Gaza privé de traitements pour ses malades atteints de cancer

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Octobre 2016 - Rassemblement à Gaza de femmes atteintes de cancer, afin de protester contre les restrictions israéliennes à leur traitement - Photo : Archives
Ramzy BaroudLe dimanche 12 août, les nouvelles de Gaza étaient très sombres : le ministère de la Santé a annoncé qu’il ne serait plus en mesure de traiter les patients atteints de cancer dans le territoire soumis au blocus israélien.

« Les malades atteints de cancer du côlon et du poumon, ainsi que de cancer du système lymphatique, ne peuvent aujourd’hui plus disposer des traitements nécessaires », a déclaré le Dr Mohammed Abu Silmiya, directeur de l’hôpital pour enfants Abdulaziz Al-Rantisi.

Israël est le premier responsable du siège de Gaza qui dure depuis plus de 11 ans. Avec le soutien direct des États-Unis, Israël a lancé trois grandes guerres sur Gaza au nom de la lutte contre le terrorisme, détruisant une grande partie des infrastructures de cette minuscule enclave. Un siège hermétique a puni les Gazaouis, qui manquent maintenant de tout, y compris des fournitures les plus élémentaires en eau potable et en électricité.

A présent, même la chimiothérapie n’est plus disponible.

Mais la guerre contre les Palestiniens a été une entreprise impliquant plusieurs responsables dès le début. Les États-Unis ont défendu Israël pendant de nombreuses années et ont récemment orchestré la disparition de Gaza.

Washington a tout fait pour isoler la bande terriblement appauvrie : il a mis en garde le Fatah, le parti du président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, contre la réconciliation avec ses rivaux du Hamas. Il a alimenté et soutenu la guerre et le siège israéliens sur Gaza. Il a soutenu Israël dans toutes les tribunes pour protéger Tel-Aviv de ses crimes de guerre dans la bande de Gaza et dans tous les territoires palestiniens occupés.

Pendant de nombreuses années, les États-Unis ont prétendu agir comme un intercesseur pour la paix. Bien que les Palestiniens savaient à quoi s’en tenir des prétentions américaines, cela a perpétué l’illusion dans les esprits des alliés des États-Unis que les administrations américaines agissaient dans le bon sens, se tenant à égale distance entre deux parties dans un « conflit » équilibré.

L’avènement de Donald Trump à la Maison Blanche a mis fin à cette sinistre plaisanterie.

Alors que la nouvelle administration a défié le droit international en déplaçant l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem, elle a également pris une série de mesures pour punir financièrement les organismes internationaux qui accordaient une reconnaissance, un soutien politique ou toute forme d’aide aux Palestiniens. En l’espace de quelques mois, les États-Unis ont quitté l’agence culturelle des Nations Unies, l’UNESCO, se sont retirés du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, la CDHNU, et ont coupé leur aide à l’agence pour les Palestiniens réfugiés, l’UNRWA.

L’attaque contre les organisations des Nations Unies a été menée par l’ambassadrice américain à l’ONU, Nikki Haley, qui a joué un rôle central dans le nouveau discours anti-palestinien.

Mais elle n’est pas seule. Dans un article pour CNN, Haley et David Friedman, l’ambassadeur américain en Israël, Jared Kushner, le conseiller principal du président, et Jason Greenblatt, représentant américain pour les négociations internationales, ont exprimé un point de vue américain qui aurait pu passer pour un opuscule sioniste.

Ils ont accusé les Palestiniens et absout Israël de tout acte répréhensible.

« Malheureusement, ont-ils écrit, les activités malveillantes du Hamas poussent Israël à se livrer à des actes d’autodéfense de plus en plus conséquents. Comme dans le cas des conflits passés, le Hamas déclenche un conflit, perd la bataille et son peuple souffre. C’est cela la réalité qui doit changer. »

C’était le 23 juillet. Un jour plus tard, Haley, utilisant un langage manipulateur et mensonger, reprochait aux Arabes de manquer à leur devoir vis-à-vis de la Palestine et des Palestiniens. Dans une allocution de huit minutes adressée au Nations Unies, Haley s’est exprimée comme une militante pro-palestinienne, s’inquiétant des pertes et des souffrances du peuple palestinien.

« Pays après pays, on revendique la solidarité avec le peuple palestinien … Parler ne coûte rien. Aucun groupe de pays n’est plus généreux en proclamations que les voisins arabes des Palestiniens », a-t-elle déclaré.

Elle a déploré : « Mais tous les mots prononcés ici à New York ne nourrissent pas, n’habillent pas et n’éduquent pas un seul enfant palestinien. Tout ce qu’ils font, c’est de mettre la communauté internationale en colère.  »

Bienvenue dans l’Amérique post-vérité.

Alors que l’on attend des Arabes – en fait ce qui est exigé d’eux – qu’ils soient solidaires de leurs frères palestiniens, la principale raison de l’assujettissement du peuple palestinien est le soutien continu des États-Unis à Israël.

Depuis 1999, les États-Unis ont soutenu Israël au moyen de protocoles d’accord d’une durée de 10 ans. Selon ces arrangements, le soutien à Israël n’exige pas l’approbation du Sénat et, malgré l’aide massive, il n’inclut toujours pas le financement de la défense antimissile.
 
Le dernier président des États-Unis à avoir signé un engagement de financement de dix ans pour Israël – qui devrait durer de 2019 à 2028 – a été le président Barack Obama, qui a fourni à Israël plus d’argent que tout autre président américain.

Selon le Service de recherche du Congrès américain, en avril 2018, « Israël est le plus grand bénéficiaire de l’aide américaine depuis la Seconde Guerre mondiale. Cela signifie qu’à ce jour, « les États-Unis ont fourni à Israël 134,7 milliards en assistance et en financement du système missiles anti-missiles. »

La majeure partie de cette assistance militaire a été utilisée pour combattre les Palestiniens et les voisins arabes, pour soutenir l’occupation militaire israélienne de la Palestine et pour renforcer le blocus israélien de Gaza. Le reproche fait par aux Arabes Haley de ne pas en faire assez pour aider les Palestiniens, est tout simplement mensonger.

Aussi néfaste que le soutien militaire des États-Unis à Israël et la manipulation de l’aide relativement limitée aux Palestiniens, l’ingérence des États-Unis dans les affaires politiques palestiniennes a été tout aussi destructrice.

L’ingérence flagrante des Américains dans la politique palestinienne est accompagnée d’une totale subordination à l’égard du gouvernement israélien, indépendamment du fait que le gouvernement de Tel-Aviv se soit fortement déplacé vers la droite la plus extrême, et qu’il puisse de moins en moins prétendre représenter une démocratie.

Étant donné que les positions anti-palestiniennes et pro-israéliennes des États-Unis se sont accentuées au cours des derniers mois, on est guère touché par la sympathie hypocrite de Haley envers Gaza et les Palestiniens.

Quelques semaines à peine avant de critiquer le manque de soutien arabe, elle faisait la leçon à la communauté internationale sur le prétendue approche bienveillante d’Israël face à ce qu’elle considérait comme de la violence palestinienne.

« Aucun pays dans cette enceinte n’agirait avec plus de retenue qu’Israël », a-t-elle déclaré le 15 mai, peu après que de nombreux ambassadeurs se soient levés pour une minute de silence en signe de deuil pour 60 Palestiniens assassinés alors qu’ils manifestaient pacifiquement contre le blocus à la limite de la clôture séparant Gaza d’Israël [Palestine de 1948]

Les attaques ciblées de Haley contre les gouvernements arabes attribuant trop peu d’aide [aux Palestiniens] visent à détourner l’attention de la responsabilité des États-Unis qui ont toujours soutenu Israël et maintenu les Palestiniens prisonniers de l’occupation militaire et sous un siège inhumain depuis bien trop longtemps.

Ramzy Baroud * Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle. Son prochain livre est «The Last Earth: A Palestine Story» (Pluto Press). Baroud a un doctorat en études de la Palestine de l’Université d’Exeter et est chercheur associé au Centre Orfalea d’études mondiales eMa’an Newst internationales, Université de Californie. Visitez son site web: www.ramzybaroud.net.

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18 août 2018 – Transmis par l’auteur – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah