La loi sur la nation juive: pourquoi Israël n’a jamais été une démocratie

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Haïfa, le 18 juillet 2014 - Des policiers israéliens arrêtent des manifestants palestiniens arabes/israéliens et des militants anti-fascistes protestant contre l'attaque israélienne contre Gaza - Photo : ActiveStills.org
Ramzy BaroudAymen Odeh, représentant de la liste commune de l’Alliance arabe à la Knesset israélienne, a qualifié l’adoption de la loi raciste de l’État-nation juif de « mort de notre démocratie ».

Odeh a-t-il vraiment cru qu’avant cette loi, il avait vécu dans une véritable démocratie ? Soixante-dix ans de suprématie juive israélienne, de génocide, de nettoyage ethnique, de guerre, de siège, d’incarcération de masse, de nombreuses lois discriminatoires visant à détruire le peuple palestinien auraient dû donner assez d’indices qu’Israël n’a jamais été une démocratie.

La loi sur la « nation juive » est simplement la cerise sur le gâteau. Elle a simplement donné définitivement raison à ceux qui ont toujours soutenu – depuis le début – que la tentative d’Israël de combiner démocratie et suprématie ethnique était un racisme déguisé en démocratie.

Il n’y a plus aucun échappatoire aujourd’hui à l’impératif moral. Ceux qui s’obstinent à soutenir Israël doivent savoir qu’ils soutiennent un impitoyable régime d’apartheid.

La nouvelle loi, qui a été adoptée après fortes discussions le 19 janvier, a démoli toute prétention israélienne – même si elle a toujours été fausse – d’être un État démocratique.

En fait, la loi ne mentionne pas le mot « démocratie » dans sa formulation, pas même une fois. La référence à l’identité juive de l’État est totalement dominante, privant de façon évidente le peuple palestinien de ses droits dans sa patrie historique :

– « L’État d’Israël est l’État-nation du peuple juif …
– « Le droit à l’autodétermination nationale dans l’État d’Israël est réservé au seul peuple juif.
– « L’État travaillera pour assurer la sécurité des fils du peuple juif …
– « L’État agira pour préserver l’héritage culturel, historique et religieux du peuple juif au sein de la diaspora juive », et ainsi de suite.

Mais la plus dangereux de toutes les formulations est la stipulation que « l’État considère la colonie juive comme une valeur nationale et travaillera pour encourager et promouvoir son établissement et son développement ».

Certes, les colonies juives illégales parsèment déjà la terre palestinienne en Cisjordaonvaincantnie et à Jérusalem, et une ségrégation de facto existe déjà en Israël même. En fait, la ségrégation est si profonde et si enracinée que même les maternités dans les hôpitaux israéliens imposent une séparation entre les mères en fonction de leur origine ethnique.

Les stipulations ci-dessus, cependant, accéléreront encore la ségrégation et renforceront l’apartheid en rendant cette nouvelle blessure non seulement intellectuelle et politique, mais aussi physique.

Le Centre juridique pour les droits des minorités arabes en Israël, Adalah, a documenté dans sa « base de données des discriminations » une liste de plus de 65 lois israéliennes qui « discriminent directement ou indirectement les citoyens palestiniens en Israël et/ou les résidents palestiniens du territoire palestinien occupé » (OPT) sur la base de leur appartenance nationale.

Selon Adalah, « ces lois limitent les droits des Palestiniens dans tous les domaines de la vie : droits de citoyenneté, droit à la participation politique, droit à la terre et au logement, droit à l’éducation, droits culturels et linguistiques, droits religieux et droit à une procédure judiciaire régulière. »

S’il est exact de dire que le projet de loi de l’État juif est l’officialisation de l’apartheid en Israël, cette prise de conscience ne devrait pas écarter la réalité antérieure sur laquelle Israël a été fondé il y a 70 ans.

L’apartheid n’est pas une loi unique, mais une accumulation progressive et des plus inquiétantes d’un régime juridique complexe qui est motivé par la conviction qu’un groupe racial est supérieur à tous les autres. ***

Non seulement la nouvelle loi élèvera l’identité juive d’Israël et effacera tout engagement à la démocratie, elle dégrade également le statut de tous les autres. Les Arabes palestiniens, les natifs de la Palestine historique sur laquelle Israël a été établi, ne figuraient absolument pas dans la nouvelle loi. Il y avait une seule mention concernant la langue arabe, mais seulement pour la rétrograder d’une langue officielle à une langue « particulière ».

La décision d’Israël de s’abstenir de formuler une constitution écrite lors de sa création en 1948 n’était pas le fait du hasard. Depuis lors, il a suivi un modèle tout à fait prévisible où il modifierait la réalité sur le terrain au profit des juifs et au détriment des arabes palestiniens.

Au lieu d’une constitution, Israël a recouru à ce qu’il appelle les « lois fondamentales« , qui permettent à tout moment la promulgation de nouvelles lois guidées par l’engagement de l’État juif à la suprématie raciale plutôt qu’à la démocratie, au droit international, aux droits humains ou à toute autre valeur ethnique.

La loi sur la nation juive est elle-même une « loi fondamentale ». Et avec cette loi, Israël a abandonné la prétention si peu crédible d’être à la fois juif et démocratique. Cette prétention or des réalités était souvent laissée à la charge de la Cour suprême qui tenta, mais sans succès, de trouver un équilibre convaincant.

Cette nouvelle réalité devrait, une fois pour toutes, mettre fin au débat qui n’a que trop duré sur l’unicité supposée du système politique israélien.

Et depuis qu’Israël a choisi la suprématie raciale sur n’importe quelle autre prétention, même faible, d’une vraie démocratie, les pays occidentaux qui ont souvent protégé Israël doivent aussi choisir s’ils veulent soutenir un régime d’apartheid ou le combattre.

La première déclaration de la responsable des affaires étrangères de l’UE, Federica Mogherini, était terne et sans consistance. « Nous sommes préoccupés, nous avons exprimé cette préoccupation et nous continuerons à dialoguer avec les autorités israéliennes dans ce contexte », a-t-elle déclaré, tout en renouvelant son engagement en faveur de la « solution à deux États ».

Ce n’était pas la déclaration qui s’imposait en réponse à un pays qui vient d’annoncer son adhésion au club de l’apartheid.

L’UE doit mettre fin à son discours politique de façade et se distancier clairement de l’apartheid israélien. Ou sinon accepter les conséquences morales, éthiques et juridiques d’être complice des crimes israéliens contre les Palestiniens…

Israël a fait son choix et c’est, indubitablement, le mauvais. Le reste du monde doit maintenant faire son choix, le bon, espérons-le : se tenir du bon côté de l’Histoire – contre l’apartheid juif israélien et pour les droits des Palestiniens.

Ramzy Baroud * Ramzy Baroud est journaliste, auteur et rédacteur en chef de Palestine Chronicle. Son prochain livre est «The Last Earth: A Palestine Story» (Pluto Press). Baroud a un doctorat en études de la Palestine de l’Université d’Exeter et est chercheur associé au Centre Orfalea d’études mondiales eMa’an Newst internationales, Université de Californie. Visitez son site web: www.ramzybaroud.net.

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23 juillet 2018 – Ma’an News – Traduction: Chronique de Palestine – Lotfallah