Israël maintient illégalement en prison l’avocat franco-palestinien Salah Hamouri

Salah est détenu sans charge, sans avoir droit à un procès équitable. Le régime de la détention administrative permet à Israël d’incarcérer sans motif les Palestiniens, pour des durées variables renouvelables indéfiniment. Plus de 700 prisonniers sont actuellement retenus sous ce statut. C’est un moyen de répression politique pour tenter d’étouffer les voix qui s’élèvent contre l’occupation. Il y a aujourd'hui plus de 6000 prisonniers politiques palestiniens incarcérés dans les prisons de l'occupant - Photo : via expressions-venissieux.fr

Par Zena Tahhan

Salah Hammouri, avocat franco-palestinien âgé de 37 ans, est emprisonné par Israël sans procès ni inculpation depuis le mois de mars, sur la base de « preuves secrètes », et sa famille a été expulsée.

Israël a renouvelé la détention de l’avocat franco-palestinien spécialiste des droits de l’homme, Salah Hammouri, qui est détenu sans inculpation ni procès depuis mars 2022.

Les autorités d’occupation ont annoncé dimanche le renouvellement de la détention administrative d’Hamouri pour trois mois supplémentaires, un jour avant sa libération prévue. Son ordre de détention actuel expirera désormais le 4 décembre.

Dans un communiqué de presse, la campagne #JusticepourSalah a appelé à la libération de Hamouri et a condamné cette décision. « Quelques heures seulement avant sa libération prévue de la prison de Hadarim – l’occupation israélienne a renouvelé la détention administrative de Salah ».

« Ni Salah ni son représentant légal n’ont été informés de la décision de renouvellement, laissant Salah, sa famille et ses proches dans un état d’anxiété et de détresse psychologique continuelles », ajoute le communiqué.

Hamouri, âgé de 37 ans est père de deux enfants. Défenseur des droits des Palestiniens et avocat résident à Jérusalem, salah est en détention administrative israélienne depuis le 7 mars. Son ordre de détention a été renouvelé en juin pour trois mois, ce qui fait de dimanche le deuxième renouvellement.

La détention administrative est une politique israélienne qui permet d’emprisonner des Palestiniens sans procès ni inculpation sur la base de « preuves secrètes », que ni le détenu ni son avocat ne peuvent consulter, pour une durée indéterminée. Au moins 730 Palestiniens sont actuellement détenus en vertu de tels décisions.

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Israël prétend que cette politique est nécessaire pour des raisons de sécurité et pour que les renseignements ne soient pas divulgués.

Analyste et enquêteur sur le terrain pour le groupe de défense des droits des prisonniers Addameer, basé à Ramallah, le cas de M. Hamouri a eu des répercussions dans le monde entier, des groupes de défense des droits internationaux et locaux demandant sa libération.

Addameer, qui a poursuivi ses activités malgré l’ordre des autorités israéliennes d’occupation de fermer ses portes, ainsi que six autres groupes de la société civile palestinienne en août, a déclaré que le renouvellement de la détention de Hamouri faisait « partie de la campagne de harcèlement systématique et continue de l’occupation israélienne visant à supprimer les défenseurs des droits humains palestiniens et la société civile palestinienne ».

L’affaire Hamouri a retenu davantage l’attention lorsqu’il a été révélé en novembre 2021 que son téléphone avait été piraté par la société de surveillance israélienne NSO Group, qu’il a attaquée en justice en avril.

Révocation du permis de résidence et expulsion de la famille

Hammouri a déjà été emprisonné à plusieurs reprises par Israël, dont une peine de sept ans entre 2005 et 2011, et 13 mois de détention administrative en 2017.

En 2016, il a été séparé de force de sa femme française, Elsa Lefort.

Elsa Lefort a été détenue pendant trois jours alors qu’elle était enceinte de six mois, après être arrivée à l’aéroport Ben-Gourion de Tel Aviv pour rendre visite à son mari. Elle a ensuite été expulsée vers la France et s’est vu infliger une interdiction de séjour de dix ans, alors qu’elle disposait d’un visa de travail à entrées multiples valable un an.

Les autorités de l’aéroport ont dit à Mme Lefort qu’elle constituait « une menace pour la sécurité de l’État d’Israël », a-t-elle déclaré à Al Jazeera.

Le couple a maintenant un fils de six ans et une fille de 16 mois, qui vivent en France.

« Cela a été vraiment difficile pour notre famille. Depuis que j’ai été expulsée de Palestine, nous ne nous sommes vus que deux à trois semaines par an. Les enfants grandissent sans leur père », a déclaré Lefort à Al Jazeera.

« C’est difficile pour nous, en tant qu’adultes, mais nous connaissons et comprenons le contexte politique, mais pour les enfants – même si nous essayons de leur expliquer, ils ne peuvent pas comprendre la vie sous occupation, ce ne sont que des enfants – ils veulent juste vivre avec leur père et leur mère », a-t-elle ajouté.

« La dernière fois que Salah est venu en France, c’était pour la naissance de notre fille. Elle avait 11 jours quand il l’a vue, et maintenant elle a 16 mois – elle n’a jamais revu son père. »

Alors qu’il était initialement détenu à la prison israélienne d’Ofer, près de Ramallah, Hamouri a été transféré en juillet à la prison de haute sécurité de Hadarim après avoir adressé une lettre ouverte au président français Macron.

Milena Ansari, juriste internationale auprès d’Addameer, a déclaré à Al Jazeera qu’Israël traite Hamouri comme une « menace de haute sécurité ».

« Il est désormais considéré comme un prisonnier de ‘haute sécurité’. Ses bras et ses jambes sont toujours entravés lorsqu’il quitte sa chambre, et les détenus de cette prison ne bénéficient que d’une à deux heures de promenade dans la cour », a déclaré Ansari.

« Il n’y a aucune charge contre Salah et pourtant ils le traitent comme une menace de sécurité maximale », a-t-elle ajouté.

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En octobre 2021, le ministère israélien de l’intérieur a révoqué le permis de résidence de Jérusalem de Salah Hamouri, bien qu’il soit né dans la ville et qu’il y ait vécu toute sa vie, en invoquant une « violation de l’allégeance » à l’État israélien.

La décision de révoquer son permis de résidence est fondée sur des « allégations vagues et larges d’ ‘activités terroristes’, basées sur de prétendues ‘informations secrètes’ qui sont retenues par l’État », selon Addameer.

La révocation du statut de résident de Jérusalem de Hammouri signifie qu’il risque d’être expulsé à tout moment, qu’il ne peut pas être légalement présent dans sa ville natale et que son assurance nationale, y compris l’assurance maladie, a été supprimée.

L’audience finale de son dossier de résidence doit se tenir en février 2023 à la Cour suprême israélienne.

Ansari a déclaré qu’Addameer espère pouvoir rétablir le permis de résidence d’Hamouri, car cela créerait un précédent très large, vague et dangereux pour la révocation à l’avenir par Israël des cartes de résidence palestiniennes de Jérusalem.

Même s’il est libéré de prison, dit Lefort, la lutte de leur famille continuera. « Nous devrons nous battre pour lui permettre de rester en Palestine. C’est la prochaine étape », a déclaré Lefort.

En 2005, Hammouri a été arrêté et on lui a proposé de purger une peine de prison ou d’être expulsé vers la France pendant dix ans. Il a choisi de rester et de purger sept ans de prison.

« Ils veulent le pousser à partir », explique sa femme. « Quand votre pays est sous occupation et que vous luttez pour la libération de votre terre, vous ne pouvez pas quitter cette terre. Vous ne voulez pas non plus être loin de votre famille, mais c’est un choix que persinne ne devrait avoir à faire. »

5 septembre 2022 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine