L’Occident veut faire main basse sur le Venezuela

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Janvier 2019 - Manifestation à Caracas en faveur du gouvernement légitime - Photo : Telesur
Ramzy Baroud & Romana RubeoDes centaines de Palestiniens sont descendus dans les rues de Gaza sous blocus pour manifester leur soutien au gouvernement démocratiquement élu du Venezuela et à son représentant légitime, le président Nicolas Maduro.

Le Venezuela s’efforce de faire échec à une tentative de coup d’Etat soutenue par les États-Unis, Israël et de nombreux gouvernements occidentaux.

Les relations entre le Venezuela et la Palestine ont été particulièrement solides sous les présidences du dirigeant vénézuélien, feu Hugo Chavez, et du président en exercice, Maduro. Aucun de des dirigeants n’a manqué une occasion de montrer sa solidarité avec le peuple palestinien, un fait qui a toujours contrarié Tel Aviv et ses bienfaiteurs occidentaux.

Les rassemblements à Gaza constituaient cependant plus qu’une démonstration de gratitude envers un pays qui avait assez de courage pour rompre ses liens avec Israël à la suite de la guerre contre Gaza de 2008-2009 – une campagne sanglante connue sous le nom d’Opération « Plomb durci ». Des milliers de Palestiniens ont été tués dans cette guerre totalement déséquilibrée. Aucun gouvernement arabe ayant des relations diplomatiques avec Israël n’a rompu ses relations avec Tel Aviv. Tandis que Caracas – située à plus de 10 000 kilomètres – l’a fait. L’ancien président Chavez a ensuite accusé Israël de « terrorisme d’État ».

Mais la solidarité palestinienne avec le Venezuela ne se résume pas à cette histoire récente. Les Palestiniens ont subi un traumatisme collectif de plusieurs décennies dû à l’occupation militaire et au colonialisme israéliens financés par les États-Unis. Les États-Unis se sont imposés comme un « courtier honnête » afin de masquer leur ingérence politique et leur interventionnisme au Moyen-Orient, tout en soutenant pleinement et aveuglément les agressions israéliennes.

Alors que le peuple vénézuélien a parfaitement le droit de protester contre son gouvernement, d’exiger une plus grande responsabilité et des solutions économiques face à la pauvreté qui frappe le pays, personne n’a le droit de s’immiscer dans les affaires du Venezuela ou de tout autre pays souverain, où que ce soit.

Nous devons nous rappeler que le gouvernement américain n’a en réalité jamais été une source de stabilité en Amérique du Sud, certainement pas depuis la doctrine Monroe adoptée en 1823. Depuis lors, les États-Unis ont fait plus que de simples ingérences, mais de pures interventions politiques et militaires, en soutenant divers coups d’État, qui ont renversé ou tenté de renverser des gouvernements élus démocratiquement.

Ce qui est en cours à Caracas est une répétition de cette triste et tragique histoire.

Les relations malsaines entre les États-Unis et leurs voisins du sud ont pris une tournure encore plus sombre lorsqu’en 1904, le président des États-Unis, Theodore Roosevelt, a déclaré le « droit » de son pays de détenir un « pouvoir international de police » en Amérique latine. Depuis lors, toute la région est devenue l’affaire de Washington.

Toujours à la recherche d’opportunités à exploiter, Washington voit maintenant une chance de saper le Venezuela et son gouvernement élu.

Le peuple vénézuélien est aux prises avec une pauvreté terrible et une situation sociale très instable. L’hyperinflation et l’effondrement des industries pétrolières du pays ont entraîné une récession économique dramatique, et environ 10% de la population a fui le pays. De mauvais choix politiques ont entraîné une escalade de la corruption déjà endémique, un affaiblissement important de la production locale et une dévaluation croissante de la monnaie du pays.

Cependant, le consensus autour du gouvernement socialiste du président Maduro est toujours large, comme en témoigne sa victoire à l’élection présidentielle de 2018.

Malgré la présence d’environ 150 observateurs internationaux de 30 pays et organisations internationales, qui ont déclaré que la dernière élection vénézuélienne était en toute transparence, les opposants locaux, soutenus par les États-Unis et leurs alliés occidentaux et régionaux, l’ont dénoncée comme une « fraude annoncée« , avant même que Maduro ne délivre son discours à l’occasion de sa victoire électorale.

Les États-Unis et leurs alliés occidentaux sont frustrés par le fait que, malgré les problèmes économiques, la plupart des Vénézuéliens sont restés unis autour de Chavez et maintenant de Maduro, qui sont perçus, en particulier par les classes les plus pauvres, comme des dirigeants nationaux indépendants luttant contre les manœuvres déstabilisatrices et le néocolonialisme des États-Unis.

