Les habitants de Gaza sont dans l’attente de la prochaine provocation israélienne

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Destructions dans Gaza - Photos : Ma'an News
Farah Najjar – Alors qu’un calme relatif s’installe, les habitants de l’enclave assiégée disent ne pas avoir confiance en l’accord de cessez-le-feu négocié sous le parrainage de l’Égypte.

Un calme fragile s’est instauré dans la bande de Gaza assiégée suite à un accord négocié par l’Égypte entre le Hamas, le groupe qui administre le territoire, et Israël. Mais les Palestiniens et les analystes restent sceptiques quant à la survie de cet accord.

Mohammed Baroud, un instituteur âgé de 34 ans, a déclaré qu’il ne croyait pas que le dernier accord de cessez-le-feu durerait longtemps.

« C’est simplement parce qu’Israël n’a jamais respecté aucun accord dans le passé », a déclaré Baroud, qui a été témoin des trois précédents assauts israéliens sur l’enclave assiégée.

« Mes élèves, qui sont pour la plupart âgés de 11 ans, ont eu peur. J’ai passé la journée à les réconforter, les rassurant que tout irait bien », a-t-il déclaré. « En réalité, je sais que les Israéliens vont bientôt commettre un autre crime. »

La trêve, annoncée mardi par les factions dirigées par le Hamas, avait pour but de rétablir le calme et de mettre fin à deux jours d’attaques aériennes israéliennes sur Gaza qui ont débuté après que des organisations palestiniennes de la résistance aient tiré des roquettes sur Israël en représailles d’une opération clandestine israélienne qui avait fait sept morts dans Gaza.

Au moins 14 Palestiniens et deux Israéliens ont été tués au cours des deux jours de violence.

Des groupes palestiniens à Gaza ont déclaré dans un communiqué: « Les efforts de l’Égypte ont permis de parvenir à un cessez-le-feu entre la résistance et l’ennemi sioniste ».

« La résistance respectera cette déclaration aussi longtemps que l’ennemi sioniste la respectera ».

Mais le ministre israélien de la Défense, Avigdor Lieberman, a démissionné pour protester contre l’accord de cessez-le-feu, provoquant une crise dans le gouvernement de coalition dirigé par le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

« Ce qui s’est passé hier – la trêve combinée au processus avec le Hamas – capitule devant la terreur. Cela n’a pas d’autre sens », a déclaré Lieberman à la presse.

Netanyahu a défendu la trêve, affirmant que « les dirigeants font la bonne chose ».

« Nous avons tous eu peur »

Mardi soir, un communiqué officiel publié par le ministère de l’Éducation de Gaza a annoncé l’ouverture des écoles, indiquant que la situation redevenait normale.

Reem Khalla, 16 ans, s’est réveillée mercredi matin avec un sentiment d’appréhension.

Comme de nombreux étudiants à Gaza, Khalla craignait de retourner étudier un jour après le cessez-le-feu, qui s’est produit après le bombardement intensif par Israël de l’enclave qui a vu de nombreux bâtiments s’effondrer, dontune chaîne de télévision locale.

« Quand je suis arrivée, moins de la moitié de mes camarades de classe – environ 15 personnes – étaient présents », a déclaré Khalla à Al Jazeera.

« Nous étions tous effrayés et les enseignants ont donné à ceux qui voulaient rentrer chez eux la permission de le faire », a-t-elle déclaré.

« Nous n’avons même pas beaucoup étudié … Nous nous demandions surtout si le cessez-le-feu serait respecté et s’il s’agissait d’une reprise de la guerre de 2014. »

Au cours de l’assaut israélien de 2014, plus de 2200 Palestiniens ont été assassinés – dont une majorité de civils – et des dizaines de milliers de personnes se sont retrouvées sans abri. Soixante-treize personnes, dont la plupart des soldats, ont été tuées du côté israélien.

« Un cessez-le-feu « susceptible de tenir » ?

Les observateurs estiment que l’accord pourra durer un certain temps, mais seulement jusqu’au prochain cycle d’attaques, qui a été de fait « reporté ».

« Le dernier accord de cessez-le-feu est susceptible de tenir car Israël a payé un prix considérable pour ses récentes attaques provocatrices contre la bande de Gaza », a déclaré à Al Jazeera Mouin Rabbani, chercheur à l’Institute for Palestine Studies.

« [Israël] a fondamentalement fait un mauvais calcul dans son hypothèse que le Hamas ne réagirait pas afin de préserver les efforts de médiation sous conduite de l’Égypte, » a noté Rabbani.

Selon lui, il y aura une pression importante sur les dirigeants israéliens pour qu’ils « réussissent mieux » contre les Palestiniens.

« Au bout du compte, Israël n’a pas d’options politiques crédibles vis-à-vis de la bande de Gaza, mais ne semble pas non plus disposé à renoncer à son blocus du territoire », a déclaré Rabbani.

Gaza, qui abrite plus de deux millions de personnes, est sous un blocus paralysant imposé par les Israéliens et les Égyptiens depuis onze ans, limitant sévèrement les mouvements de Palestiniens.

Bien qu’Israël ait retiré ses troupes et ses colons de la bande de Gaza en 2005, il a maintenu son contrôle sur l’espace aérien, les eaux territoriales et les frontières terrestres de Gaza.

Le siège a dévasté l’économie locale, limitant considérablement l’entrée de produits alimentaires et l’accès aux services de base. Il a également stoppé le flux de matériaux de construction nécessaires à la reconstruction de la plupart des infrastructures de l’enclave, endommagées lors des précédentes campagnes militaires israéliennes de 2008, 2012 et 2014.

Un « meilleur accord »

Alaa Tartir, conseiller auprès d’Al-Shabaka: The Palestinian Policy Network, estime que la dernière escalade israélienne visait à « tester à nouveau » les capacités des groupes armés à Gaza, notamment les brigades al-Qassam du Hamas.

L’ « accord de paix » tant attendu des États-Unis au Moyen-Orient, proposé par le gendre du président américain Donald Trump, Jared Kushner, a également joué un rôle dans la dernière escalade et la trêve qui a suivi, a déclaré Tartir.

« Tous les acteurs resteront dans un certain attentisme jusqu’à ce que le gouvernement Trump annonce les principaux points de son ‘accord de paix' », a déclaré Tartir à Al Jazeera.

« Il [Israël] continuera à se repositionner pour garantir un ‘meilleur accord’ dans le cadre des réarrangements régionaux en cours », a-t-il estimé.

À la suite de l’annonce de la trêve, le Conseil de sécurité des Nations unies s’est réuni à huis clos pour discuter de la flambée de violence à la demande du Koweït et de la Bolivie.

Mais les diplomates ont déclaré qu’aucun accord n’avait été trouvé sur la manière de faire face aux attaques.

L’ambassadeur palestinien à l’ONU, Riyad Mansour, a déclaré à la presse que le Conseil de sécurité était « paralysé » et lui a reproché de n’avoir pris aucune mesure adéquate et immédiate.

Farah Najjar * Farah Najjar est rédactrice en ligne pour Al Jazeera English.

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14 décembre 2018 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine