Ana Gomes, parlementaire européenne, exige une enquête sur les méfaits du lobby sioniste

Photo : O Publico/Fernando Veludo
Ana Gomes - Photo : O Publico/Fernando Veludo
Ali AbunimahUn membre éminent du Parlement européen exige une enquête officielle sur le rôle d’un haut fonctionnaire de l’Union européenne [UE] dans une campagne de dénigrement menée par le lobby israélien à son encontre.

Ana Gomes, une députée de centre-gauche du Portugal, est accusée d’antisémitisme par les groupes de pression israéliens après qu’elle les ait publiquement critiqués pour avoir tenté de l’empêcher de recevoir le militant palestinien de défense des droits humains Omar Barghouti, pour prendre la parole au Parlement européen à Bruxelles la semaine passée.

Les accusations des lobbies pro-israéliens contre Gomes ont ensuite été abondamment reprises par Katharina von Schnurbein, haut responsable de l’UE chargé de la « lutte contre l’antisémitisme », et par l’ambassade de l’UE à Tel Aviv, officiellement connue sous le nom de « délégation de l’Union européenne en Israël ».

Ma lettre à @JunckerEU @FedericaMog @EUombudsman exigeant une enquête à #EC @kschnurbein & @EUinIsrael à propos du lobbying pervers mis en branle pour tenter d’empêcher le débat #EP sur l’occupation israélienne en #Palestine et m’insultant/diffamant comme « antisémite » https://t.co/3fsIUIuPff.

– Ana Gomes, députée européenne (@AnaGomesMEP) 8 mars 2018

Ana Gomes a formulé sa requête mercredi dans une lettre adressée à Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne – l’organisme bureaucratique faisant office de gouvernement de l’UE – et Federica Mogherini, responsable de la politique étrangère de l’UE.

« J’exige une enquête sur la campagne de diffamation dirigée contre moi, en tant que députée [membre du Parlement européen], par quelqu’un de la délégation de l’UE en Israël et par Mme von Schnurbein », indique la lettre.

Gomes veut que l’enquête détermine si ces officiels ont violé leurs obligations en vertu du règlement des employés de l’UE et des règles établies dans l’usage des médias sociaux.

Conformément à la pratique commune aux systèmes démocratiques, les fonctionnaires de l’UE sont tenus de rester politiquement neutres, ce qui fait de l’attaque publique de Gomes – une élue – par von Schnurbein et l’ambassade de l’UE à Tel Aviv, un manquement tout à fait choquant à cette obligation.

Ana Gomes a également porté plainte auprès du Médiateur européen, un organe indépendant chargé d’enquêter sur les allégations d’actes répréhensibles dans les institutions de l’UE.

Un « lobby pervers »

Le 28 février, Ana Gomes avait organisé un séminaire sur le mouvement du Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) avec Omar Barghouti.

Barghouti est l’un des fondateurs de cette campagne non violente et populaire de défense des droits de l’homme. Il est aussi auréat du Prix Gandhi de la paix 2017.

A l’ouverture du séminaire, Gomes a noté que les discussions sur les droits de l’homme palestiniens étaient beaucoup plus fréquentes, « mais elles sont devenues de plus en plus rares dans ce parlement suite à un lobby très pervers qui tente d’intimider les gens. »

Gomes a ajouté qu’elle avait été soumise à ce type de pression dans les jours qui ont précédé le séminaire, par des groupes qui « racontent beaucoup de mensonges » et « donnent une fausse interprétation des paroles de nombreux intellectuels ».

Voir @AnaGomesMEP diffamer les groupes juifs comme un « lobby très pervers » qui dit « beaucoup de mensonges » et utilise des « tactiques d’intimidation ».

Il est difficile de croire qu’un législateur européen utiliserait des mots aussi haineux et refuserait ensuite de les rétracter. @eurojewcong @BnaiBrith @ELNET_BRX @EUJS @ccojb @AJCLatino pic.twitter.com/dpxPLxQEus
– Instat transatlantique (@AJCTAI) 1er mars 2018

En réponse, l’AJA Transatlantic Institute dénonça les propos de Gomes comme « antisémites », prétendant qu’elle « diabolisait les organisations de la société civile juive » et exigeant une « action disciplinaire » contre elle par son groupe parlementaire.

L’AJC Transatlantic Institute est le bureau bruxellois du Comité juif américain, une organisation de lobbying qui dit « défendre Israël au plus haut niveau » des « couloirs de l’ONU à New York, jusqu’aux couloirs de l’Union européenne ».

L’une de ses principales activités est de blanchir les crimes de guerre d’Israël.

Katharina von Schnurbein, de l’UE, a retweeté l’attaque de l’AJC Transatlantic Institute, affirmant que les objections de Gomes à la censure par des groupes politiques travaillant pour Israël étaient faites de « viles expressions antisémites ».

