transférer l’ambassade américaine en Israël à Jérusalem.

Comment peut-il déclarer qu’il interrompt les contacts avec les États-Unis et refuser de recevoir le vice-président Mike Pence, tout en envoyant une invitation au consul des États-Unis dans la ville occupée pour assister à la réunion du PCC ? Sans le Front Populaire de Libération de la Palestine (FPLP) – qui menaçait de boycotter la réunion si l’invitation n’était pas retirée – le diplomate américain y aurait sans doute assisté et été traité comme un invité d’honneur.

Abbas a montré une fois de plus qu’il n’a pas changé et ne changera jamais. Il persiste sur la voie de négociations catastrophiques pour s’assurer que lui et sa clique resteront au pouvoir. Quiconque accepte un tel état de choses ne mérite pas de meilleurs dirigeants.

A1 * Abdel Bari Atwan est le rédacteur en chef du journal numérique Rai al-Yaoum. Il est l’auteur de L’histoire secrète d’al-Qaïda, de ses mémoires, A Country of Words, et d’Al-Qaida : la nouvelle génération. Vous pouvez le suivre sur Twitter : @abdelbariatwan

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16 janvier 2018 – Raï al-Yaoum – Traduction : Chronique de Palestine