À Gaza, la santé n’est plus un droit mais un privilège

12 mai 2026 - Le petit Yasser Arafat, âgé de six ans, est soigné à l’hôpital Al-Nasser de Khan Yunis, alors que son état de santé se détériore gravement après qu’il a contracté de graves infections cutanées, aggravées par une malnutrition sévère et un œdème généralisé, notamment au niveau des membres inférieurs. Il souffre de la maladie cœliaque, qui a entraîné une détérioration rapide de son état, et les médecins ont confirmé que le manque de ressources médicales les empêchait de lui prodiguer les soins nécessaires. Son jeune frère Musa est décédé il y a quatre mois des suites des mêmes complications. Le sort des enfants malades dans la bande de Gaza ne cesse de s’aggraver face à l’effondrement total du système de santé provoqué par le génocide perpétré par Israël, à l’hôpital Al-Nasser de Khan Yunis. Les ressources médicales font défaut, Israël continuant à restreindre l’acheminement des fournitures vers Gaza. - Photo : Doaa Albaz/Activestills

Par Hadeel Awad

Le système de santé, en ruines, ne parvient plus à venir en aide aux plus vulnérables de Gaza : ceux qui vivent dans les camps de déplacés.

Ces derniers temps, le système de santé de Gaza ne fait plus la Une de l’actualité. Il n’y a plus de raids violents contre les hôpitaux, comme cela s’est produit à l’hôpital Al Shifa lorsque j’y travaillais en novembre 2023 ; il n’y a plus de bombardements de services hospitaliers ni de tirs de snipers à leurs abords ; il n’y a plus de nouvelles allégations concernant des tunnels secrets sous les établissements médicaux.

Et pourtant, le système médical de Gaza continue de s’effondrer. C’est peut-être dans les camps de déplacés, où les personnes les plus démunies et les plus vulnérables sont contraintes de vivre, que cela est le plus flagrant.

Le système de santé est tellement ravagé qu’il ne parvient pas à atteindre ceux qui en ont le plus besoin, et les malades et les blessés qui se trouvent dans ces camps ne sont pas en mesure de se rendre dans les rares structures encore opérationnelles.

Le manque d’assainissement, l’absence d’eau potable et l’exposition constante à une chaleur ou à un froid insupportables aggravent encore la crise sanitaire.

Le mois dernier, j’ai eu l’occasion de me rendre dans un camp informel qui s’est constitué sur les ruines l’école Hassan Salama, dans le quartier de Nasr, à Gaza. L’école a été dévastée après avoir été bombardée en même temps que l’école voisine de Nasr en août 2024, ce qui a entraîné la mort d’au moins 30 personnes.

Aujourd’hui, des centaines de personnes, dont la guerre a détruit les maisons et les moyens de subsistances, vivent dans des tentes installées dans la cour de l’école et dans ce qui reste du bâtiment scolaire. Aucune organisation ne gère ce campement ; il n’y a donc aucun service assuré, y compris sur le plan médical.

Je me suis jointe à une équipe composée de plusieurs professionnels de santé issus d’une clinique privée locale qui a proposé des consultations gratuites dans le campement pendant une journée. Notre arrivée a été chaleureusement accueillie. Nous avons examiné au moins 150 patients.

Les problèmes de santé allaient de l’hypertension artérielle à des maladies chroniques, telles que le diabète et les troubles rénaux, en passant par des infections comme l’hépatite et la gale. Nous avons également examiné de nombreux enfants atteints de varicelle, de gastro-entérite, de diarrhée et d’infections respiratoires.

Bien que nous n’ayons fourni que des soins de base, la gratitude dont nous avons fait l’objet était immense.

Pour de nombreux patients vivant dans les camps de déplacés, consulter un médecin est devenu un parcours quasi impossible, qui exige des efforts, de l’énergie et des ressources dont tout le monde ne dispose pas. Les frais de transport, les longues distances et l’épuisement causé par le déplacement et la chaleur extrême contribuent tous à ce que certains patients reportent leurs soins médicaux, malgré leurs besoins urgents.

L’un de nos patients, âgé de 46 ans, souffrait d’une grave blessure au pied causée par des éclats d’obus et avait besoin de béquilles pour se déplacer. Il souffrait d’hypertension, mais ne pouvait pas se rendre à l’hôpital Al Rantisi situé à proximité, car cet établissement ne fonctionne que partiellement et offre principalement des services aux enfants et aux patients en oncologie.

Parcourir une longue distance à pied pour se rendre dans un autre hôpital lui était évidemment impossible et il lui aurait fallu débourser au moins 8 dollars pour être transporté au centre de santé le plus proche, où il aurait pu consulter gratuitement un médecin afin d’évaluer son problème d’hypertension et obtenir une ordonnance.

C’est une somme considérable pour la plupart des personnes vivant dans les camps de déplacés, qui peinent à subvenir à leurs besoins alimentaires quotidiens.

Le retard dans les soins médicaux, combiné au manque de médicaments et à des conditions de vie difficiles, peut aggraver les maladies et s’avérer même fatal.

Tout cela pourrait être évité si les soins de santé de base étaient rétablis à Gaza, notamment sous l’égide d’une grande organisation telle que l’UNRWA.

Après la Nakba, l’UNRWA a joué un rôle déterminant dans la mise en place d’une prise en charge médicale de base pour les réfugiés palestiniens arrivés à Gaza. Elle a créé des dispensaires dans chaque camp de réfugiés, ce qui a permis d’assurer un niveau minimal de soins de santé gratuits.

Avant la guerre, l’UNRWA gérait 22 dispensaires à travers la bande de Gaza. Selon un rapport récent, seuls six d’entre eux sont aujourd’hui opérationnels. Seuls 19 des 34 hôpitaux de Gaza fonctionnent partiellement – et « fonctionnent partiellement » est ici le mot clé. La plupart des services de ces hôpitaux ne fonctionnent pas en raison des destructions qu’ils ont subies.

Aujourd’hui, dans toute la bande de Gaza, il n’y a que 2 200 lits d’hospitalisation disponibles pour 2 millions de personnes. Avant la guerre, l’hôpital Al-Shifa comptait à lui seul 700 lits.

Divers services médicaux, notamment les analyses de laboratoire, les interventions chirurgicales et les traitements, ne sont plus assurés faute de matériel ou de personnel médical.

La destruction des infrastructures médicales et le déplacement forcé des habitants de Gaza ont transformé le droit aux soins de santé en un privilège.

Nous avons besoin de toute urgence d’une intervention sanitaire qui se concentre non seulement sur la reconstruction des hôpitaux, mais aussi sur la remise en service des dispensaires de soins de base et sur l’aide aux plus vulnérables dans les camps de déplacés.

24 août 2026 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

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