Biden et Harris se proclament sionistes, mais tout n’est pas perdu

Joe Biden et Kamala Harris. (Photo: File)

Par Miko Peled

Alors que les E.U. et le monde attendent avec impatience que l’administration Biden prenne ses fonctions, les personnes qui ont un programme progressiste sont optimistes.

Les équipes travaillant sur l’immigration, la santé, et l’environnement, pour ne citer que quelques dossiers sont déjà au travail se préparant à faire prendre aux États-Unis une nouvelle direction.

La seule question progressiste qui suscite peu d’optimisme, toutefois, c’est la Palestine. La raison en est principalement que Joe Biden et Kamala Harris se déclarent tous deux sionistes et parce que les États-Unis ont traditionnellement toujours apporté un soutien total à Israël. Mais même si la plupart des hommes et femmes politiques américains sont sionistes, le départ de Trump de la Maison Blanche apporte le sentiment d’un nouveau départ et devrait être utilisé comme une occasion de changer de paradigme pour la Palestine.

On peut facilement démontrer qu’Israël est un état dangereux et même irresponsable et que continuer à lui apporter un soutien ne peut qu’être source d’instabilité. Israël est un état d’apartheid qui est déjà au bord de l’effondrement. Étant donné les deux millions d’hommes, de femmes et d’enfants enfermés dans la Bande de Gaza inhabitable, les centaines de milliers de citoyens palestiniens d’Israël vivant dans le désert du Naqab sans accès à l’eau et à l’électricité, la croissance de la criminalité, et l’instabilité politique croissante, il est probable qu’Israël devienne encore plus dangereux qu’il ne l’est actuellement.

En outre, le gouvernement Netanyahu est étroitement lié à Trump. En fait on pourrait soutenir que la totalité de la politique étrangère de Trump au Moyen-Orient a été dictée par Netanyahu.

Inverser le programme sioniste

Israël va, bien sûr, s’opposer avec véhémence à toute inversion des actions entreprises par le trio Trump-Kushner-Freedman. On peut sans risque de se tromper supposer que les organisations et les agents sionistes aux États-Unis sont déjà au travail auprès des gens de Biden pour s’assurer qu’il n’y ait pas un tel retournement.

Cependant, Joe Biden devra montrer qu’il reste fidèle à certains, sinon tous les accords de politique étrangère conclus au cours des années Obama et abandonnés plus tard par Trump. Il aura probablement à le faire même si cela veut dire déplaire à Israël. D’abord et avant tout, revenir à l’accord sur le nucléaire avec l’Iran, aussi connu comme Plan d’Action Global Commun.

L’Accord avec l’Iran était au cœur de l’héritage d’Obama, et son abandon par Trump a été une immense satisfaction pour Israël. Une reprise de l’accord causera des frictions entre Biden et Israël mais comme l’ensemble des hommes et femmes politiques israéliens – à l’exception de la Liste Arabe Unie – ne faisait pas mystère de son soutien à Trump, on peut espérer qu’il y aura des retombées politiques.

L’équipe de politique étrangère de Biden aura aussi à prendre position sur la question de la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël et par voie de conséquence le déplacement de l’ambassade états-unienne de Tel Aviv à Jérusalem, ainsi que sur la reconnaissance de l’annexion par Israël du plateau du Golan syrien. Toutes deux étaient des cadeaux au gouvernement Netanyahu, les deux étaient des gaffes diplomatiques qui ont aidé Netanyahu, et il sera difficile de revenir en arrière dans les deux cas.

Il y a un certain nombre de choses sur lesquelles l’équipe Biden pourra revenir en arrière, non sans de sérieuses objections de la part d’Israël cependant. Parmi celles-ci le rétablissement du financement de l’UNRWA, l’agence des Nations Unies chargée de s’occuper de plus de cinq millions de réfugiés palestiniens. Ces réfugiés languissent dans des camps un peu partout en Palestine et dans les pays voisins parce qu’Israël les a violemment expulsés, a volé leurs terres et leurs biens, et leur a interdit de rentrer. Trump a mis un terme au financement de l’UNRWA afin de satisfaire son équipe de politique étrangère saturée de sionistes.

La réouverture de la mission palestinienne à Washington DC est une autre mesure qu’Israël n’aimera pas mais à laquelle on pourrait s’attendre sous une administration Biden. C’est à l’occasion du vingt cinquième anniversaire des Accords d’Oslo que l’administration Trump a fermé la mission et l’a fait d’une manière qui ne pouvait pas être moins diplomatique, éjectant pratiquement le chef de la mission, le Dr Husam Zumlot. Il va sans dire que les sionistes étaient ravis qu’il n’y ait plus de représentation palestinienne dans la capitale états-unienne.

Même si une nouvelle administration Biden finissait par revenir sur l’application des politiques mentionnées ci-dessus, cela voudrait dire que les choses sont revenues comme avant, à savoir un total soutien à Israël avec une allusion symbolique qu’un soupçon de considération est accordé aux droits des Palestiniens. Des progrès ne surviendront que lorsqu’il sera clairement établi à Washington que personne ne peut prétendre soutenir la démocratie et les droits de l’homme tout en soutenant Israël.

Soutien au Congrès

Le soutien à la Palestine croit à la Chambre des Représentants des E.U. et en même temps la compréhension que la politique étrangère sioniste, qui domine la politique étrangère états-unienne, est biaisée. En outre, il est de plus en plus évident que le soutien aux droits de l’homme englobe le soutien aux droits des Palestiniens.

Les gens sont de plus en plus las de voir les États-Unis armer et financer les ambitions sionistes, et il n’est pas difficile de voir que ce n’est pas tant qu’Israël viole le droit international et les droits de l’homme, mais qu’Israël est lui-même une violation du droit international et des droits de l’homme. Chaque jour où les réfugiés palestiniens languissent dans des camps est une violation de la dignité humaine ainsi que du droit international et des droits de l’homme élémentaires de plus de cinq millions de personnes. Le fait que les maisons, la terre, et les biens de ces réfugiés ont été volés par Israël après qu’ils eurent été forcés de fuir par des escadrons sionistes terroristes armés – est une violation du droit international persistante.

Chaque jour où les Palestiniens de Gaza demeurent enfermés dans la plus grande prison à ciel ouvert au monde est une violation du droit international et des droits de l’homme des plus de deux millions de personnes qui vivent dans la Bande de Gaza. Ce ne sont là que quelques petits exemples parmi tant d’autres qui démontrent pourquoi personne ne peut être qualifié de progressiste tout en soutenant Israël.

Surmonter l’antisémitisme

Israël s’est doté de l’arme de « l’antisémitisme » et il la manie avec une grande dextérité. L’utilisation de la définition de l’antisémitisme de l’IHRA et son acceptation par d’innombrables gouvernements et d’organisations non gouvernementales a créé un bouclier qui protège Israël des critiques.

Ce bouclier maintient aussi prisonnière toute organisation ayant adopté la définition. Avoir adopté cette définition empêche de pouvoir jamais exprimer une quelconque critique légitime d’Israël sans être accusé d’antisémitisme. Aux États-Unis, cette définition a été adoptée à tous les niveaux, même le Département d’État des États-Unis l’a adoptée.

Toutefois, lorsque les faits sont exposés clairement, même l’utilisation de l’antisémitisme comme arme ne peut protéger Israël. Il y a un changement d’atmosphère aux États-Unis et bien que le duo Biden-Harris se soit déclaré sioniste, il existe une possibilité de promouvoir un programme pro-Palestine, pro-justice offensif.

Il y a longtemps, il semblait que le soutien états-unien à un pays appelé Sud-Vietnam (oui, il existait jadis un pays qui portait ce nom) était inébranlable et ne cesserait jamais. Il existait également un régime raciste d’apartheid qui régnait sur la majeure partie de l’Afrique australe, et le gouvernement états-unien ainsi que les entreprises américaines ont combattu vigoureusement toute tentative de le boycotter et de le renverser. Pourtant, le Sud-Vietnam est tombé, tout comme le régime d’apartheid en Afrique du Sud.

Biden et Harris sont peut-être des soutiens du sionisme aujourd’hui, mais cela peut changer. C’est le devoir de ceux qui se soucient de la Palestine de faire entendre leur voix maintenant plus fort que jamais, de mieux s’organiser et de faire le maximum. Des millions de vies sont en jeu.

* Miko Peled est un auteur et un militant des droits de l’homme né à Jérusalem. Il est l’auteur de“The General’s Son. Journey of an Israeli in Palestine,” et “Injustice, the Story of the Holy Land Foundation Five ».

11 novembre 2020 – MintPress News – Traduction: Chronique de Palestine – MJB