15 mars 2026 - Des familles passent les soirs du ramadan sur les tombes des enfants tués à l'école primaire Shajareh Tayyiba le 28 février - Photo : agence de presse Mehr
Par Mahmoud Aslan
MINAB, IRAN — Les familles arrivent au cimetière après le coucher du soleil. Elles apportent des tapis et des coussins, de la nourriture et de l’eau, ainsi que des bougies ou des lanternes qu’elles déposent sur les petites tombes fraîchement creusées.
Les parents nettoient avec soin les pierres tombales de leurs enfants enterrés. Ils aménagent l’espace autour d’elles et s’installent pour la nuit — une veillée silencieuse qui se poursuivra jusqu’à l’aube.
Le deuil collectif à Minab, en Iran, est insondable. Au moins 168 enfants, pour la plupart des filles âgées de 7 à 12 ans, ont été tués lors d’une seule frappe sur l’école primaire Shajareh Tayyiba le 28 février, aux premières heures de la guerre israélo-US contre l’Iran.
Alors que le mois sacré du ramadan touche à sa fin cette semaine – une période où les prières revêtent une importance particulière –, les familles continuent de se rassembler au cimetière après l’iftar, le repas du coucher du soleil qui rompt le jeûne, pour prier dans l’obscurité aux côtés de leurs enfants disparus.
Amina Karimi, 42 ans, a perdu sa fille de sept ans, Leila, lors de cette frappe. Elle se rend au cimetière tous les soirs.
« Le ramadan est arrivé cette année avec un chagrin que je n’avais jamais connu auparavant », a déclaré Karimi à Drop Site News. « Je lis le Coran à voix basse et je récite des prières que je lui dédie, et je lui parle comme si elle pouvait m’entendre. »
Elle marque une pause. « Parfois, je ferme les yeux et je me souviens de son rire, de sa voix, de la façon dont elle courait à l’école, riait avec ses amis, et de la façon dont nous rêvions de son avenir. »
Amina Karimi reste au cimetière toute la nuit malgré le froid qui transperce ses vêtements. « La nuit est lourde et le froid mordant. Mais la faible lueur des bougies m’apporte un peu de chaleur. »
Les preuves recueillies par les organisations de défense des droits humains et les médias indiquent clairement que ce sont les États-Unis qui ont mené cette frappe de missiles Tomahawk – l’une des attaques les plus meurtrières jamais perpétrées contre des enfants.
Les conclusions préliminaires d’une enquête interne de l’armée américaine ont établi que les États-Unis étaient responsables et que l’école avait probablement été bombardée sur la base de données de ciblage obsolètes.
L’administration Trump n’a rien admis.
À Minab, les parents ont du mal à accepter l’ampleur de cette tragédie.
Ali, le fils de Reza Zarei âgé de sept ans, a été tué lors de cette frappe. Cet homme de 45 ans se rend au cimetière pour veiller près de la tombe d’Ali toute la nuit, jusqu’à l’appel à la prière de l’aube.
« Je me souviens des petits détails de sa vie », a raconté Zarei à Drop Site. « Comment il allait à l’école. Ses amis. Ses jeux dans la rue. » Il a ajouté : « La nuit ici est silencieuse, à l’exception des sons de la prière et de la récitation. »
L’atmosphère qui règne dans le cimetière, où toutes les victimes du bombardement de l’école ont été inhumées, ne ressemble à rien d’autre dans la ville environnante.
Les sons disparaissent. Les voix s’éteignent. Les familles s’assoient ou s’allongent près des tombes, récitant des versets, se chuchotant des mots à l’oreille, ou sombrant dans de longs silences.
Ceux qui ne peuvent dormir fixent les pierres tombales. Les bougies plantées sur les tombes créent une lumière diffuse et inégale — des dizaines de petites flammes qui vacillent au gré du vent mais ne s’éteignent pas. De loin, le cimetière brille de lumières faibles et vacillantes.
Reyhana Akbari Far, 40 ans, qui a perdu sa fille Zahra, âgée de huit ans, a confié à Drop Site qu’elle s’allongeait parfois près de la tombe et fermait les yeux. « J’essaie de la sentir près de moi », dit-elle.
« Les bougies allumées autour des tombes m’apportent un peu de lumière dans la longue nuit, mais elles ne peuvent pas effacer la douleur qui remplit mon cœur. »
Elle a ajouté que les bruits des autres familles à proximité – qui parlent, récitent des prières, partagent des souvenirs – rendent les nuits moins insupportables.
« Nous échangeons des souvenirs. Nous parlons des jeux que nos enfants adoraient, et nous nous remémorons leurs rires », a-t-elle déclaré. « Tout cela rend la nuit un peu moins solitaire et atténue un peu le sentiment d’absence. »
Les parents décrivent cette expérience de rassemblement au cimetière non pas comme un deuil solitaire, mais comme une forme de présence continue, un refus d’accepter pleinement la distance entre les morts et les vivants.
De jeunes enfants, pour la plupart sans doute des frères, sœurs ou cousins des victimes, se déplacent prudemment entre les tombes. Ils observent comment les adultes se comportent, comment le chagrin s’organise en rituel, comment il est possible de supporter une épreuve insupportable pendant des heures sans s’effondrer.
Ils apprennent quelque chose qu’ils sont trop jeunes pour apprendre.
Pour Reza Rezaei Pour, 47 ans, les heures passées au cimetière s’articulent autour de l’acte de parler. « Je pose ma main sur la pierre froide, je récite des prières et je me remémore les souvenirs de mon fils Mohammed », a-t-il confié à Drop Site à propos de son fils de sept ans décédé.
« Son rire. Ses jeux. Les petites choses de sa vie quotidienne qui nous rendaient heureux. »
Il parle de ses rencontres avec d’autres pères dans l’obscurité, où ils échangent leurs souvenirs. « Nous nous racontons les moments qui se sont évanouis», dit-il. « Et nous apprenons que la douleur partagée peut alléger un peu le fardeau. »
Le suhoor — le repas pris avant l’aube avant la reprise du jeûne — se déroule tranquillement au cimetière. Les familles apportent de quoi manger, mais peu semblent y toucher. C’est davantage le rituel du suhoor qui est observé que le repas lui-même.
Les mères versent du thé à partir de thermos. Un enfant s’endort sur l’épaule de son père. Quelqu’un redresse une bougie qui penche dans la terre meuble.
Fatima Azadi Pezeshki, 43 ans, a perdu sa fille Huda, âgée de sept ans. Elle vient chaque soir et reste aussi longtemps qu’elle le peut.
« Parfois, je ferme les yeux et j’essaie d’imaginer sa voix et son image devant moi », a-t-elle confié à Drop Site, « comme si elle était toujours présente à mes côtés ».
Elle a expliqué qu’elle lisait les prières qu’elle avait l’habitude de réciter avec sa fille à la maison, dans le même ordre, afin de préserver quelque chose d’intact. « J’essaie de la faire participer à ces moments malgré son absence physique. »
Juste avant le lever du soleil, les familles commencent lentement à rassembler leurs affaires. Elles plient les couvertures, ramassent la nourriture à laquelle elles ont à peine touché, éteignent les bougies.
Le cimetière se vide peu à peu, famille après famille, jusqu’à ce que l’aube se lève et que les tombes soient à nouveau silencieuses et seules.
Auteur : Mahmoud Aslan
* Mahmoud Aslan est journaliste. Il écrit pour Substack.
18 mars 2026 – Drop Site News – Traduction : Chronique de Palestine

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