Tony Blair et Jared Kushner sont à la manoeuvre pour le fantasme « Riviera » de Trump

« Les autorités israéliennes ont délibérément créé des conditions de vie visant à causer la destruction d’une partie de la population de Gaza, en privant intentionnellement les civils palestiniens de l’enclave d’un accès adéquat à l’eau », écrit HRW. « Ce faisant, les autorités israéliennes sont responsables du crime contre l’humanité d’extermination, et d’actes de génocide » - Photo : Nations Unies

Par Maher Charif

Le 27 août dernier, l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair et Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, ont pris part à une réunion à la Maison Blanche, présidée par le président étasunien, afin de discuter du « jour d’après » dans le contexte de la guerre génocidaire contre Gaza.

Le contenu de cette réunion, qui a duré 90 minutes, n’a cependant pas été divulgué.

Selon le journal espagnol El País, cette réunion, qui « ne figurait pas à l’agenda du président Trump », a abordé l’avenir de la bande de Gaza après la guerre, les moyens d’augmenter l’aide humanitaire pour les habitants de la bande, ainsi que la crise des otages. Le site Axios a confirmé que Blair et Kushner « ont proposé des idées sur la manière de gouverner Gaza sans la présence du mouvement Hamas au pouvoir ».

Toujours selon Axios, le plan du « jour d’après » à Gaza sera « un élément clé de toute initiative diplomatique visant à mettre fin à cette guerre qui a causé la mort de 62 000 Palestiniens en deux ans », mais « la reconstruction de la bande, totalement détruitd, ainsi que la conception d’une ingénierie politique et sécuritaire qui satisferait toutes les parties, seront des tâches extrêmement difficiles ».

Tony Blair pense-t-il vraiment à la reconstruction de la bande de Gaza, totalement détruite ?

Voici le titre d’une intervention aujourd’hui, vendredi, du célèbre journaliste français Georges Malbrunot, dans laquelle il déclare : « Nous l’avions un peu oublié, et le voilà qui refait surface ; l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair s’immisce à nouveau dans les événements à Gaza. Le 27 août, il s’est réuni à la Maison Blanche avec Jared Kushner, gendre de Donald Trump et homme d’affaires bien connecté à Israël et aux pays riches du Golfe. Quel est l’objectif ? Transformer la bande de Gaza, dont les trois quarts ont été détruits après deux années de guerre, en une plaque tournante commerciale et touristique moderne, autrement dit, en la fameuse Riviera imaginée par le président américain pour l’après-guerre. Un projet improbable, sur lequel l’ancien Premier ministre britannique et sa fondation travaillent depuis plusieurs mois. »

Georges Malbrunot poursuit : « Tony Blair, âgé de 72 ans, ancien caniche de George W. Bush en 2003, reste toujours prêt à offrir ses services contre rémunération, et continue de faire beaucoup de « bruit », notamment grâce à « sa vaste connaissance d’Israël et de la Palestine ».

Entre 2007 et 2015, il a agi en tant que médiateur international entre les deux parties, mais sa mission a été un échec total : la paix n’a jamais progressé. Cependant, sa véritable valeur réside dans l’influence qu’il conserve auprès des Américains ; c’est pourquoi les interlocuteurs arabes, à qui il a été demandé de financer la reconstruction de Gaza, l’ont écouté.

Quant au Premier ministre israélien Benyamin Netanyahu, Tony Blair ne l’a jamais confronté, préférant exercer des pressions sur Mahmoud Abbas, président de l’Autorité palestinienne.

Ce que l’on sait, c’est qu’il est en contact permanent avec Ron Dermer, le conseiller le plus proche de Netanyahu, chargé précisément de la reconstruction de Gaza. Il a également maintenu des relations avec des hommes d’affaires israéliens influents, et il ” rel=”noopener” target=”_blank”>est dit que ceux-ci, ainsi que d’autres sociétés de conseil internationales, participeront à la reconstruction de la bande. »

Une relation ancienne entre l’ambitieux Tony Blair et le grand spéculateur Jared Kushner

Selon le journal britannique The Mail on Sunday, Tony Blair a rencontré Jared Kushner début mars 2017, et a discuté avec lui de la possibilité d’une collaboration entre lui et Donald Trump, dans laquelle l’ancien Premier ministre britannique jouerait le rôle de conseiller spécial pour les affaires du Moyen-Orient au sein de son administration.

Cette nouvelle a surpris les observateurs, compte tenu des visions très différentes de Trump et de Blair sur les affaires internationales. Le journal précise que Blair et Kushner se sont rencontrés à trois reprises depuis septembre dernier. Le porte-parole de Tony Blair a commenté : « Je ne peux pas révéler le contenu de conversations privées. »

Tony Blair avait déjà de bonnes relations avec l’ancien président américain George W. Bush fils, et a joué un rôle majeur dans l’implication du Royaume-Uni aux côtés des États-Unis lors de l’invasion de l’Irak.

Après avoir quitté le poste de Premier ministre en 2007, Blair a continué à œuvrer jusqu’en 2015 en tant qu’envoyé spécial du Quartet pour le Moyen-Orient, composé des États-Unis, de la Russie, de l’Union européenne et des Nations unies.

On pense que l’organisation fondée par Tony Blair, le « Tony Blair Institute for Global Change », est impliqué dans le plan de Donald Trump pour transformer la bande de Gaza en une nouvelle « Riviera », comme l’a confirmé le journal britannique The Guardian le 6 juillet 2025. Le journal a ajouté que la fondation de Blair a participé au développement de ce plan, en particulier à l’élaboration d’un projet de zone industrielle dans la bande de Gaza.

Ce projet serait mis en œuvre par des hommes d’affaires israéliens et utiliserait des modèles développés par le Boston Consulting Group selon le projet de Trump pour prendre le contrôle de la bande et la transformer en une station touristique [de luxe, de surcroît]. »

Quant au Financial Times, il a révélé au début du même mois que la fondation Tony Blair avait participé à l’élaboration d’un plan pour Gaza intitulé « Grand Trust » qui inclurait « la création de complexes immobiliers de luxe, un archipel d’îles artificielles similaire à celui de Dubaï, des zones économiques exclusives à faibles taxes, ainsi qu’une zone de fabrication de voitures électriques portant le nom d’Elon Musk. Ce dernier projet, selon toute vraisemblance a été conçu avant le différend entre Musk et Trump ».

Le plan prévoirait également le déplacement forcé d’un demi-million de palestiniens hors de la bande de Gaza.

La présence de Tony Blair à la réunion tenue il y a quelques jours à la Maison Blanche est expliquée par « l’engagement continu » de l’ancien Premier ministre britannique dans « les discussions sur la politique régionale au Moyen-Orient », comme le rappelle le journal Haaretz. En effet, « il a participe à l’élaboration de plans pour Gaza, en collaboration avec les Émirats Arabes Unis, pendant l’administration Biden, et a rencontré le mois dernier le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas ».

Jared Kushner, lui, « n’a jamais quitté l’entourage de Donald Trump, travaillant en coulisse ces dernières années », comme le souligne The New York Times. Kushner « a joué un rôle majeur dans le succès diplomatique de Trump, notamment dans le processus de normalisation des relations entre Israël et trois pays arabes ».

Selon Haaretz, Kushner « consulte depuis plusieurs mois l’émissaire spécial de Trump au Moyen-Orient, Steve Witkoff, qui le décrit comme son maître spirituel ». De son côté, The Washington Post rapporte que Kushner collabore avec des fonds d’investissement souverains dans certains pays du Golfe.

Lorsque le porte-parole de la Maison Blanche a été interrogé sur le contenu de la réunion, il a simplement déclaré : « Le président Trump a clairement exprimé qu’il espérait mettre fin à la guerre et garantir la paix et la prospérité pour tous les habitants de la région ; et la Maison Blanche n’a actuellement rien de plus à ajouter sur cette réunion ».

Tony Blair avait rencontré Steve Witkoff à la Maison Blanche en juillet dernier, le même jour où Benyamin Netanyahu a rencontré Donald Trump, selon le site Axios. Ce dernier a également rapporté que Kushner a visité Israël plus tôt ce mois-ci et a rencontré Benyamin Netanyahu pour discuter de la guerre à Gaza.

En février dernier, Donald Trump avait annoncé que les États-Unis prendraient le contrôle de la bande de Gaza et réinstalleraient définitivement tous les Palestiniens à l’extérieur de Gaza, en transformant la bande en une «  Riviera du Moyen-Orient ». Cette proposition reprenait une idée que Kushner avait suggérée un an plus tôt : vider Gaza de ses habitants palestiniens et en faire un projet immobilier côtier.

Bien que cette idée ait été bien accueillie par Israël, elle a été fermement rejetée par les partenaires des Etats-Unis au Moyen-Orient, et a été condamnée à l’échelle mondiale.

Les experts en droits humains et les Nations Unies l’ont qualifiée de « nettoyage ethnique ».

Enfin, la réunion du 27 août dernier à la Maison Blanche révèle que Donald Trump n’a pas abandonné le projet « Gaza Riviera », après avoir annoncé il y a quelques jours qu’il s’attendait à ce que la guerre se termine « dans deux à trois semaines ».

Tandis que son envoyé, Steve Witkoff, qui était moins optimiste, a déclaré que cela se réaliserait « d’ici la fin de l’année », à un moment où Israël poursuit sa guerre génocidaire contre la bande de Gaza, et où l’armée d’occupation se prépare à envahir la ville de Gaza et à expulser ses habitants.

29 août 2025 – The Palestine Studies – Traduction de l’arabe : Chronique de Palestine – Fadhma N’Soumer

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