L’ordre mondial est en train de profondément se modifier, mais les élites dirigeantes américaines refusent de changer. En parlant du besoin de Washington de « protéger la démocratie » au Venezuela, le conseiller américain à la sécurité nationale – partisan inconditionnel d’Israël – John Bolton, a admis que le coup d’État au Venezuela était une opportunité pour exploiter les ressources pétrolières et naturelles du pays.

« Cela fera une grande différence pour les États-Unis sur le plan économique », a déclaré Bolton à Fox News dans une interview cette semaine, « si nous pouvions amener les sociétés pétrolières américaines à investir et à exploiter les capacités pétrolières au Venezuela. »

De manière tragique, le boycott américain contre le Venezuela a obligé le pays à vendre son or en échange de liquidités précieuses ainsi que de biens de consommation, d’aliments et de médicaments. Le coup de force est destiné à mettre complètement Caracas à genoux.

Les prédateurs occidentaux se précipitent, chaque partie jouant le rôle qui lui est confiée, comme si l’histoire se répétait. La Banque d’Angleterre (BoE) a empêché les représentants du gouvernement de Maduro de retirer 1,2 milliard de dollars d’or sur les avoirs du Venezuela. Pire, l’ingérence éhontée de pays étrangers est devenue tellement évidentre que le ministre britannique des Affaires étrangères, Sir Alan Duncan, a suggéré que la Bank of England (BoE) donne accès aux réserves d’or au chef de l’opposition auto-proclamé, Juan Guaido.

L’Allemagne, la France et l’Espagne ont lancé un ultimatum au président vénézuélien Maduro : le président dispose de huit jours pour convoquer des élections, sans quoi Guaido sera reconnu comme président. Le 31 janvier, le Parlement européen a reconnu Guaido comme un leader de facto du Venezuela, au mépris total des droits démocratiques du peuple vénézuélien.

Pourtant, aussi étrange que cela puisse paraître pour certains, Maduro jouit toujours d’une plus grande légitimité dans son pays que respectivement Donald Trump aux États-Unis ou Emmanuel Macron et en France. Pourtant, aucune entité ne menace d’intervenir en France, par exemple au nom des « Gilets jaunes », qui ont protesté par centaines de milliers pendant des semaines, réclamant la démission de Macon.

Il est doublement important que le Venezuela ne s’effondre pas face à cette sinistre campagne dirigée par les États-Unis en raison de la montée des puissances d’extrême droite en Amérique du Sud et en Amérique latine, notamment la recrudescence des forces réactionnaires au Brésil.

Si l’ordre politique du Venezuela se désintègre, d’autres seront alors également visés: la Bolivie, Cuba et même le Mexique.

Depuis le retrait partiel des États-Unis d’Irak en décembre 2011 et l’échec du « pivot en Asie » de l’administration Obama pour faire face à la domination inévitable de la Chine, les responsables politiques américains tiennent à organiser un retour en Amérique du Sud. Plus récemment, Nikki Haley, ex-ambassadrice des États-Unis auprès de l’Organisation des Nations Unies, a joué un rôle déterminant dans la formulation de la politique d’agression des États-Unis à l’encontre du Venezuela.

Maintenant que le pays est aux prises avec une pauvreté extrême – elle-même provoquée par la manipulation des prix du pétrole – les États-Unis voient une opportunité de s’engager et de récupérer son rôle destructeur et dominateur dans cette partie du monde. L’élection au Brésil du dirigeant d’extrême droite, Jair Bolsonaro, qui veut « faire revivre le Brésil » fait pencher la balance du côté des forces réactionnaires dans toute la région.

Mais le complot contre le Venezuela est aussi une occasion pour ceux qui veulent défier l’ordre ancien, de dire au gouvernement américain que « trop c’est trop », que l’âge des coups d’État et des interventions sanglantes devrait appartenir au passé et que l’Amérique du Sud ne doit plus être traitée en esclave.

Alors que les Palestiniens combattent la tyrannie israélienne depuis des années, les Vénézuéliens continueront de lutter contre la tyrannie étrangère et contre les illégales interventions politiques et militaires. Et grâce à une solidarité mondiale réelle et tangible, les deux nations l’emporteront – tôt ou tard.

Ramzy Baroud * Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle. Son prochain livre est «The Last Earth: A Palestine Story» (Pluto Press). Baroud a un doctorat en études de la Palestine de l’Université d’Exeter et est chercheur associé au Centre Orfalea d’études mondiales et internationales, Université de Californie. Visitez son site web: www.ramzybaroud.net.

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* Romana Rubeo est traductrice freelance et vit en Italie. Elle est titulaire d’une maîtrise en langues et littératures étrangères et spécialisée en traduction audiovisuelle et journalistique. Passionnée de lecture, elle s’intéresse à la musique, à la politique et à la géopolitique.


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