Les Palestiniens et la guerre en Syrie : entre neutralité et divergences

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Scène de destruction dans le camp de réfugiés palestinien de Yarmuk, dans la banlieue de Damas - Image : Archives

Samar BatrawiL’expérience palestinienne de la guerre en Syrie a été marquée par la violence, la misère et un double exil et constitue une histoire à part entière. Cependant, elle a également mis en évidence un dilemme fondamental qui touche les Palestiniens de Syrie, contraints de garder une neutralité politique compte tenu de leur position vulnérable ou de soutenir le régime malgré son rôle direct dans leurs souffrances.

Comme des millions de Syriens, les Palestiniens de Syrie ont énormément souffert au cours de ces cinq années de guerre.

Néanmoins, contrairement aux autres Syriens, leur position précaire en tant qu’habitants apatrides du pays a été amplifiée. La guerre a tué des milliers de personnes et contraint des centaines de milliers d’autres à fuir de chez elles en Syrie pour devenir des déplacés internes dans leur propre pays ou des réfugiés dans un autre pays hôte. [1]

Cette expérience de violence, de misère et de double exil en temps de guerre constitue une histoire à part entière. Cependant, elle a également mis en évidence un dilemme fondamental qui touche les Palestiniens de Syrie, contraints de garder une neutralité politique compte tenu de leur position vulnérable ou de soutenir le régime malgré son rôle direct dans leurs souffrances. Et ce, au détriment des droits de l’homme pour les Palestiniens comme pour les Syriens en général.

Ce dossier politique examine la question de la neutralité en décrivant tout d’abord la notion du régime syrien en tant qu’allié palestinien, puis en évaluant le rôle joué par les factions palestiniennes dans la guerre. Il aborde ensuite deux questions connexes que la guerre a mises en relief – le statut de la Syrie en tant que deuxième foyer pour les Palestiniens et la faiblesse des instances représentatives palestiniennes – et les implications pour le mouvement national palestinien au sens large. Le dossier se termine par des recommandations à l’intention des dirigeants palestiniens et des mouvements de solidarité afin de mieux défendre les droits de l’homme et l’autodétermination.

Les Palestiniens et le désordre hérité du panarabisme d’Assad

La communauté palestinienne de Syrie fait partie du tissu social plus vaste du pays. Avant 2011, les camps de réfugiés qui l’abritaient n’étaient pas rigoureusement gardés et leur éducation ainsi que leurs professions n’étaient pas aussi réglementées qu’au Liban, par exemple. En conséquence, une « syrianisation » des Palestiniens a eu lieu à un certain degré en ce sens que de nombreux réfugiés de deuxième et troisième génération estimaient qu’être syriens faisait partie de leur identité. Dans le même temps, une « palestinisation » des Syriens vivant à proximité des camps s’est déroulée à un certain degré.

Cette intégration mutuelle n’était pas le résultat de la générosité particulière du régime d’Assad envers les Palestiniens. Le cadre juridique qui accorde aux Palestiniens un statut similaire à celui des Syriens (à l’exception de l’obtention de la nationalité syrienne et du droit de vote) est antérieur au règne de Hafez al-Assad. Selon Nidal Bitari, auteur palestinien originaire de Yarmouk, l’une des raisons sous-jacentes de la qualité de vie relativement satisfaisante dont les Palestiniens pouvaient jouir en Syrie avant 2011 était leur implication relativement faible dans la politique syrienne, en particulier après les événements survenus au Liban dans les années 1980.

L’implication politique palestinienne se concentrait plutôt sur des questions palestiniennes telles que le mouvement pour le droit au retour. Le découragement du gouvernement et la surveillance étroite de la dissidence potentielle parmi les Palestiniens ont également donné lieu à une réticence à s’impliquer dans les affaires syriennes. Par exemple, la branche 235 – « Palestine » – du service de renseignement militaire à Damas a été fondée pour surveiller l’activité politique et militaire des Palestiniens. Elle gère aujourd’hui un établissement tristement célèbre qui détient et torture également des Syriens non palestiniens, selon d’anciens détenus dont les témoignages ont été recueillis par Human Rights Watch en 2012.

Depuis les débuts de son règne, les relations entretenues par feu Hafez al-Assad avec les Palestiniens étaient marquées par le désir de consolider son pouvoir national et de contrebalancer les intérêts américano-israéliens dans la région. Dès le début de son mandat, Assad considérait les Palestiniens comme un handicap, même s’il restait dans sa rhétorique favorable à leur cause, soutient Patrick Seale. [2] Cela a abouti à l’intervention d’Assad dans la guerre civile libanaise contre les forces progressistes soutenues par les Palestiniens, ce qui a éloigné le dirigeant palestinien Yasser Arafat d’Assad.

La Syrie s’est principalement préoccupée de la gestion de la question palestinienne en se l’appropriant et en favorisant la dépendance des dirigeants palestiniens vis-à-vis de sa protection. [3] Pour Hafez al-Assad, il s’agissait d’un élément essentiel pour la mise en place d’une stratégie clé dans le conflit israélo-arabe plus large : récupérer le territoire que la Syrie avait perdu au profit d’Israël en 1967 et éviter de nouvelles pertes de territoire. La manipulation de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP) était également considérée comme essentielle pour pouvoir jouer la « carte palestinienne ». Rashid Khalidi a ajouté que si le contrôle de son environnement plus large, qui comprenait les Palestiniens, était une préoccupation majeure pour Hafez al-Assad, la manipulation du mouvement palestinien résultait également de la peur d’être écarté de tout accord avec Israël.

Lorsque les soulèvements en Syrie ont échoué en 2011, la plupart des Palestiniens ont voulu rester neutres, hantés par le souvenir de ce qui est arrivé aux Palestiniens en Jordanie dans les années 1970, au Liban dans les années 1980, au Koweït en 1991 et en Irak au début des années 2000. Rejoindre toute forme d’opposition au régime syrien comportait des risques élevés, même dans le contexte du mouvement populaire à travers lequel de nombreux jeunes Palestiniens se sont identifiés. Cette identification n’est pas surprenante : L’intégration des Palestiniens dans la société syrienne signifiait qu’ils étaient eux aussi soumis au contrôle social imposé par le régime d’Assad à travers le pays.

L’arrestation et la torture de dissidents était une pratique courante bien avant que l’esprit des soulèvements arabes ne se propage dans les rues syriennes en 2011. Par conséquent, bien que la rhétorique anti-occidentale et antisioniste de Bachar al-Assad lui ait conféré des airs d’allié de confiance pour les Palestiniens, la vie des Palestiniens de Syrie n’était en pratique ni meilleure ni pire que celle de ses autres sujets.

Par conséquent, loin d’être des phares de la résistance, Hafez et Bachar al-Assad représentent tous deux l’héritage désordonné du panarabisme en ce qui concerne la question palestinienne et les droits de l’homme des Palestiniens.

Le leurre et le piège de la neutralité politique

La plupart des factions palestiniennes reflétaient la tendance initiale à la neutralité des Palestiniens de Syrie, qui équivaut en pratique à un soutien tacite au régime d’Assad. Le Hamas a tenté de maintenir de bonnes relations avec les Frères musulmans et le régime d’Assad en gardant le silence sur les événements en Syrie. Début 2012, le Hamas s’est désengagé de l’alliance et du régime syrien, même s’il est resté hésitant à l’idée de critiquer ouvertement le régime. Cette position, associée aux autres évolutions des rapports de force régionaux après 2011, a contraint le Hamas à se tourner vers d’autres partisans, modifiant ainsi l’équilibre des pouvoirs dans la bande de Gaza en faveur du soutien qatari ou iranien.

Après 32 ans de séparation, le Fatah a suscité la controverse en rétablissant ses relations avec le régime d’Assad à la mi-2015. Bien que le rétablissement des relations ait été présenté comme une mesure visant préserver une neutralité, cette position a parfois déraillé et s’est transformée en justification de la violence du régime. Par exemple, alors qu’il abordait des préoccupations relatives au traitement infligé aux Palestiniens par Assad en Syrie, le membre du comité central du Fatah Abbas Zaki semblait justifier les bombardements contre les camps de réfugiés palestiniens en Syrie en comparant ces agissements à « un médecin qui élimine une partie défaillante du corps ».

Prévoyant que la solution à la guerre en Syrie pouvait impliquer le régime d’Assad, l’OLP en Syrie, qui se distingue par sa composition particulière, a également tenu à rester neutre. [4] Si cette neutralité est compréhensible du point de vue historique compte tenu des relations tendues entre les Palestiniens et les autres pays hôtes, elle témoigne également de la faiblesse de l’OLP en matière de défense et de représentation des intérêts palestiniens.

La question de la neutralité par opposition à une implication active en Syrie a non seulement divisé les Palestiniens en exil, mais également les Palestiniens en Syrie, reflétant les ruptures et les rivalités internes au sein du mouvement palestinien. Ces désaccords tournent autour de questions telles que la nature des soulèvements syriens, le rôle de l’impérialisme occidental et les intérêts d’Israël dans la région. L’offensive de la Russie, de l’Iran et du régime syrien à Alep-Est a suscité encore plus de débats sur la nature du soulèvement syrien et l’intervention étrangère dans le pays.

Un certain nombre de factions palestiniennes en Syrie sont explicitement alliées avec Bachar al-Assad, notamment le Front populaire de libération de la Palestine – Commandement général (FPLP-CG). Dirigée par Ahmed Jibril, cette faction palestinienne est celle qui entretient les liens les plus étroits avec le régime et a servi de prolongement du régime syrien chargé du maintien de l’ordre dans les camps palestiniens. Il existe également des milices syro-palestiniennes parmi les nombreuses milices pro-régime qui jouent un rôle dans la guerre, telles que la Brigade de Jérusalem, la Brigade de Galilée et les Forces de Galilée.

L’Armée de libération de la Palestine (ALP), créée à l’origine en tant que branche militaire de l’OLP, est une autre faction palestinienne alliée au régime syrien. En Syrie, l’ALP est l’unité dans laquelle les Palestiniens sont souvent conscrits au lieu de rejoindre l’armée syrienne régulière. L’ALP symbolise parfaitement la nature schismatique des relations syro-palestiniennes. Pendant la guerre civile libanaise, elle a combattu en tant qu’intermédiaire de la Syrie contre l’OLP. Aujourd’hui, elle est étroitement liée à As-Saiqa, une autre faction officiellement affiliée à l’OLP. As-Saiqa et l’ALP ont toutes deux une pertinence limitée hors de Syrie.

Il est courant que les brigades palestiniennes pro-régime se décrivent à travers le terme de résistance laïque, où nationalisme arabe et résistance syrienne sont liés à la cause palestinienne. Leur rhétorique est conforme au paradigme panarabe et antisioniste du parti Baas syrien. L’attrait d’une position laïque est également amplifié par la montée des factions islamistes et salafistes djihadistes combattant le régime syrien, ce qui contribue à dépeindre faussement le casse-tête syrien comme un choix entre laïcité et extrémisme. Si une telle position séduit ceux qui ont souffert des intérêts impériaux et de la violence, celle-ci entre en contradiction avec la réalité de la politique syrienne à l’égard de la question de la Palestine, que le régime utilise comme une « marchandise » pour «commercer selon ses propres conditions », selon Jean-Pierre Filiu. [5]

La notion décourageante selon laquelle la question palestinienne n’est qu’une autre pièce du jeu d’échecs de la guerre en Syrie est amplifiée lorsque l’on examine de plus près la rhétorique employée par le régime syrien tout au long de la guerre pour justifier sa violence de masse à l’encontre de civils et solliciter la communauté internationale. Dans les premiers jours du soulèvement, Rami Makhlouf, cousin et proche partenaire de Bachar al-Assad, a déclaré au New York Times : « S’il n’y a pas de stabilité ici, il ne peut y avoir de stabilité en Israël […] En aucun cas, et personne ne peut garantir ce qui se passera s’il arrive quelque chose à ce régime, Dieu nous en préserve. »

Dans cette rhétorique, la « stabilité » est comprise comme le plus grand bien commun, qui rejette les revendications de justice en faveur de l’ordre imposé par un homme fort. Étant donné que soulèvement populaire et violence politique sont érigés en synonymes d’instabilité, ce point de vue réfute les revendications historiques de ceux qui, en raison de leur militantisme, sont transformés en de simples problèmes d’ordre sécuritaire qui doivent être résolus – souvent par une violence accrue. C’est également un discours souvent employé par l’extrême droite israélienne pour discréditer ceux des Palestiniens. L’effet corrosif de ces faux binaires est bien connu des Palestiniens, dont les voix ont été confrontées à une oppression systématique au nom de la « stabilité », en particulier depuis la montée de l’islamisme en Palestine dans les années 1980 et 1990. [6]

Les relations du régime syrien avec la Russie sont également problématiques pour les Palestiniens, d’autant plus qu’Israël et la Russie ont récemment cultivé une relation étroite. En renforçant cette relation, Israël cherche à positionner Poutine en tant que médiateur entre lui-même et le régime syrien, en supposant que ce dernier parviendra à maintenir le pouvoir avec l’aide de l’intervention russe. D’aucuns soutiennent que ce recentrage sur le soutien de la Russie est le résultat d’une intensification des critiques des États-Unis et de l’UE à l’égard des politiques israéliennes telles que l’expansion des colonies. L’abstention récente des États-Unis et l’adoption consécutive d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies sur les colonies israéliennes illégales pourraient aggraver cette tendance, même si l’impact de la nouvelle administration américaine sur le conflit israélo-arabe reste à observer.

Bien qu’il soit facile de voir l’intervention russe en Syrie comme un contrepoids bienvenu à l’influence américaine dans la région, les perspectives de la cause palestinienne ne sont guère meilleures sous l’influence russe, dans la mesure où la Russie et Israël partagent une conception étroite de la « stabilité » au Moyen-Orient. Poutine a même fait part de son admiration pour les méthodes israéliennes de lutte contre le terrorisme lors d’une conférence en octobre 2016, déclarant que le monde devait « apprendre d’Israël », qui « ne lâche jamais. Ils se battent jusqu’au bout. C’est pour cela [qu’Israël] existe… Il n’y a pas d’autre option. »

Parler le langage de la vérité devant le pouvoir : les Palestiniens de Syrie après la guerre

Les Palestiniens ont deux moyens d’aller au-delà du faux choix de neutralité par opposition à un soutien au régime et d’œuvrer en faveur des droits de l’homme pour les Palestiniens – et les Syriens.

Premièrement, ils peuvent reconnaître que l’expérience des Palestiniens en Syrie exige de comprendre comment la vie en Syrie a façonné leur identité. Le problème est que le fait de reconnaître que bon nombre de ces réfugiés palestiniens voient la Syrie comme un foyer qu’ils aspirent à retrouver peut nourrir les voix anti-palestiniennes qui souhaitent priver les réfugiés palestiniens de leur droit au retour en Palestine. Cependant, les Palestiniens peuvent se montrer solidaires de ceux qui aspirent à retrouver leur vie en Syrie tout en défendant simultanément leur droit au retour en Palestine – qui leur est inaliénable et ne dépend pas de la qualité de la vie dont ils jouissent dans leur pays d’accueil. En outre, il est important de reconnaître les différentes couches d’identification que ceux qui luttent contre la dépossession peuvent ressentir, tout comme le fait que les Palestiniens de Syrie se sentent aussi attachés à la Syrie qu’ils le sont à leurs terres ancestrales en Palestine.

Un certain nombre de groupes cherchent aujourd’hui à rendre compte de la situation des Palestiniens en Syrie, tels que la Ligue palestinienne pour les droits de l’homme en Syrie, créée à Yarmouk, ou encore le Groupe d’action pour les Palestiniens de Syrie, basé au Royaume-Uni. La Fondation Jafra, basée à Damas et à Homs, fournit des secours dans des camps tels que Yarmouk, Khan al-Shih, Jaramana et Homs. Ces groupes sont essentiels à la documentation et à l’amplification des expériences palestiniennes en Syrie. Ceci s’avère ensuite crucial pour protéger les Palestiniens de Syrie du sort de ces Palestiniens qui ont fui l’Irak il y a plus d’une décennie, dont beaucoup demeurent pris au piège de l’apatridie dans les pays hôtes, dans l’incapacité de retrouver leur patrie ancestrale en Palestine ou la vie qu’ils s’étaient construite en Irak.

Deuxièmement, la guerre en Syrie a dévoilé les limites des organes représentatifs palestiniens et souligné l’importance du renforcement et de l’élargissement des réseaux de solidarité. Le mouvement Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS) a été une stratégie clé pour le mouvement palestinien à la lumière d’une représentation politique défaillante ou au mieux stagnante. Il a servi à la fois à rassembler un soutien afin de faire respecter des normes éthiques et à exercer des pressions – souvent avec succès. Lorsque cette stratégie est bien mise en œuvre, BDS s’appuie fondamentalement sur une conscience dévouée et sur la solidarité communautaire. Étendre la boussole morale de BDS au-delà d’Israël et la pointer vers le renforcement de la solidarité en faveur des mouvements palestiniens (et non palestiniens) de défense des droits de l’homme et de justice sociale constitue à la fois un impératif moral et une nécessité stratégique.

Les Palestiniens vivant hors de Syrie ont le choix entre maintenir une position de neutralité afin de maximiser les chances d’inclusion des intérêts palestiniens dans l’ordre du jour du camp qui conservera ou acquerra le pouvoir en Syrie – quel qu’il soit – et se montrer solidaire du peuple syrien. Ce dernier point est sujet à controverse car le peuple syrien est confronté à une crise de représentation, en ce sens qu’il existe une abondance d’intérêts qui prétendent parler en leur nom, comme ici dans le cas de la Palestine. Une position de neutralité peut paraître plus sûre, compte tenu en particulier du transfert du pouvoir en faveur d’Assad après la décision de la Russie d’intervenir et l’élection de Donald Trump aux États-Unis. Toutefois, compte tenu des changements démographiques opérés par le régime syrien, il reste à savoir s’il y aura une place pour la population de réfugiés palestiniens musulmans principalement sunnites si Bachar al-Assad conserve son pouvoir, en particulier pour ceux qui se sont rangés contre son règne.

Surtout, la neutralité en Syrie est une position philosophiquement insoutenable et moralement indéfendable compte tenu de la nature et de l’ampleur de la violence en cours. L’une des idées les plus répandues dans le mouvement palestinien est de parler le langage de la vérité devant le pouvoir, de défier l’injustice et d’appeler à l’autodétermination face à l’oppression. En particulier après la tragédie d’Alep et en particulier lorsque l’esprit éclairé de la révolution lutte pour sa survie face à la tyrannie et à l’entreprise de sabotage du régime d’Assad ainsi qu’à la prise d’étranglement des islamistes, la Syrie ne devrait pas être une exception.

