23 décembre 2025 - Des personnes attendent pour recevoir l'aide alimentaire fournie par des associations humanitaires turques à al-Mawasi, à l'ouest de Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza, le 23 décembre - Photo : Doaa Albaz / ActiveStills
Par Jonathan Cook
Des dirigeants européens serviles comme Starmer ont laissé Israël et les États-Unis bafouer le droit international à Gaza. Aujourd’hui, confrontés au Groenland et à l’Ukraine, ils regrettent aujourd’hui d’avoir laissé passer le délai de rétractation (*).
Le président américain Donald Trump a déclaré que le « cessez-le-feu » de trois mois à Gaza était un grand succès et souhaite désormais passer à la deuxième phase de son soi-disant « plan de paix ».
À quoi ressemble ce succès ? Depuis octobre, les soldats israéliens ont tué plus de 460 Palestiniens, dont au moins 100 enfants.
Israël a rasé 2500 bâtiments supplémentaires, les derniers qui étaient encore debout.
Et pendant que la catastrophe humanitaire provoquée par Israël se poursuit avec le blocus des vivres, de l’eau, des médicaments et des abris, au moins huit bébés sont morts de froid en raison de la chute des températures.
Pour marquer le passage à la nouvelle phase, Trump a annoncé vendredi dernier la création d’un « Conseil de paix » chargé de déterminer l’avenir de l’enclave.
Le terme « paix » est ici utilisé exactement dans le même sens orwellien que « cessez-le-feu ». Il ne s’agit pas de mettre fin aux souffrances de Gaza. Il s’agit de contrôler la narrative, dans le style de Big Brother, en qualifiant de « paix » l’éradication définitive de la vie palestinienne à Gaza.
Le discours officiel est qu’une fois le Hamas désarmé, le conseil se chargera de la reconstruction de Gaza.
L’hypothèse implicite est que la vie reviendra progressivement à la normale pour les survivants du génocide perpétré par Israël depuis deux ans – même si aucun dirigeant occidental ne le reconnaît comme un génocide, ni ne se soucie de savoir combien de Palestiniens ont réellement été tués dans cette attaque.
Mais, comme nous le verrons, la paix n’est certainement pas l’objectif visé par le Conseil. Son rôle est simplement de brouiller cyniquement les pistes.
Le terme « conseil » reflète la prédilection de Trump pour le langage des affaires plutôt que celui de la politique. Il évoque également les opportunités commerciales que Trump compte tirer de la « transformation » de Gaza.
Son plan consiste à priver les Nations unies – et donc la communauté internationale – de tout contrôle sur le sort de Gaza.
Nous sommes revenus à l’époque des vice-rois. Le colonialisme fait de nouveau florès.
Des cobayes de laboratoire
Le « Conseil de paix » de Trump a des ambitions bien plus grandes que la simple gestion de Gaza. En fait, l’enclave et son avenir ne sont même pas mentionnés dans la soi-disant « charte » du conseil envoyée aux capitales nationales.
Dans une invitation adressée au président argentin, Trump qualifie le conseil de « nouvelle approche audacieuse pour résoudre les conflits mondiaux ».
La charte stipule qu’il sera « axé sur les résultats » et aura « le courage de s’écarter des approches et des institutions qui ont trop souvent échoué ».
Comment Israël et les États-Unis utilisent la « doctrine du choc » pour remodeler Gaza à leur guise
Certains d’entre nous avertissent depuis longtemps qu’Israël et les États-Unis considèrent les Palestiniens comme des cobayes, tout en même temps pour tester des armes et des technologies de surveillance et pour modifier les normes élaborées après la Seconde Guerre mondiale pour empêcher le retour des idéologies fascistes, militaristes et expansionnistes.
L’architecture juridique et humanitaire critique mise en place après la guerre comprenait l’ONU et ses différentes institutions, notamment la Cour internationale de justice (CIJ) et la Cour pénale internationale (CPI).
Israël et les États-Unis ont mis ce système à rude épreuve dès le début du génocide de deux ans à Gaza, avec les bombardements israéliens aveugles sur les maisons, les écoles, les hôpitaux, les bâtiments gouvernementaux et les boulangeries de l’enclave.
Le second mandat de Trump a accéléré ce processus.
« La guerre, c’est la paix »
Ce mois-ci encore, la Maison Blanche a annoncé que les États-Unis se retiraient de 66 organisations et traités internationaux, dont près de la moitié sont affiliés à l’ONU.
Dans le même temps, les juges et les procureurs de la CPI ont été soumis à des sanctions draconiennes de la part des États-Unis pour avoir émis un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant. La CIJ, qui enquête sur Israël pour génocide, semble avoir été réduite au silence.
L’enlèvement par Trump du président vénézuélien Nicolas Maduro et sa saisie imminente du Groenland sont des preuves suffisantes que « l’ordre international fondé sur des règles », déjà dysfonctionnel, est désormais en lambeaux. L’ONU et l’OTAN, l’alliance dite « défensive » de l’Occident, sont toutes deux au bord du gouffre.
Le président américain espère que son « Conseil de paix » portera le coup de grâce, supplantant l’ONU et le système de droit international qu’elle était censée défendre.
La reconstruction de Gaza sera peut-être sa première tâche, mais Trump a des aspirations bien plus grandes.
Le Conseil est au cœur d’un nouvel ordre mondial qui est formaté à l’image de Trump. Les milliardaires et leurs acolytes décideront ouvertement du sort des nations faibles, en les livrant aux instincts prédateurs et cyniques de l’élite au pouvoir obsédée par le profit.
Dans une lettre irritée adressée au Premier ministre norvégien ce week-end, Trump a déclaré, après avoir été écarté du prix Nobel de la paix : « Je ne me sens plus obligé de penser uniquement à la paix. » Dans ce cas, on peut se demander quel est l’intérêt d’un « Conseil de la paix » ?
La réponse est que le moment décrit par Orwell est vraiment arrivé : « La guerre, c’est la paix. »
Terminer le « travail »
Trump s’est bien sûr placé à la tête de cette nouvelle entreprise commerciale impériale, une version modernisée de la Compagnie des Indes orientales, cette gigantesque société militarisée agréée par la reine Elizabeth I d’Angleterre qui a pillé une grande partie du globe pendant plus de deux siècles, semant la mort et la misère sur son passage.
En tant que président, Trump choisit lui-même les autres membres – il aurait envoyé des invitations à quelque 60 dirigeants nationaux. Il peut mettre fin à leur participation quand bon lui semble. C’est lui qui décide quand le Conseil se réunit et de quoi il discute. Lui seul dispose d’un droit de veto.
Son mandat de président du Conseil pourrait même se prolonger au-delà de son mandat de président des États-Unis.
Les membres sont nommés pour un mandat de trois ans. Un siège permanent au sein du nouveau Conseil de sécurité alternatif de Trump peut être acheté pour 1 milliard de dollars en « fonds liquides ».
Le leader d’extrême droite hongrois Viktor Orban a été l’un des premiers à se lancer. Il a été rejoint mercredi par Netanyahu. Parmi les autres participants les plus empressés figurent les Émirats arabes unis, le Vietnam, l’Ouzbékistan, Le Kazakhstan, le Maroc, la Biélorussie et l’Argentine.
Le président russe Vladimir Poutine envisagerait de se joindre à cette table ronde.
Gaza : quand la mort lente des survivants est réduite à un bruit de fond
La communauté diplomatique n’ignore pas l’importance de cette initiative. L’un de ses membres a déclaré à Reuters : « Il s’agit d’une « Organisation des Nations Unies ‘à la Trump’ qui ignore les principes fondamentaux de la Charte des Nations Unies. »
De même, dans une tentative désespérée de résistance, le ministère français des Affaires étrangères a publié une déclaration désespérée qui « réitère l’attachement [de la France] à la Charte des Nations unies ».
Mais le document fondateur de l’ONU, avec ses engagements formels en faveur de la non-agression, de l’autodétermination, des obligations multilatérales et de la protection des droits de l’homme, a été passé à la déchiqueteuse de la Maison Blanche.
Les gangsters n’ont que faire des règles.
Depuis des décennies, Israël rêve de ce moment : détruire l’ONU et ses institutions juridiques et humanitaires.
Avec un nombre record de résolutions de l’ONU à son encontre, Israël estime que l’organisation mondiale a trop souvent limité sa marge de manœuvre. Il espère désormais que Trump lui donnera les moyens de mener à bien son projet de longue date : éradiquer le peuple palestinien de Palestine.
Comme pour célébrer cela, des bulldozers israéliens ont envahi mardi Jérusalem-Est occupée pour démolir les bâtiments de l’UNRWA, l’agence des Nations unies pour les réfugiés qui était la principale source d’aide pour la population de Gaza.
L’UNRWA a qualifié l’action d’Israël d’« attaque sans précédent » et de « violation grave du droit international et des privilèges et immunités des Nations unies ».
Ne retenez pas votre souffle en attendant que le « Conseil de paix » soulève des objections.
Des décennies pour reconstruire
La mise à l’écart de l’ONU par Trump signifie que les évaluations de l’ONU des réalités auxquelles Gaza est confrontée, après deux ans de campagne de destruction génocidaire menée par Israël, seront vite oubliées.
Trump a fixé un délai de cinq ans pour la transition de Gaza. Mais les chiffres ne concordent tout simplement pas.
Selon L’ONU, même si Israël levait son blocus demain, il faudrait des décennies pour reconstruire Gaza et pouvoir y loger les 2,1 millions d’habitants qui ont survécu.
Selon les estimations du Programme des Nations unies pour le développement, dans le meilleur des cas, il faudrait sept ans pour déblayer quelque 60 millions de tonnes de décombres. D’autres études menées par l’ONU suggèrent un calendrier plus réaliste de 20 ans, dont 10 ans pour déblayer les munitions non explosées.
En outre, selon le département du commerce et du développement des Nations unies, Israël a effacé 70 ans de développement humain à Gaza et détruit près de 90 % des terres agricoles, entraînant « le pire effondrement économique jamais enregistré ».
Les écoles, les universités, les hôpitaux, les bibliothèques et les bureaux gouvernementaux de Gaza ont tous disparu. Et la « ligne jaune » d’Israël qui divise soi-disant Gaza en deux a annexé près de 60 % de ce qui était déjà un territoire minuscule, l’un des plus densément peuplés de la planète.
Le fait est que tous ces énormes obstacles à la restauration d’une vie à Gaza qui se rapproche de la « vie moderne » ne sont guère pris en compte dans le plan de paix de Trump. De fait, si l’on fait abstraction du battage médiatique, ce plan ne contient aucune mesure concrète en faveur du bien-être de la population de Gaza.
Pour le dire plus crûment, le plan de Trump pour Gaza ne s’intéresse pas à la population de Gaza, car il ne prévoit pas qu’elle reste longtemps dans l’enclave.
Au cours des deux dernières années, l’objectif à peine voilé d’Israël a été le nettoyage ethnique complet de Gaza. Les bombardements intensifs visaient à rendre le territoire totalement inhabitable.
Le plan de Trump n’est pas en contradiction avec cette ambition. Il la complète. Son « Conseil de paix » est le moyen d’arriver au but final souhaité par Israël.
S’assurer de la complicité des Etats occidentaux et arabes
La première fonction pratique du « Conseil de paix » sera de renforcer la complicité des États occidentaux et arabes dans l’éradication de Gaza par Israël. Aucun d’eux ne pourra nier sa responsabilité dans ce qui suivra.
Cependant, le véritable pouvoir décisionnel ne résidera pas dans le Conseil, mais dans un organe exécutif composé de sept personnalités proches de Trump. Le « Conseil de paix » sera vraisemblablement chargé d’approuver – et de financer – toutes leurs décisions.
Ce « Conseil exécutif fondateur », tout comme le « Conseil de paix », ne comptera aucun représentant palestinien.
Les « comités de paix » et les technocrates ne mettront pas fin à la résistance palestinienne
Les Palestiniens ne seront présents que dans un comité technocratique et subalterne, appelé Comité national pour l’administration de Gaza. Il supervisera l’administration des affaires courantes dans la zone dite « rouge », où la population de Gaza est enfermée, à la place du Hamas.
Enfin, une « force internationale stabilisatrice » Une force de maintien de la paix, style ONU amélioré, sera dirigée par un général de division américain et travaillera probablement en étroite collaboration avec l’armée génocidaire israélienne.
Même en supposant que Trump ait à cœur le bien-être des Palestiniens – ce qui n’est pas le cas –, aucun progrès ne pourra être réalisé par ces organismes tant qu’Israël n’aura pas donné son accord.
En attendant, leur rôle consistera à couvrir l’inaction d’un vernis de légitimité, pendant que de plus en plus de Gazaouis survivants mourront à cause des conditions dignes de l’âge de pierre que leur impose Israël.
« Conflit immobilier »
Notez bien les trois véritables hommes de pouvoir nommés au « Conseil exécutif fondateur » : Jared Kushner, Steve Witkoff et Tony Blair. Le sort de Gaza est entre leurs mains.
C’est Jared Kushner, gendre de Trump et descendant d’une famille d’entrepreneurs immobiliers, qui, en février 2024, bien avant l’arrivée au pouvoir de Trump, a qualifié le génocide perpétré par Israël à Gaza de « conflit immobilier ».
C’est à cette époque que Kushner a pour la première fois rendu publique l’idée de transformer l’enclave en un bien immobilier « très précieux » en bord de mer, une fois qu’elle aurait été « nettoyée ».
Steve Witkoff, magnat de l’immobilier new-yorkais et envoyé spécial de Trump, a passé de longs mois avec Kushner – alors qu’Israël s’affairait à nettoyer le vieux Gaza – à travailler sur un prospectus de 40 pages pour leur projet de nouvelle Gaza.
En octobre, dans l’émission d’information américaine 60 Minutes, la panique s’est lue sur le visage de Kushner lorsque Witkoff a fait remarquer que le duo travaillait depuis deux ans sur un « plan directeur » pour la reconstruction de Gaza, bien avant que Gaza ne soit rasée par Israël. Il a ajouté : « Jared y tenait beaucoup. »
La gaffe de Witkoff suggère que l’équipe de Trump savait dès le début de la campagne de bombardements israéliens que l’intention était d’éradiquer tout Gaza et pas seulement le Hamas. Ils ont donc commencé à travailler sur un projet pour tirer profit du carnage.
Grâce à un fonds appelé GREAT Trust – acronyme très astucieux signifiant « Gaza Reconstitution, Economic Acceleration and Transformation » (Reconstruction, accélération économique et transformation de Gaza) –, ils ont réimaginé l’enclave comme une station balnéaire fastueuse et un hub d’activités High-Tech générant des milliards de dollars de revenus annuels.
Une vidéo surréaliste publiée par Trump sur les réseaux sociaux il y a près d’un an donnait une première idée de ce que le duo avait en tête. On y voyait le président américain et Netanyahu siroter des cocktails en maillot de bain, allongés sur des transats au milieu des gratte-ciel du front de mer ethniquement nettoyé de Gaza.
La population de Gaza, appauvrie et affamée par des décennies de blocus, avant d’être massacrée en masse, est considérée comme un obstacle à la réalisation du plan.
Les Palestiniens de l’enclave doivent d’abord être réinstallés ailleurs, selon des conditions qui ne sont pas encore claires, même pour les auteurs du plan, semble-t-il.
Courtiser les dictateurs
Le faux-jeton Tony Blair, l’ancien Premier ministre britannique qui a trompé le Parlement et l’opinion publique pour justifier l’adhésion à l’invasion illégale de l’Irak par le président George W. Bush en 2003, fait également son apparition au sein du conseil d’administration.
La longue et violente occupation américaine qui a suivi a provoqué l’effondrement de la société irakienne, une guerre civile sectaire sans merci, la mise en place d’un vaste programme américain de torture et la mort de plus d’un million d’Irakiens.
Ces gens possèdent apparemment les qualifications exactes dont Trump a besoin pour la mise en place de son plan pour Gaza.
Son administration présente donc Blair comme une valeur sûre, un homme d’État apparemment habitué à naviguer entre les exigences impérieuses d’Israël et les espoirs désespérés des dirigeants palestiniens.
Les compétences de Blair, nous assure-t-on, seront d’une importance cruciale alors que le conseil d’administration se concentre sur la reconstruction de Gaza.
La « paix » de Trump et Netanyahu, c’est la « paix des cimetières »
En réalité, la dernière personne dont Gaza a besoin est Blair, comme il l’a prouvé au cours de son mandat désastreux de huit ans en tant qu’envoyé spécial au Moyen-Orient, imposé par les États-Unis en 2007 au nom d’un organisme international peu regretté et aujourd’hui disparu, connu sous le nom de Quartet.
À l’époque, la plupart des observateurs avaient supposé à tort que le mandat de Blair consisterait à relancer un « processus de paix » moribond entre Israël et les Palestiniens.
Mais Blair a évité d’exercer toute pression diplomatique sur Israël et est resté silencieux sur ce qui était alors un blocus nouvellement instauré à Gaza en 2007, qui a rapidement détruit son économie et augmenté la misère et la malnutrition de sa population.
S’emparer du gaz de Gaza
L’une de ses principales batailles en tant qu’envoyé a consisté à faire pression sur Israël – sans consulter les Palestiniens – pour qu’il autorise un consortium britannique à forer du gaz naturel dans les eaux territoriales de Gaza, où l’on sait qu’il existe d’importantes réserves.
Selon certaines informations, il aurait cherché à convaincre Israël d’approuver un accord de 6 milliards de dollars en promettant que le gazoduc serait directement relié au port israélien d’Ashkelon. Israël serait alors le seul client autorisé à acheter le gaz palestinien et pourrait donc en dicter le prix.
Israël, préférant maintenir son emprise sur la population de Gaza, a refusé.
Blair a affirmé avoir promu le projet gazier de Gaza à la demande des Palestiniens. Mais même les dirigeants palestiniens complaisants de l’Autorité palestinienne, basée en Cisjordanie, se méfiaient de lui. En 2011, Nabil Shaath, alors l’un des conseillers les plus proches du dirigeant palestinien Mahmoud Abbas, a déclaré à propos de Blair : « Il parle comme un diplomate israélien, vendant leurs politiques. Il ne nous est donc d’aucune utilité. »
Un autre responsable l’a qualifié d’« obstacle à la réalisation de l’État palestinien ».
Tout comme Blair, Trump n’a aucun intérêt à ce que les Palestiniens puissent un jour bénéficier de leurs propres ressources. Mais il est sans doute désireux de tirer parti de « l’expérience » de l’ancien Premier ministre britannique en tant qu’envoyé spécial pour aider à piller ses gisements de gaz.
La place centrale qu’occupe Israël dans la vision morale du monde de Blair a été soulignée dans un commentaire qu’il a fait en 2011 à propos du Printemps arabe, au cours duquel les peuples du Moyen-Orient ont tenté de se libérer de l’emprise toxique de leurs dictateurs. Tout ce que voyait l’ancien Premier ministre britannique c’est que ces soulèvements démocratiques étaient susceptibles de « poser un problème à Israël ».
Le monde selon Trump
Blair a nié toute implication personnelle dans le projet Gaza Riviera de Kushner et Witkoff, désormais parfois appelé Sunshine (soleil) Project, de complexes hôteliers de luxe en bord de mer et d’une zone de « Smart Industrie (**) » qui porte le nom d’Elon Musk en l’honneur du milliardaire.
Mais une version divulguée en juillet dernier suggère que son empreinte est omniprésente dans ce plan, notamment dans le projet de « réinstallation volontaire » visant à racheter les terres des propriétaires palestiniens à des prix dérisoires afin qu’ils quittent Gaza.
Il est apparu que deux membres clés de son groupe de réflexion, le Tony Blair Institute for Global Change, avaient collaboré en coulisses avec des hommes d’affaires israéliens et le Boston Consulting Group sur ce projet.
Cette semaine, une déclaration de l’institut a salué le rôle de Blair au sein du comité exécutif de Trump, soulignant : « Pour Gaza et son peuple, nous voulons une Gaza qui ne soit pas reconstruite telle qu’elle était, mais telle qu’elle pourrait et devrait être. »
La place de Tony Blair, c’est devant un tribunal pour criminels de guerre
Il est difficile de croire que le « devrait » de Blair ait une autre connotation que le rêve d’Israël d’une Gaza sans Palestiniens et la vision de Trump d’une Gaza comme terrain de jeu pour les riches.
Gaza est le creuset du nouvel ordre mondial trumpien. C’est dans ce minuscule territoire palestinien que se pave la route qui mène à la prise de contrôle du Venezuela et du Groenland par le président américain.
Ce sont les dirigeants européens serviles, comme le Britannique Keir Starmer, qui, en aidant à armer Israël et en lui fournissant une couverture diplomatique pendant qu’il rasait l’enclave, ont encouragé Trump.
Ceux qui tentent aujourd’hui d’affirmer la primauté du droit international et de « l’ordre mondial fondé sur des règles » – que ce soit au Groenland ou en Ukraine – sont ceux qui ont aidé Washington à détruire cet ordre. Ils regrettent aujourd’hui d’avoir laissé passer le délai de rétractation.
Ils pourraient encore s’opposer au dernier projet sinistre et prétentieux de Trump, en refusant de rejoindre le « Conseil de la paix » et en soutenant les Nations unies et ses institutions juridiques telles que la Cour internationale de justice et la Cour pénale internationale.
Le feront-ils ? N’y comptez pas trop !
Notes :
(*) Le consommateur dispose d’un délai de quatorze jours calendaires révolus pour exercer son droit de rétractation, sans avoir à justifier de motif ni à supporter de pénalités.
(**) Smart Industrie ou d’industrie 4.0 vise à créer des environnements industriels intelligents avec des systèmes connectés capables de dialoguer entre eux.
Auteur : Jonathan Cook
* Jonathan Cook a obtenu le Prix Spécial de journalisme Martha Gellhorn. Il est le seul correspondant étranger en poste permanent en Israël (Nazareth depuis 2001). Ses derniers livres sont : « Israel ad the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake the Middle East » (Pluto Press) et « Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair » (Zed Books). Consultez son site personnel.
23 janvier 2026 – Jonathan-Cook.net – Traduction : Chronique de Palestine – Dominique Muselet

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