Par Jonathan Kuttab
Personne ne devrait être surpris qu’à FOSNA nous sommes opposés à la guerre actuelle déclenchée contre l’Iran par Israël et les EU, et qui semble maintenant embraser une bonne partie du Moyen-Orient.
Toute guerre, même si elle peut paraitre justifiée, est mauvaise. La guerre n’apporte rien d’autre que la mort, la destruction, la perte et une hostilité persistante.
Elle bouleverse la vie civile normale, et procure une excuse et ouvre la porte à toutes formes d’excès militaires et d’abus de pouvoir autoritaires des gouvernements.
Elle détourne toutes les ressources de la société des besoins humains pour satisfaire les exigences de la machine de guerre qui engouffre voracement les ressources humaines et financières, la créativité, et l’attention.
La guerre actuelle contre l’Iran est particulièrement scandaleuse et répréhensible pour toute une série de raisons.
Le premier ministre Benjamin Netanyahu s’est, de son propre aveu, efforcé de provoquer une telle guerre depuis des décennies. Bien qu’il n’ait cessé d’en parler, Netanyahu avait échoué (jusqu’à présent) à persuader les États-Unis de s’engager dans une entreprise aussi irresponsable.
La raison étant qu’elle n’avait pas le moindre sens, à tel point que chaque administration US, malgré son désir ardent de satisfaire Israël, n’avait pu justifier à ses propres yeux ni à d’autres, de s’engager dans une aventure aussi stupide et radicale.
L’excuse qui veut que cette guerre eût pour objectif d’empêcher l’Iran d’acquérir l’arme nucléaire est fallacieuse.
Nonobstant les allégations éhontées d’Israël, seul pays de la région à posséder l’arme nucléaire, qui a refusé de signer le Traité de Non-prolifération Nucléaire, et qui refuse de permettre toute inspection de ses installations, l’Iran a invariablement nié la volonté d’acquérir l’arme nucléaire.
Son guide religieux suprême, qui vient d’être assassiné, avait émis une fatwa religieuse selon laquelle produire une arme aussi maléfique et destructive est un péché.
L’Iran s’est soumis à un régime d’inspection des plus rigoureux, a signé un traité international (que Trump a déchiré) l’engageant encore davantage à ne pas acquérir l’uranium enrichi nécessaire à une telle arme, et a vu son programme d’enrichissement civil « détruit » par la guerre de 12 jours récente.
Pourtant, Israël et ses complices continuent de mentir en affirmant que l’Iran est à une semaine d’un tel enrichissement et, d’après Trump à deux semaines d’obtenir l’arme nucléaire.
En outre, l’Iran était en pleines négociations visant à réduire encore plus son programme nucléaire quand Israël et les US ont déclenché cette guerre.
Les « objectifs » supplémentaires énoncés pour cette guerre : restreindre le programme de production de missiles de l’Iran et sa capacité à soutenir des mouvements solidaires dans la région, ont été jugés par des experts militaires comme étant irréalisables sans un changement radical de régime, et l’installation d’un nouveau gouvernement qui serait disposé à satisfaire les désirs d’Israël et des US.
A terme, c’est là un objectif susceptible d’engager les US dans un conflit sans fin dont l’issue est incertaine.
A mon humble avis, les bases de cette guerre ont été directement jetées à Gaza et elle résulte de la réussite d’Israël d’y mener ses actions en toute impunité.
A Gaza, Israël a entrepris au vu et au sus de toutes et tous, un génocide qui bafouait tous les principes du droit international et toutes les normes qui gouvernent les relations internationales, sans avoir à rendre des comptes. Parmi les violations et les atrocités commises on peut citer : les attaques d’hôpitaux ; l’utilisation de la famine comme arme ; le bombardement intensif de populations civiles, même dans des camps de réfugiés et en tentes ; la rétention de nourriture, d’eau, et de fournitures médicales ; les déplacements forcés de populations entières, puis le rasage de leurs maisons ; les attaques et assassinats de travailleurs humanitaires, de journalistes, et de personnels médicaux ; l’interdiction de l’accès des journalistes indépendants, en même temps que la chasse aux journalistes locaux et l’assassinat de plus de 250 d’entre eux, parfois avec des membres de leur famille, et le floutage de la distinction entre civils et combattants.
Israël a non seulement commis ces atrocités ouvertement, en postant parfois ces atrocités sur les réseaux sociaux, mais il a utilisé son influence auprès des US et de pays européens pour obtenir l’impunité et punir ceux qui osaient remettre en cause ses activités.