Il est en effet très inquiétant et déprimant de voir des expressions antisémites aussi viles @Europarl_EN venues d’un membre de @TheProgressives. De telles expressions ne sont pas illégales, mais elles sont antisémites, et nous nous opposerons à toute forme d’ #Antisémitisme pour une société ouverte https://t.co/ewWMsqtNum
– (((k schnurbein))) (@kschnurbein) 1er mars 2018

Cher M. Abunimah, nous y revoilà. Nous ne parlons pas du lobby israélien, nous parlons de l’expression d’un « lobby très pervers » en relation avec les acteurs de la société civile juive. Je suis surpris que vous, en tant que défenseur des droits de l’homme, ne considériez pas cela comme antisémite.
– (((k schnurbein))) (@kschnurbein) 1er mars 2018

À son tour, les tweets de von Schnurbein attaquant Gomes ont été retweetés par @EUinIsrael, le compte rendu officiel de l’ambassade de l’UE à Tel-Aviv.

Dans au moins un tweet, l’ambassade a donné son soutien implicite aux critiques de Gomes:

Si vous avez une définition de «lobby très pervers», il est bon que vous l’utilisiez.
– UE en Israël (@EUinIsrael) 1er mars 2018

Sur la même ligne qu’Israël

Von Schnurbein a été nommée en 2015 « coordinatrice de la lutte contre l’antisémitisme » de l’UE.

En réalité, cependant, l’un de ses principaux objectifs a été d’aider le lobby israélien à combattre les activités de solidarité avec la Palestine en dénigrant comme supposées antisémites les critiques de l’occupation israélienne, de la colonisation et de l’apartheid.

Elle a affirmé sans aucune preuve que les activités de la campagne BDS ont conduit à une augmentation des incidents antisémites sur les campus universitaires.

En réponse à une question de The Electronic Intifada, la Commission européenne a pleinement soutenu von Schnurbein à la suite de son attaque contre Gomes.

« La Commission européenne est fermement opposée à l’antisémitisme – ainsi qu’au racisme et à la xénophobie en général – et le travail du coordinateur pour lutter contre l’antisémitisme constitue une partie importante de nos efforts à cet égard », a déclaré un porte-parole.

Cette semaine, von Schnurbein était à Londres pour assister au dîner d’un groupe de lobby israélien, le Community Security Trust, avec l’ambassadeur israélien Mark Regev.

L’ambassade de l’UE à Tel-Aviv s’est également compromise avec des voix d’extrême droite. L’année dernière, elle a engagé un défenseur israélien du génocide des Palestiniens pour qu’il apparaisse dans une vidéo vantant les avantages de la coopération UE-Israël.

Tentatives de bloquer toute discussion

Dans sa lettre demandant une enquête, Gomes déclare que l’annonce du séminaire avec Barghouti « a incité certaines organisations à vouloir le bloquer, en l’étiquetant, comme M. Barghouti et moi-même, avec l’insulte d’être « antisémite ».

En plus de l’Institut transatlantique de l’AJC, Gomes affirme que les « organisations qui ont mené cette campagne de dénigrement » comprenaient des groupes de pression pro-israéliens tels que la Coalition européenne pour Israël, le Congrès juif européen et le European Leadership Network.

Comme l’a rapporté The Electronic Intifada, le European Leadership Network a une politique de collaboration avec les politiciens européens d’extrême droite, y compris les négationnistes et néo-nazis, pourvu qu’ils soient pro-israéliens.

Le Israeli Project, une organisation anti-palestinienne de premier plan basée aux États-Unis, a également fait de l’agitation contre le séminaire de Barghouti, qualifiant de « honteux » que le Parlement européen « cautionne son antisémitisme ».

Courage moral

« En insistant pour que je m’exprime au Parlement européen, en résistant aux tentatives d’intimidation et de dénigrement du lobby israélien, Ana Gomes a montré son courage moral et son engagement indéfectible envers les droits de l’homme », a déclaré Barghouti à The Electronic Intifada.

« Elle a également reflété la profonde révolte de la société civile européenne contre les violations flagrantes des droits de l’homme contre le peuple palestinien et, surtout, la complicité de l’UE dans l’imposition du système israélien d’oppression coloniale et d’apartheid. »

Dans son intervention au séminaire – dont Gomes a publié le texte sur son site Internet – Barghouti a déclaré que « seule une pression efficace de la société civile européenne peut mettre fin à cette complicité européenne ».

Israël le sait aussi, c’est pourquoi ses lobbyistes bruxellois et leurs alliés au sein de la bureaucratie de l’UE semblent si déterminés à salir ceux qui leur tiennent tête.

A4 * Ali Abunimah est un journaliste palestino-américain, auteur de The Battle for Justice in Palestine. Il a contribué à The Goldstone Report : The Legacy of the Landmark Investigation of the Gaza Conflict. Il est le cofondateur de la publication en ligne The Electronic Intifada et consultant politique auprès de Al-Shabaka.

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9 mars 2018 – The Electronic Intifada – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah