Netanyahu « persona non grata » dans le Golfe ?

Gaza, le 20 avril 2018 - Grande Marche du Retour - Photo : ActiveStills.org

Par Abdel Bari Atwan

L’échec de Trump lors des élections US a été un sale coup pour Netanyahu et ses nouveaux amis, les dictateurs du Golfe.

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu est en panique. Il veut désespérément organiser une visite dans une capitale arabe avant les prochaines élections législatives israéliennes.

Personne n’a été plus méprisant à l’égard des Arabes et de leurs causes que lui, que ce soit sur la scène mondiale ou sur le terrain: avec ses massacres à Gaza et ses politiques d’annexion, de colonisation et d’apartheid en Cisjordanie. Pourtant, il semble compter maintenant sur les Arabes pour l’aider à rester au pouvoir.

Netanyahu concentre maintenant ses efforts sur quatre capitales arabes où il tente d’organiser des visites: Le Caire, Rabat, Abu Dhabi et Manama. Il n’a pas encore réalisé de percée avec aucun d’entre eux.

Le roi du Maroc s’y est opposé lorsqu’il l’a invité à visiter Jérusalem occupée. Le président égyptien a indirectement fait savoir qu’il ne pourrait venir au Caire que s’il faisait une concession substantielle aux Palestiniens, comme s’engager dans une solution à deux États.

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Et nous ne savons toujours pas pourquoi sa visite à Abu Dhabi, qui devait avoir lieu la semaine prochaine, a été annulée ou reportée.

Des sources gouvernementales israéliennes ont annoncé jeudi que la raison pour laquelle Netanyahu avait retardé son voyage aux Émirats Arabes Unis était qu’il craignait d’être critiqué par les Israéliens pour voyager à l’étranger à un moment où ceux-ci sont soumis à de sévères restrictions de voyage.

Un communiqué du bureau de Netanyahu a déclaré que le Premier ministre israélien appréciait grandement les invitations qu’il avait reçues du ministre des Affaires étrangères des Émirats arabes unis, Abdullah Bin-Zayed et du roi de Bahreïn Hamad, et la « paix historique » qu’il avait conclue avec leurs deux pays, tout en attribuant le report à des fermetures d’espace aérien.

Cela aurait été plus convaincant si la tournée prévue de Netanyahu dans le Golfe n’avait pas été reportée à trois reprises, réduite de trois jours à trois heures et limitée à Abu Dhabi, même si elle devait initialement se dérouler à Dubaï et à Bahreïn.

Les sources en provenance du Golfe et contactées par ce journal avaient diverses autres explications à offrir.

Certaines ont déclaré que le voyage de Netanyahu avait été reporté ou annulé en raison d’une antipathie personnelle à son égard dans les États du Golfe, en particulier en Arabie saoudite, après qu’il a divulgué aux médias israéliens des informations sur sa visite prétendument « secrète » pour s’entretenir avec le prince héritier Muhammad Bin-Salman.

D’autres l’ont attribué à la colère d’Abou Dhabi suite à la suspension par Joe Biden de la vente d’avions F-35, qui était censée avoir été la grande récompense des EAU pour la normalisation des relations avec Israël.

Et d’autres encore pensaient que les signataires des ainsi-nommés « accords d’Abraham » – dont Israël était de toute évidence le principal bénéficiaire – hésitaient à faire des démonstrations publiques excessives de normalisation.

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Il y a deux raisons principales à cela: (1) l’opposition intérieure, qui est forte mais étouffée par les médias contrôlés par l’État; et (2) la disparition de Trump, qui leur a imposé ces accords, et l’avènement d’une nouvelle administration américaine qui ne tient pas trop à eux ni à leurs politiques, en particulier au Yémen.

Selon eux, si Biden a refusé de décrocher son téléphone pour parler à Netanyahu après trois semaines à la Maison Blanche – un acte sans précédent d’une importance politique considérable – est-ce une bonne idée pour les capitales arabes de commencer à lui dérouler le tapis rouge ?

Les dictatures à l’est et à l’ouest du monde arabe ont commis une grosse bévue politique et un scandale moral encore plus grand lorsqu’ils ont parié sur Trump et lui ont offert le service gratuit de signature d’accords de normalisation avec Israël comme un moyen de l’aider à rester au pouvoir.

Tout ce qu’ils ont récolté en retour, c’est un échec et la colère de larges pans de leurs populations.

Leur pari a échoué. Ils ont fait un mauvais calcul, enfreignant les règles les plus élémentaires de la politique. Ils pourraient maintenant reconsidérer leur décision et ne plus vouloir refaire la même erreur. Mais le mal est déjà fait.

A1 * Abdel Bari Atwan est le rédacteur en chef du journal numérique Rai al-Yaoum. Il est l’auteur de L’histoire secrète d’al-Qaïda, de ses mémoires, A Country of Words, et d’Al-Qaida : la nouvelle génération. Vous pouvez le suivre sur Twitter : @abdelbariatwan

5 février 2021 – Raï al-Yaoum – Traduction : Chronique de Palestine – Lotfallah