Même les Cours internationales, comme la Cour Internationale de Justice et la Cour Pénale Internationale, ont fait l’objet de menaces, tout comme les procureurs, les juges, et même ceux qui ont rassemblé des preuves et porté des cas devant les tribunaux (comme Francesca Albanese et Al Haq).
Le chef du Mossad a en fait menacé l’ancienne procureure de la CIJ, lui disant « nous savons où se trouve votre famille. »
Il y a non seulement eu une très grande hypocrisie dans l’application des normes du droit international (comparé à l’Ukraine, par exemple), mais les structures elles-mêmes, les institutions, et les principes du droit international lui-même ont été traités de manière flagrante comme non pertinents.
Tout ceci a coïncidé, avec l’arrivé aux EU d’un président narcissique qui estime qu’il ne devrait être soumis ni à la Constitution, ni au Congrès, ni à l’opinion publique, ni à une quelconque contrainte si ce n’est « sa propre morale » – pour ce qu’elle vaut.
Cette arrogance, à la limite de la voyoucratie, s’affichait pleinement dans les déclarations du Secrétaire à la Défense états-unien (pardon le « Secrétaire à la Guerre ») qui se réjouissait ouvertement de ses victoires mercredi.
Il a annoncé, « Nous gagnons : l’ennemi est cuit, et ils le savent. Nous avons détruit leur marine et leur armée de l’air; nous avons le contrôle total de leur espace aérien, et nous allons faire pleuvoir sur eux la mort et la destruction. Quand ils lèvent les yeux, ils ne voient que nos avions et ceux d’Israël lâchant sur eux la destruction à notre guise. Nous allons continuer de pourchasser leurs armes et leurs dirigeants aussi longtemps qu’il nous plaira. »
Israël promet ouvertement d’assassiner et Trump exige le droit de décider qui sera le prochain guide suprême de la religion chiite.
Le fait qu’aucune tentative de porter la question devant le Congrès ni même devant le peuple américain n’a été entreprise avant que la guerre ne débute fait partie du nouveau paradigme en jeu.
En même temps, l’échec du Congrès cette semaine de freiner le président ne fait qu’amplifier le problème. Il crie à la face du monde « seule la puissance compte, et nous la détenons ! »
Il n’y a désormais plus de référence même aux principes moraux, aux valeurs, à un ordre fondé sur des règles, ou au bien-être du peuple iranien, de celui du Moyen Orient, de celui de n’importe quel autre pays d’ailleurs.
Les pays qui nous refusent de traverser leur espace aérien pour mener cette guerre, comme l’Espagne, seront aussi punis. Et aux États-Unis, ceux qui s’y opposent seront traités de faibles, si pas directement attaqués comme « traitres antipatriotes. »
« Nous pouvons enlever des dirigeants de pays, attaquer des navires partout en haute mer, bombarder les autres comme bon nous semble », voilà la nouvelle réalité à célébrer et non à excuser.
Je crains que cette mentalité ne soit amplifiée par les médias, plein d’analyses sur les missiles, les drones, et leurs intercepteurs, et dont la seule préoccupation étant de savoir qui le premier sera à cours de munitions et qui aura la plus grande capacité de destruction.
Seuls les fabricants d’armes sont satisfaits. Seules des pertes en vies humaines états-uniennes (et israéliennes) sont susceptibles d’être considérées comme raison légitime pour mettre fin à cette guerre ou pour envisager d’autres solutions.
Tandis que les évènements se dérouleront dans les jours, semaines, mois à venir, nous devons affirmer notre position dès maintenant et déclarer que cette guerre est immorale et devrait cesser immédiatement !
La force brute ne peut être le seul arbitre des relations internationales.
Nous avons tous désespérément besoin d’un monde régi par le droit, par des principes, par l’éthique et la morale, par la justice et l’équité, et par le respect des droits humains, de la dignité humaine, de l’égalité et de l’état de droit universellement reconnu et appliqué, et non pas d’un monde régi par la force brute.
Auteur : Jonathan Kuttab
* Jonathan Kuttab est cofondateur du groupe palestinien de défense des droits Humains Al-Haq et cofondateur de Nonviolence International. Avocat international réputé dans le domaine des droits humains, il pratique le droit aux États-Unis, en Palestine et en Israël. Il siège au conseil d'administration du Bethlehem Bible College et est président du conseil d'administration du Holy Land Trust. Il est cofondateur et membre du conseil d'administration de Just Peace Advocates. Il a dirigé le comité juridique chargé de négocier l'accord du Caire de 1994 entre Israël et l'OLP. Son compte Twitter/X
6 mars 2026 – FOSNA – Traduction: Chronique de Palestine – MJB

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