Pour progresser vers une position plus juste, l’OLP et l’AP doivent repenser leur position de neutralité face aux atrocités de masse commises par le régime syrien à l’encontre de ses citoyens et des Palestiniens en Syrie. Les mouvements de solidarité palestiniens peuvent rejeter l’appropriation de la question palestinienne par le régime syrien et réitérer l’engagement des réseaux de solidarité en faveur des droits de l’homme et de la justice partout dans le monde. Ils peuvent également amplifier les voix syro-palestiniennes et défendre à la fois leur droit d’obtenir réparation et justice en Syrie, ainsi que leur droit inaliénable de retourner dans leurs foyers en Palestine.

Enfin, ils peuvent réitérer leur détermination à promouvoir la solidarité mondiale à la lumière des événements troublants survenus dans le monde politique international, comme la récente élection de Donald Trump. Aussi sombres que les perspectives puissent paraître, le temps viendra où les choses changeront grâce à une solidarité engagée et à un activisme inlassable. En attendant, seules nos boussoles morales peuvent nous y mener.

Notes :

1. Avant 2011, les 560 000 réfugiés palestiniens officiellement enregistrés auprès de l’Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA) constituaient environ 2 % de la population syrienne. Selon l’UNRWA, 110 000 personnes ont été réinstallées depuis 2011 dans d’autres pays, notamment au Liban et en Jordanie. Néanmoins, 450 000 personnes se trouvent encore en Syrie, dont la grande majorité à Damas. Les deux tiers sont des déplacés internes, tandis que 95 % ont besoin d’une assistance humanitaire, ce que l’UNRWA n’est pas en mesure de fournir dans la plupart des régions. Le Groupe d’action pour les Palestiniens en Syrie, qui répertorie les Palestiniens morts, détenus et portés disparus en Syrie, enregistre actuellement 298 personnes disparues, 1 118 détenus et 3 390 morts, dont la grande majorité ont été tués lors de bombardements pro-régime (1 124), abattus (809) ou torturés à mort (454). Parmi les individus « tués par balle » figurent des Palestiniens pro-régime tombés au combat contre les groupes d’opposition, tandis que la majorité des victimes de torture sont mortes dans des prisons du régime.

2. Patrick Seale, Asad: The Struggle for the Middle East (Berkeley: University of California Press, 1989), 154-165.

3. Le rôle problématique de Hafez al-Assad dans le mouvement national palestinien est largement documenté dans l’ouvrage de Yezid Sayigh intitulé Armed Struggle and the Search for State: The Palestinian National Movement 1949-1993 (Oxford: Oxford University Press, 1999) 288-289, 575-577.

4. L’OLP en Syrie comprend le Fatah, le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP), le Front démocratique pour la libération de la Palestine (FDLP), le Parti du peuple palestinien, le FIDA, le Front de lutte populaire palestinien et le Front de libération de la Palestine (faction Abou Abbas). En outre, il existe l’Alliance des forces palestiniennes, formée en opposition aux accords d’Oslo en 1993. Soutenu par le régime syrien, ce groupe a été fondé par le Hamas, le FPLP, le FDLP, le Mouvement du Jihad islamique en Palestine, le FPLP-CG, As-Saiqa, le Fatah al-Intifada, le Front de libération de la Palestine (faction Abou Nidal al-Ashqar), le Front de lutte populaire palestinien et le Parti communiste révolutionnaire palestinien. Le FPLP et le FDLP se sont séparés de l’alliance en 1998.

5. Jean-Pierre Filiu, From Deep State to Islamic State: The Arab Counter-Revolution and its Jihadi Legacy (London: Hurst & Co, 2015), 211.

6. Robin Yassin-Kassab et Leila al-Shami, Burning Country: Syrians in Revolution and War (London: Pluto Press, 2016), 39.

* Membre politique d’Al-Shabaka, Samar Batrawi est une doctorante néerlandaise d’origine palestinienne qui officie en tant qu’assistante d’enseignement en théorie des relations internationales au Department of War Studies du King’s College de Londres.

29 janvier 2017 – Al-Shabaka – Traduction : Chronique de Palestine – Valentin B.

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