27 novembre 2025 - Très affaiblie par les conditions de sa détention, Tasneem al-Hams arrive à l'hôpital Al-Aqsa Martyrs à Deir al-Balah, dans le centre de Gaza pour y être soignée, après avoir été libérée des geôles israéliennes grâce à l'intervention du Comité international de la Croix-Rouge. Al-Hams, infirmière, avait été enlevée devant un centre médical dans le sud de Gaza début octobre, environ 70 jours après l'enlèvement de son père, fonctionnaire au ministère de la Santé, qui est toujours détenu par Israël - Photo : Ahmed Ibrahim
Par Fayha Shalash
Dans son dernier communiqué, le Club des prisonniers palestiniens a indiqué que le nombre de femmes palestiniennes détenues dans les prisons israéliennes avait dépassé 90 en avril.
Ali Shawahneh, 46 ans, n’a pas le temps de chercher du travail. Depuis qu’Israël a arrêté sa femme, Amina Tawil, 36 ans, à leur domicile de Qalqilya, il est devenu à la fois père et mère de leurs quatre enfants.
Amina avait déjà assumé seule ces responsabilités à plusieurs reprises lorsque Israël avait emprisonné son mari. Lors de sa dernière détention, Ali a passé deux ans en détention administrative et a perdu 75 kg. Il s’était à peine remis lorsqu’Israël a arrêté sa femme, plongeant la famille dans un nouveau cycle de difficultés.
Dans son dernier communiqué, le Club des prisonniers palestiniens a indiqué que le nombre de femmes palestiniennes détenues dans les prisons israéliennes avait dépassé les 90 au cours du mois d’avril. Il a souligné que des chiffres similaires avaient déjà été enregistrés au plus fort des campagnes d’arrestations menées en Cisjordanie occupée au cours des premiers mois de la guerre génocidaire, ainsi que dans le contexte des attaques ciblant les femmes à Gaza.
L’organisation a précisé que la plupart des détenues se trouvent à la prison de Damon, près de Haïfa, parmi lesquelles figurent deux enfants, une femme enceinte de trois mois, 25 personnes en détention administrative, trois journalistes, deux détenues atteintes d’un cancer et deux femmes incarcérées depuis avant octobre 2023.
« Arrêtez-moi à sa place »
Deux jours avant l’Aïd al-Fitr, le 18 mars, Amina priait avec son mari après que leurs enfants se furent endormis. Elle a allumé son téléphone pour consulter les actualités et a découvert que l’armée israélienne menait une descente dans leur quartier à ce moment précis.
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Elle a immédiatement été saisie par la crainte qu’Ali ne soit à nouveau arrêté, d’autant plus que les forces israéliennes avaient fait irruption chez eux deux semaines plus tôt dans le seul but de le menacer de détention.
Quelques minutes plus tard à peine, des soldats ont fait irruption violemment dans la maison et se sont mis à crier. Quand Ali a vu l’officier, il lui a demandé : « Pourquoi faites-vous une descente chez nous ? N’êtes-vous pas déjà venus ici il y a deux semaines ? » L’officier a répondu : « Je suis ici aujourd’hui pour votre femme. »
« J’étais terrifié quand j’ai entendu ça. J’ai l’habitude d’être arrêté, mais elle ne le supporte pas. J’avais peur pour elle et j’ai demandé à l’officier de m’arrêter à sa place, mais il a refusé, en disant qu’ils voulaient la voir, elle. Je leur ai demandé de lui laisser juste quelques minutes pour s’habiller, puis les femmes soldats se sont mises à lui crier de se dépêcher », nous a raconté Ali.
Pendant une heure entière, Ali a été confiné avec ses enfants dans une pièce tandis que les soldats interrogeaient Amina dans une autre.
La scène était déchirante pour les enfants, qui ont pleuré tout au long de la descente et ont supplié l’officier de ne pas emmener leur mère. Au lieu de cela, les soldats l’ont menottée devant eux et l’ont escortée jusqu’à un véhicule militaire.
L’aîné d’Amina et d’Ali a huit ans, tandis que le plus jeune n’a que trois ans. Avant son arrestation, Amina souffrait de faiblesse, de vertiges et de nausées. Après sa détention, on a découvert qu’elle était enceinte de six semaines, ce qui a aggravé les craintes d’Ali pour sa santé.
« Elle a été interrogée pendant 25 jours, puis transférée à la prison de Damon. Ils lui ont dit que sa mère et moi avions été arrêtés, juste pour lui faire peur et la pousser à s’inquiéter pour les enfants. Il n’y a pas de chefs d’accusation précis ; à chaque fois, ils avancent une accusation différente. Dernièrement, comme ils ne pouvaient rien prouver contre elle, ils ont dit qu’ils allaient fouiller son téléphone », a expliqué Ali.
Cette même nuit, les forces israéliennes ont arrêté 17 femmes palestiniennes rien qu’à Qalqilya. La plupart ont été libérées par la suite, mais quatre sont restées en détention. Trois ont été placées en détention administrative, tandis qu’Amina reste emprisonnée sans qu’on ait d’informations précises sur son sort.
Ali est profondément inquiet pour sa santé, notamment compte tenu de la malnutrition imposée aux détenus dans les prisons israéliennes. Amina souffre déjà d’anémie, et ces conditions aggravent les symptômes de son début de grossesse.
Après avoir passé au total 19 ans dans les prisons israéliennes, Ali a perdu son emploi. Aujourd’hui, il ne peut même plus sortir de chez lui pour chercher du travail, car il doit s’occuper de ses enfants. Il cuisine, fait le ménage, lave le linge, prépare ses enfants pour l’école et gère tous les aspects de leur vie quotidienne.
« Je suis en dernier semestre de mon master à Naplouse, et je dois emmener mes enfants avec moi car je ne peux pas les laisser seuls. Je comprends désormais le poids des responsabilités que ma femme a dû assumer pendant que j’étais incarcéré dans les prisons israéliennes », a-t-il déclaré.
Ali espère que le tribunal israélien acceptera de libérer Amina, même sous des conditions restrictives telles que l’assignation à résidence, en raison de son état de santé et de sa grossesse, qui ne fait l’objet d’aucun suivi médical au sein de la prison.
Cependant, lundi, le tribunal israélien a prolongé la détention d’Amina de huit jours supplémentaires sans fournir d’explication, laissant la famille anéantie et de plus en plus inquiète.
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« Les enfants pleurent son absence tous les jours. Ça me brise le cœur, et je ne sais pas quoi faire. Je fais de mon mieux pour compenser son absence, mais l’étreinte d’une mère est toujours ce qu’il y a de plus réconfortant pour ses enfants », a-t-il conclu, visiblement ému.
Un réel danger
Selon le Club des prisonniers palestiniens, les détenues sont confrontées à des conditions de détention très dures, notamment la privation de nourriture, la négligence médicale, les mauvais traitements, l’isolement cellulaire et des pratiques intrusives telles que les fouilles à nu.
La plupart des arrestations de femmes sont motivées par des accusations d’« incitation ». Depuis octobre 2023, plus de 700 Palestiniennes ont été arrêtées en Cisjordanie occupée, à Jérusalem et dans les territoires de 1948. On ne dispose toujours pas de chiffres précis concernant les arrestations à Gaza.
« Cette escalade intervient alors que les femmes palestiniennes traversent l’une des périodes les plus sanglantes de leur histoire, sur fond de violations graves et persistantes, notamment des agressions physiques et sexuelles ainsi que la détention de femmes prises en otages pour faire pression sur leurs familles », ajoute le communiqué.
En février 2025, les forces israéliennes ont intercepté le véhicule de Fidaa Assaf, âgée de 50 ans, alors qu’elle rentrait chez elle au village de Kafr Laqif, dans le nord de la Cisjordanie, après s’être rendue à l’hôpital gouvernemental de Ramallah. Les soldats l’ont menottée et arrêtée.
Fidaa a été transférée de plusieurs centres de détention avant d’être incarcérée à la prison de Damon, où elle est toujours détenue et attend son procès, plus d’un an après. Les procureurs israéliens réclameraient une peine de deux ans de prison.
Fidaa a reçu un diagnostic de leucémie en 2024. Elle a suivi plusieurs séances de traitement et doit prendre des médicaments à vie.
Son frère, Raafat Al-Ashqar, nous a confié que la famille était profondément inquiète pour sa santé, compte tenu des conditions de détention difficiles auxquelles sont soumises les détenues.
Fidaa a été transférée de plusieurs centres de détention avant d’être incarcérée à la prison de Damon, où elle est toujours détenue et attend son procès, plus d’un an après. Les procureurs israéliens réclameraient une peine de deux ans de prison.
Fidaa a reçu un diagnostic de leucémie en 2024. Elle a suivi plusieurs séances de traitement et dépend de médicaments à vie.
Son frère, Raafat Al-Ashqar, nous a confié que la famille était profondément inquiète pour sa santé, compte tenu des conditions de détention difficiles auxquelles sont soumises les détenues.
« Elle refuse de parler à qui que ce soit et préfère rester assise seule en silence tout le temps. Nous sommes très inquiets pour son état psychologique. Elle était extrêmement attachée à sa mère, et son absence lui est douloureuse. Nous sommes certains que cela fait encore plus mal à sa mère », a déclaré Raafat.
Fidaa souffre de complications de santé récurrentes, et ce n’est que lorsque son état s’aggrave qu’elle est transférée à l’infirmerie de la prison, où elle ne bénéficie d’aucun suivi médical sérieux pour sa maladie.
Des défis majeurs
Les détenues subissent des difficultés accrues en raison des pressions physiques et psychologiques qui leur sont imposées au sein des prisons israéliennes.
Amani Sarahneh, porte-parole du Club des prisonniers palestiniens, nous a expliqué que les détenues sont confrontées à de graves privations, notamment en ce qui concerne leurs besoins spécifiques en tant que femmes. Elle a ajouté que l’administration pénitentiaire israélienne utilise délibérément ces privations comme une forme de punition.
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Elle a ajouté que les détenues sont victimes d’abus et d’humiliations constants, ainsi que de sanctions arbitraires telles que l’isolement cellulaire. Dans de nombreux cas, une seule cellule accueille entre neuf et dix détenues sans que les besoins les plus élémentaires ne soient satisfaits.
« Parmi les détenues, on trouve des médecins, des journalistes, des avocates, des étudiantes, des militantes, des mères, des épouses, ainsi que des sœurs et des mères de martyrs. Au moins 40 d’entre elles sont mères, et la plupart des arrestations reposent sur de vagues allégations d’incitation », a déclaré Sarahneh.
Deux des détenues ont moins de 18 ans, dont une mineure placée en détention administrative sans avoir été inculpée.
« L’un des principaux défis auxquels sont confrontées les détenues est la pratique des fouilles à nu humiliantes, effectuées à plusieurs reprises depuis le moment de leur arrestation jusqu’à leur transfert à la prison de Damon », a-t-elle déclaré.
« Elles sont contraintes de se déshabiller sous prétexte d’une inspection. Leurs cellules font l’objet de perquisitions constantes et sont aspergées de gaz lacrymogène. Des chiens policiers sont utilisés lors des fouilles à l’intérieur des cellules, et les détenues sont contraintes de s’asseoir dans des positions humiliantes », a-t-elle expliqué.
Au cours des dernières semaines marquées par une escalade militaire impliquant l’Iran, au moins quatre incidents de répression à l’encontre de détenues de la prison de Damon ont été recensés, que Sarahneh a qualifiés d’extrêmement violents.
Auteur : Fayha Shalash
* Fayha Shalash est une journaliste palestinienne vivant à Ramallah. Diplômée de l'université de Birzeit en 2008, elle travaille depuis lors en tant que journaliste.Ses articles sont parus dans plusieurs publications en ligne, dont The Palestine Chronicle, Al-Jazeera et Al-Mayadeen.
1er août 2026 – The Palestine Chronicle – Traduction : Chronique de Palestine – Éléa Asselineau

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