10 juillet 2026 - Plus d’une centaine de Palestiniens venus de toute la Cisjordanie participent au festival annuel de cerfs-volants à Burin, au sud de Naplouse, en Cisjordanie. Ce festival annuel est organisé pour témoigner du « sumud » (persévérance et fermeté) face au nettoyage ethnique et aux déplacements forcés accélérés menés par Israël. Le village de Burin est encerclé par des colonies et des avant-postes israéliens et subit depuis des années des attaques répétées de la part des colons, en particulier pendant la récolte des olives - Photo : Omri Eran Vardi/Activestills
Par Sally Ibrahim
Depuis plusieurs jours, l’inquiétude d’Israël face aux cerfs-volants et aux ballons lancés depuis Gaza ne cesse de s’intensifier, transformant les jouets des enfants palestiniens en un « problème de sécurité ».
Arkan Radi, neuf ans, était assis dans la tente de sa famille, dans un camp de déplacés à Al-Zawayda, au centre de la bande de Gaza, occupé à fabriquer avec soin un petit cerf-volant.
Il découpa le papier, y fixa de fines baguettes de bois, attacha la ficelle et choisit des couleurs rappelant celles du drapeau palestinien. Il l’imaginait s’élevant au-dessus des rangées de tentes tandis que ses amis et lui couraient à sa poursuite.
Pour Arkan, cela ne devait être rien de plus qu’un jeu d’été et une brève évasion loin des tentes, des décombres et de la peur qui ont marqué une grande partie de son enfance.
Mais lorsqu’il est enfin sorti avec son cerf-volant, ses parents l’ont arrêté.
Tout d’abord, Arkan n’a pas compris pas pourquoi.
« Je l’ai fabriqué pour jouer avec mes amis », a-t-il raconté à The New Arab. « J’ai passé des jours à le confectionner. Je voulais le faire voler et courir après, mais mes parents m’ont dit de ne pas sortir avec. Je ne comprends pas pourquoi ils en ont peur. Ce n’est que du papier et de la ficelle. »
En essuyant ses larmes, il a ajouté : « Je ne veux faire de mal à personne. Je veux juste jouer comme tous les enfants du monde. Maintenant, on a même peur de jouer. »
Gaza : des cerfs-volants contre la machine de guerre israélienne
Radi, son père, a expliqué à TNA : « Je n’aurais jamais empêché Arkan de faire voler un cerf-volant s’il n’y avait pas eu les récentes menaces israéliennes visant les personnes qui lancent des cerfs-volants depuis Gaza. »
Depuis plusieurs jours, l’inquiétude d’Israël concernant les cerfs-volants et les ballons lancés depuis Gaza s’est intensifiée, transformant les jouets des enfants en un « problème de sécurité ».
Les médias israéliens ont affirmé que plusieurs cerfs-volants provenant de Gaza avaient atterri près des zones entourant l’enclave côtière assiégée.
Dans des communiqués concernant certains de ces incidents, l’armée israélienne a reconnu qu’aucun matériel suspect ni aucun explosif n’avait été trouvé et que les cerfs-volants ne représentaient aucun danger pour qui que ce soit.
Le ministre israélien de la Défense, Yisrael Katz, a ordonné à l’armée d’agir « avec une grande fermeté et sans délai » contre les cerfs-volants et les ballons lancés depuis Gaza, en les traitant comme des drones.
« Un ballon, c’est comme un cerf-volant, et un cerf-volant, c’est comme un drone, qu’il transporte des explosifs ou non », a vomi Katz.
Netanyahu et Katz ont averti que la poursuite de ces jeux pourrait conduire à une guerre de plus grande ampleur, incluant des assassinats ciblés et des évacuations.
Ils ont affirmé avoir averti le Hamas que « si les lancements vers Israël ne cessent pas immédiatement, l’armée intensifiera les assassinats ciblés des responsables », tout en menaçant également « d’évacuer les habitants des zones d’où seraient lancés les cerfs-volants, les drones et les ballons ».
Ainsi, ces cerfs-volants faits de papier, de ficelle et de bâtonnets de bois se sont retrouvés pris au piège d’un discours répressif et violent mêlant assassinats ciblés, raids militaires et menaces d’évacuation.
À Gaza, cependant, la question est bien plus simple : comment un jouet d’enfant est-il devenu une source de crainte ?
« Mon fils ne connaît rien à la politique ni à ce que prétend Israël », a déclaré Radi. « Il voit un cerf-volant et veut jouer avec. Mais nous, les adultes, savons ce que cela signifie quand Israël menace de prendre pour cible ceux qui lancent ces cerfs-volants, alors nous l’en avons empêché. »
« Nous avons peur pour lui de tout ce qui pourrait attirer l’attention. À Gaza, un enfant ne peut pas savoir d’où vient le danger. Il peut sortir pour jouer, et soudain, tout le quartier devient une cible », a-t-il ajouté.
Ce qui le touche le plus, cependant, c’est que les cerfs-volants n’ont jamais été une forme de résistance pour les enfants de Gaza. C’était simplement un passe-temps estival familier.
« Ici, les enfants avaient l’habitude de fabriquer et de faire voler des cerfs-volants pendant l’été. C’est tout à fait normal pour nous. Qu’y a-t-il de mal à ce qu’un enfant fasse voler un cerf-volant ? Pourquoi un enfant devrait-il, lui aussi, avoir peur du ciel ? », a-t-il demandé.
Un jeu de saison devient source d’angoisse
Dans un autre camp de déplacés du centre de Gaza, Mohammed, 13 ans, a fabriqué un cerf-volant avec l’aide de son grand frère. Il a choisi plusieurs couleurs et y a attaché une longue queue, dans l’espoir qu’il s’élève bien haut au-dessus du camp.
« Chaque année, quand l’été arrive, on fabrique des cerfs-volants et on va dans un grand espace ouvert pour les faire voler », a expliqué Mohammed à TNA. « Ce n’est pas la première fois que je fais ça, mais cette année, ma mère avait très peur. »
« Elle m’a dit que les Israéliens pourraient nous voir et nous tirer dessus. Je ne veux pas mourir à cause d’un cerf-volant. Alors, je l’ai gardé avec moi et je ne l’ai pas fait voler », a-t-il dit.
Sa mère, Ruba, a expliqué que sa crainte ne concernait pas le cerf-volant en soi, mais ce qui pourrait arriver si les forces israéliennes voyaient son fils en porter un.
« Mon fils ne comprend pas ce qui se passe autour de lui. Il voit d’autres enfants jouer et veut se joindre à eux. Mais nous avons vécu la guerre, et nous savons que n’importe quoi peut devenir un prétexte pour un bombardement », a-t-elle ajouté.
« Nous voulons que nos enfants rient, ne serait-ce qu’une heure. Nous ne voulons pas qu’ils grandissent en ayant peur de jouer, mais en même temps, nous ne pouvons pas mettre leur vie en danger », a-t-elle expliqué.
De son côté, le mouvement Hamas a rejeté les affirmations israéliennes, qualifiant l’accent mis sur les cerfs-volants de tentative visant à créer de nouvelles justifications pour une escalade contre Gaza.
Le porte-parole du Hamas, Hazem Qassem, a déclaré que les cerfs-volants dont parle Israël n’étaient en réalité que « des jouets d’enfants dans les camps de déplacés », mettant en garde contre les conséquences des menaces israéliennes visant à s’en prendre à ceux qui les font voler.
« Ces menaces, fondées sur des prétextes inventés de toutes pièces, constituent une tentative de justifier la poursuite de l’agression et des violations à l’encontre de notre peuple, allant même jusqu’à menacer les enfants de la bande de Gaza », a déclaré M. Qassem.
Il a appelé l’administration américaine ainsi que les États médiateurs et garants à faire pression sur Israël pour qu’il mette fin à ce qu’il a qualifié d’« agression effrénée » et qu’il ne se serve pas de cette question pour compromettre le processus de cessez-le-feu.
Faire de jouets un prétexte pour encore plus de violence
Pour Mustafa Ibrahim, analyste politique palestinien basé à Gaza, la polémique autour des cerfs-volants ne peut se résumer à la seule question de savoir s’ils constituent une menace physique.
« Au contraire », a-t-il déclaré à TNA, « elle reflète le contexte politique et militaire plus large qui entoure Gaza. »
« Lorsqu’un cerf-volant non explosé devient un problème de sécurité justifiant des menaces d’assassinat et d’évacuation, cela signifie que la question dépasse le danger réel que représente cet objet », a expliqué M. Ibrahim.
« Israël tente de présenter tout ce qui provient de Gaza comme une menace potentielle pour la sécurité, même lorsqu’il s’agit de jouets pour enfants. Le danger ici ne réside pas dans le cerf-volant lui-même, mais dans son utilisation comme prétexte pour élargir la portée des frappes », a-t-il ajouté.
M. Ibrahim a également établi un lien entre cette rhétorique et le contexte politique intérieur israélien, ainsi que les pressions auxquelles est confronté Netanyahu.
« Le discours sécuritaire d’Israël sert les intérêts de Netanyahou à un moment politique délicat, car il lui permet de se présenter comme un dirigeant capable de faire face à toute menace, aussi minime soit-elle, et détourne l’attention des enjeux politiques et sécuritaires plus importants », a-t-il expliqué.
Il a averti que le fait de transformer des incidents impliquant des cerfs-volants en prétexte à une action militaire pourrait avoir de graves conséquences pour les civils de Gaza, en particulier compte tenu de la fragilité du cessez-le-feu et de la crise humanitaire persistante dans le territoire.
« Le problème, c’est que cette rhétorique pourrait rapidement dégénérer, passant de menaces politiques à une action militaire », a-t-il déclaré. « Le prix à payer ne sera alors plus un cerf-volant qui se serait posé quelque part, mais des quartiers entiers confrontés à des ordres d’évacuation ou à des frappes aériennes. »
Pour des enfants comme Arkan et Mohammed, la politique semble lointaine et incompréhensible. Ils ne voient qu’un cerf-volant en papier, le vent d’été et une enfance fugace qu’ils tentent de se réapproprier.
Mais à Gaza, même le ciel fait peur.
Auteur : Sally Ibrahim
* Sally Ibrahim est la correspondante de The New Arab à Gaza.
24 août 2026 – The New Arab – Traduction : Chronique de Palestine

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