17 avril 2025 - Les Palestiniens ont commémoré la Journée des prisonniers palestiniens, célébrée chaque année le 17 avril, en organisant une veillée de solidarité dans la ville cisjordanienne d'Hébron. Les participants ont manifesté leur solidarité avec les prisonniers palestiniens. Instituée en 1974, la Journée des prisonniers palestiniens rend hommage à la lutte des prisonniers détenus dans les prisons israéliennes. Début avril, le nombre de prisonniers palestiniens détenus par l'occupant dépassait les 9900, dont au moins 400 enfants et 27 femmes, selon la Société des prisonniers palestiniens. La détention administrative a connu une augmentation sans précédent, avec 3498 personnes détenues sans inculpation ni procès, dont plus de 100 enfants et quatre femmes - Photo : Mosab Shawer / Activestills
Par Qassam Muaddi
En officialisant la peine de mort pour les prisonniers palestiniens, la knesset israélienne s’est faite la digne héritière de tous les fascismes. Elle devrait maintenant reprendre à son compte la citation hélas célèbre : ¡Viva la muerte! (« Vive la mort ! »), le cri de ralliement franquiste.
Les organisations de défense des droits de l’homme ont condamné une nouvelle loi israélienne visant les prisonniers palestiniens, la qualifiant de crime de guerre potentiel et de mesure « profondément discriminatoire ». Dans le même temps, les ministres israéliens ont célébré l’adoption de cette loi en sabrant le champagne dans l’hémicycle de la Knesset.
Le visage hilare et une bouteille de champagne à la main, Itamar Ben-Gvir, ministre israélien de la Sécurité nationale aux positions ultra-racistes, a célébré lundi à la Knesset l’adoption de la nouvelle loi israélienne sur la peine de mort visant les détenus palestiniens.
Initialement présentée sous forme de projet de loi par le parti Jewish Power de Ben-Gvir en novembre dernier, la loi a fait l’objet d’une deuxième et d’une troisième lecture au sein de l’assemblée parlementaire israélienne en début de semaine, avant d’être adoptée à une majorité de 62 voix contre 47.
L’objectif de cette loi ? Instituer la peine de mort pour les Palestiniens reconnus coupables d’actes ayant entraîné la mort d’Israéliens juifs.
Le projet de loi avait d’abord suscité la controverse lors de son introduction il y a plus de quatre mois en raison de sa formulation explicitement discriminatoire, qui visait alors les individus reconnus coupables d’avoir tué des Israéliens pour des motifs « nationalistes ou racistes », et avec l’intention de « nuire à l’État d’Israël ou à la renaissance du peuple juif ».
Depuis lors, les législateurs israéliens ont cherché à calmer la controverse en modifiant la formulation du projet de loi.
La version finale adoptée vise les personnes reconnues coupables d’actes ayant entraîné la mort d’Israéliens, avec l’intention de « mettre fin à l’existence d’Israël ».
Malgré un langage légèrement moins chargé de connotations raciales, le texte de la loi s’applique toujours presque exclusivement aux Palestiniens, poussant même les ministres des Affaires étrangères de l’Australie, de l’Allemagne, de la France, de l’Italie et du Royaume-Uni à condamner la loi dans une déclaration commune en raison de son « caractère discriminatoire de facto ».
Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Volker Türk, a déclaré que l’application de cette loi aux Palestiniens serait considérée comme un « crime de guerre » et qu’elle était « profondément discriminatoire ».
Parallèlement, la dite communauté internationale des droits de l’homme a vivement critiqué cette loi, la qualifiant de nouvelle facette juridique de l’apartheid israélien.
Amnesty International a souligné que cette loi est la première d’une « série de lois qui menace de voir le jour » et qui permettrait d’exécuter des Palestiniens « dans une démonstration publique de cruauté, de discrimination et de mépris total pour les droits humains », ajoutant que cette loi « démantèle les garanties fondamentales visant à empêcher la privation arbitraire de la vie » tout en renforçant davantage « le système d’apartheid israélien ».
De son côté, Human Rights Watch a déclaré que cette loi « renforce la discrimination et un système judiciaire à deux vitesses, deux caractéristiques de l’apartheid ».
Shawan Jabarin, directeur de la principale organisation palestinienne de défense des droits humains, Al-Haq, a déclaré à Mondoweiss que « c’est la première fois qu’une loi est adoptée par un groupe pour s’appliquer exclusivement à un autre, sans même une égalité formelle d’application ».
« Ils n’ont pas juste voté une loi.
Ils ont signé une autorisation de tuer.
Qui ne s’applique pas à tout le monde.
Pas une loi égale pour tous.
Elle concerne les palestiniens uniquement.
Relisez-moi, doucement.
Un peuple vivant sous occupation,
porté devant des cours militaires qui condamnent presque systématiquement…
fait désormais face à un système qui réclame le droit non seulement d’emprisonner- mais aussi d’exécuter.
Ceci n’est pas une faille dans la justice-
il n’y a jamais eu de justice pour nous.
Ceci est le moment à partir duquel le pouvoir arrête de faire semblant.
Parce que quand la même autorité qui occupe vos terres, contrôle vos mouvements, décide de votre sort- se donne également le droit légal de mettre fin à votre vie- alors on ne parle plus de « droit ». On parle de pouvoir absolu sur la vie et la mort.
Disons-le clairement :
Il s’agit d’exécutions sans égalité
de punitions sans justice
de légalisation de tuer un peuple déjà privé de ses droits.
Et le plus dérangeant ?
C’est que ce n’est plus caché
Ce n’est pas nié
C’est célébré.
Lorsque des Représentants de l’État lèvent leurs verres à une telle décision… lorsqu’ils trinquent à des peines de mort… ils révèlent une vérité bien plus profonde que ne le pourrait n’importe quelle déclaration politique :
il ne s’agit plus de sécurité,
il ne s’agit plus de défense,
il s’agit désormais de voir jusqu’où veut aller un système dans la déshumanisation de ceux qu’il contrôle.
L’Histoire n’a jamais été floue à propos d’événements tels que celui-ci.
Ils ont toujours suivi le même parcours :
déshumaniser,
contrôler,
taire,
légaliser.
Puis tuer- au nom de la loi.
Et à chaque fois le monde réagit de la même façon :
Déclarations. Inquiétudes. Débats.
Pendant que la machine tourne.
Alors arrêtons de faire semblant que c’est compliqué.
Lorsqu’un État légalise l’exécution de prisonniers d’une population qu’il occupe, et qui ne jouit pas des mêmes droits que ses citoyens- alors la ligne n’est pas seulement franchie.
Elle est effacée.
La seule question qui demeure ne concerne pas la nature de cet État.
La question est : qui va encore le défendre, encore le financer, encore le fournir en armes- et qui va rester silencieux, jusqu’à ce que l’Histoire parle à leur place ? »Fares Abulebda – 31 Mars 2026 – Traduction : Aliki Blaquière
Jabarin a précisé qu’« il existe un décret militaire israélien concernant les Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza qui autorise la peine de mort, mais qui exige que celle-ci soit requise par le procureur militaire et approuvée à l’unanimité par les juges ».
La loi adoptée lundi par la Knesset, en revanche, n’est pas un ordre militaire, mais une « loi pénale », a expliqué Jabarin, « qui permet aux juges de prononcer la peine de mort à la majorité, et non par consensus, sans que le procureur ne l’ait requise ».
Jabarin souligne que, bien que cette loi soit formellement différente des ordonnances militaires, la logique qui la sous-tend est la même que celle du système judiciaire militaire applicable aux Palestiniens.
« Dans les tribunaux militaires israéliens, le taux de condamnation des Palestiniens dépasse 99 %, car il n’y a aucune garantie d’un procès équitable », explique-t-il, étant donné qu’ils acceptent les aveux obtenus sous la torture ou la contrainte, « rendant ainsi toute possibilité d’appel totalement vaine ».
Les familles des prisonniers « laissées pour compte »
Les familles palestiniennes des prisonniers se préparaient depuis des mois à l’adoption de cette loi, mais le fait qu’elle ait été votée avec une telle facilité a été pour elles « un choc », selon Ayah Shreiteh, porte-parole du Club des prisonniers palestiniens.
« La loi n’a pas d’effet rétroactif, ce qui signifie qu’elle ne s’applique pas aux prisonniers qui ont déjà été condamnés », a déclaré Mme Shreiteh à Mondoweiss. « Cependant, une quarantaine de prisonniers palestiniens accusés d’actes ayant entraîné la mort d’Israéliens n’ont pas encore été condamnés, et ils sont directement visés par la loi sur la peine de mort », a-t-elle ajouté.
Sur les quelque 9000 Palestiniens actuellement détenus dans les prisons israéliennes, seuls quelques centaines sont accusés d’attaques ayant entraîné la mort d’Israéliens, et plus de 4000 sont détenus sans inculpation, dont 3000 sont placés en « détention administrative », une politique qui permet à Israël de détenir des Palestiniens sur la base d’un « dossier secret » qui n’est pas communiqué à la défense.
« De nombreuses familles sont issues de milieux modestes, et elles sont venues au club complètement anéanties, inquiètes du sort de leurs proches et se demandant s’ils allaient être exécutés », a-t-elle déclaré. « Le plus difficile pour les familles, c’est le sentiment d’être laissées seules. »
Shreiteh affirme que les Palestiniens ont été confrontés à une succession de tragédies au cours des deux dernières années, du génocide de Gaza à la famine, en passant par la violence des colons et les plans d’annexion, tandis que la question des prisonniers restait en retrait dans la plupart des actualités.
« Cela donne aux familles des prisonniers le sentiment d’être seules face à cette situation », a expliqué Shreiteh.
Cette situation est encore aggravée par le fait que l’Autorité palestinienne a récemment suspendu le versement des allocations aux familles des prisonniers et des martyrs palestiniens sous la pression internationale, sur la base de la propagande israélienne présentant ce fonds comme un « programme de récompense pour les meurtres » qui encourage le « terrorisme ».
« Il y a un sentiment d’impuissance face à l’impunité dont est entourée kla question des prisonniers », a ajouté Shreiteh. « Et cette loi a porté un coup supplémentaire au moral des familles des prisonniers palestiniens. »
Auteur : Qassam Muaddi
* Qassam Muaddi est un journaliste palestinien basé à Ramallah. Il couvre l’actualité palestinienne : événements politiques, mouvements sociaux, questions culturelles ... Il écrit pour les quotidiens libanais Assafir et Al Akhbar, les sites Middle East Eye, Mondoweiss et The New Arab, ainsi que pour les journaux électroniques palestiniens Metras et Quds News Network.Son compte twitter.
31 mars 2026 – Mondoweiss – Traduction : Chronique de Palestine

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