Il n’est pas seulement question de Jérusalem, mais de toute la Palestine

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Importante manifestation de soutien à la Palestine et à sa capitale: Jérusalem - Djakarta - Photo : capture vidéo
Rima NajjarCe qui se passe à Jérusalem, c’est le sort de toute la Palestine depuis 1948 : les Arabes palestiniens sont dépossédés par la force de leur identité, de leur terre et de leur patrimoine.

La déclaration de Donald Trump de déménager l’ambassade des États-Unis de Tel Aviv à Jérusalem et l’indignation mondiale que cette décision a suscitée, a donné envie à beaucoup de gens de comprendre ce qui se passe en Palestine et quelles ramifications mondiales cela pourrait avoir.

Ils prennent finalement conscience, après 69 ans de Nakba, 69 Journées des droits de l’homme et 69 ans de falsification de l’histoire, que le peuple palestinien, comme tous les autres peuples du monde, a effectivement le droit à l’autodétermination et au retour.

Israël est entouré par les Palestiniens (parmi lesquels 5 millions de réfugiés palestiniens de l’UNRWA à Gaza, en Cisjordanie, au Liban, en Syrie et en Jordanie) qu’il a chassés de Palestine pour y établir la colonie de peuplement qu’est l’Etat juif d’apartheid. Ces populations sont principalement, mais pas exclusivement, de religion musulmane. Ce sont les populations autochtones de Palestine, de culture arabe, et les véritables propriétaires de cette terre.

Mais au centre de la mythologie sioniste se trouve Jérusalem-Est arabe illégalement annexée.

Comme Hamid Dabashi l’écrit dans Al-Jazeera :

« Pour comprendre la psychopathologie à l’origine de la psychose sioniste, il faut plonger au cœur de leur illusion, comme l’analyste le fait pour le malade mental allongé sur son canapé – et aujourd’hui on trouve une excellente manifestation de cette fixation coloniale psychotique dans un article, intitulé : ‘Bien sûr que Jérusalem est la capitale d’Israël’, publié (bien sûr!) dans le New York Times quelques heures avant que Donald Trump, ce pompeux crétin, annonce que selon lui, ‘Jérusalem est la capitale d’Israël …’. Jérusalem n’a jamais été et ne sera jamais la capitale d’un état d’apartheid colonialiste et raciste nommé ‘Israël’, qui n’est somme toute qu’une base militaire occidentale. Jamais. »

La déclaration unilatérale du président américain a suscité tant de protestations parce qu’elle reconnaît la souveraineté d’Israël sur Jérusalem-Est annexée illégalement et que celle-ci entraînera la révocation de permis de résidence et l’éviction illégale de nombreux Palestiniens de la ville.

La déclaration va également à l’encontre du droit international (14 des 15 membres du Conseil de sécurité l’ont dénoncée). Elle rompt également avec la décision prise par tous les présidents américains relative à cette « reconnaissance » depuis que Harry Truman a officiellement reconnu Israël le 14 mai 1948. (Voir aussi Jérusalem comme corpus separatum et ses implications juridiques.)

Mais pourquoi cela survient-il maintenant ?

Harry Truman s’est laissé convaincre de prendre la décision de reconnaître Israël par son conseiller politique, Clark Clifford, qui voulait obtenir le vote juif et les fonds essentiels pour remporter l’élection présidentielle américaine à venir.

Donald Trump a également été influencé dans sa décision par des Juifs américains influents comme Sheldon Adelson, Jared Kushner, Jason Greenblatt et l’envoyé spécial américain en Israël David Friedman et par des chrétiens évangéliques de droite.

Aujourd’hui, en politique intérieure états-unienne, malgré le désenchantement à l’égard d’Israël de la jeune génération de Juifs américains, le soutien au sionisme est fort et puissant au sein de la base traditionnelle du sionisme, ainsi que parmi les chrétiens évangéliques et les néo-fascistes. Les deux partis sont toujours sous la coupe du Comité américain des Affaires Publiques d’Israël (AIPAC).

Malheureusement, sur cette question, comme l’écrit Stephen Zunes, « il n’y a pas de véritable parti d’opposition » aux États-Unis.

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L’Autorité palestinienne est impuissante, pieds et poings liés par les Accords d’Oslo et la promesse frauduleuse d’une « solution à deux États ». Elle n’a aucun moyen de pression sinon de s’auto-dissoudre et de laisser Israël et les États-Unis payer la facture de l’occupation.

Les pays arabes tels que la Jordanie, l’Égypte et l’Arabie Saoudite sont des alliés américains et fortement dépendants des États-Unis. On ne peut s’attendre à ce que ces pays agissent contre leur propre intérêt politique. Il n’y a pas de doctrine de «suprématie arabe» qui puisse égaler ou contrer la doctrine de « suprématie juive » du sionisme.

Lorsque les Palestiniens disent que Jérusalem ou la Palestine est arabe, c’est en référence aux Arabes palestiniens de toute religion, et non à une notion suprématiste générique d’arabité au sens politique, comme le fait Israël pour les juifs et la judéité.

Il n’est guère probable que les pays arabes viennent à la rescousse de Jérusalem, mais les musulmans (qui sont en grande partie non arabes) oui – notamment à cause de l’ingérence juive à la mosquée al-Aqsa sur l’Esplanade des mosquées, ou Haram al-Sharif, (voir aussi Jerusalem’s Temple Mount : The Hoax of the Millennium/Le mont du temple de Jérusalem : le canular du millénaire de Mike M. Joseph, 2011). Et c’est, malheureusement, là-dessus que se focalisent les angoisses de l’Occident islamophobe – et non comme elles le devraient sur le va-t’en-guerre Israël. (voir After Israel: Towards Cultural Transformation/Après Israël: vers une transformation culturelle de Marcelo Svirsky 2014).

Par le biais du Mouvement Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) et d’autres stratégies de résistance, l’Autorité Palestinienne doit trouver un moyen de se débarrasser du concept raciste de « solution à deux États », renoncer aux Accords d’Oslo, et proposer une alternative démocratique, qui ne nie pas l’humanité des Arabes palestiniens ni ne valorise le bien-être des Juifs colonisateurs (appelés par euphémisme « settlers » ou « immigrants ») aux dépends de celui des populations autochtones de la Palestine historique – quelle que soit leur religion.

* Rima Najjar est une Palestinienne dont la famille du côté paternel vient du village de Lifta dans la banlieue ouest de Jérusalem, dont les habitants ont été expulsés. C’est une militante, chercheuse et professeure retraitée de littérature anglaise, Université Al-Quds, en Cisjordanie occupée. Ses articles sont publiés ici.

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12 décembre 2017 – The Palestine Chronicle – Traduction: Chronique de Palestine – MJB