Une école détruite avec une fresque représentant une colombe blanche toujours debout à Beit Hanoun. 1er février 2024 - Photo : Jonathan Whittall
L’ambassade américaine à Jérusalem a supprimé un rapport de février 2024 sur le nord de Gaza parce qu’il « manquait d’équilibre ». Ces photos prises lors de la mission d’enquête de l’ONU constituent une preuve visuelle des conditions qui y règnent.
En février 2024, un peu plus de trois mois après le début de la guerre menée par Israël contre Gaza, l’ambassadeur américain en Israël, Jack Lew, et son adjointe, Stephanie Hallett, ont bloqué un télégramme interne destiné à être largement diffusé parmi les hauts fonctionnaires de l’administration Biden, qui avertissait que le nord de Gaza était devenu un « désert apocalyptique », selon l’agence Reuters.
Lew et Hallett auraient bloqué ce câble, qui décrivait avec des détails poignants les conséquences de l’assaut israélien, parce qu’ils estimaient qu’il manquait « d’équilibre ».
Le câble avait été rédigé par des membres du personnel de l’Agence américaine pour le développement international et s’appuyait sur une mission humanitaire en deux parties menée par une petite équipe des Nations unies qui s’était rendue dans la région les 31 janvier et 1er février 2024.
Je faisais partie de cette mission.
Le nord de Gaza était sous siège total depuis plus de trois mois lorsque nous avons finalement été autorisés à y entrer en janvier 2024. Nous avons traversé la ville de Gaza, Beit Lahia, Jabaliya et Beit Hanoun.
Nous avons découvert un horizon de destruction sans fin. Les gens vivaient sous des bâches en plastique ou dans les décombres des bâtiments. Les écoles avaient été détruites.
Dans certaines parties de Beit Hanoun, toute la région avait été dépeuplée et décimée. Il y avait une pénurie mortelle d’eau potable, de nourriture et d’accès aux soins de santé.
Une famine massive s’était déjà installée. Toutes les personnes à qui nous avons parlé nous ont demandé de la nourriture. Les gens nous faisaient signe dans la rue pour nous demander quelque chose à manger.
Les autorités israéliennes continuaient de refuser l’entrée de tout approvisionnement malgré nos avertissements sur les conditions mortelles.
Nous avons trouvé les corps de personnes qui avaient été tuées pour s’être trop approchées des postes de contrôle israéliens. Leurs restes étaient dévorés par des chats et des chiens.
Sur un mur encore debout dans la maison détruite de quelqu’un, nous avons trouvé le mot « Vengeance » graffé en hébreu, avec la date du 7 octobre 2023 écrite en dessous.
Le but d’une mission d’enquête comme celle-ci est de rendre compte de la situation humanitaire sur le terrain. L’objectif est de refléter fidèlement la réalité, et non l’équilibre politique.
Les images que j’ai prises pendant ce voyage sont des preuves brutes des conditions qui régnaient alors dans le nord de Gaza. Certaines, montrant des corps laissés à l’air libre pour se décomposer, sont trop horribles pour être montrées.
Une sélection est publiée ici pour la première fois.
Beaucoup de ces scènes avaient déjà été capturées par des journalistes palestiniens, mais elles avaient elles aussi été rejetées comme étant biaisées.
Presque deux ans jour pour jour après, la situation s’est considérablement aggravée. L’assaut israélien a détruit, rasé et vidé encore davantage le nord de Gaza. L’ONU estime que plus de 81 % de tous les bâtiments de la bande de Gaza ont été détruits ou endommagés.
La plupart des rares éléments représentés ici ont désormais disparu.
Auteur : Jonathan Whittall
* Jonathan Whittall est analyste politique et travailleur humanitaire avec deux décennies d'expérience dans les situations d'urgence auprès de MSF et de l'ONU. il est actuellement directeur exécutif de KEYS Initiative.
2 février 2026 – Drop Site News – Traduction : Chronique de Palestine

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