La « Grande Marche du Retour » et la Campagne pour le Boycott d’Israël

Photo : MEE/Mohammed Al Hajjar
Le 6 avril, les Palestiniens ont été à nouveaux des dizaines de milliers à se réunirent face à la clôture de séparation avec l'Etat d'Israël [Palestine de 1948] - Photo : MEE/Mohammed Al Hajjar
Haidar EidLa seule fenêtre d’espoir pour Gaza, en plus de notre propre mobilisation de masse, réside dans la campagne en constant renforcement pour le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions [BDS].

Après avoir imposé un blocus meurtrier sur les deux millions d’habitants de la bande de Gaza depuis 11 années et lancé trois agressions massives et génocidaires au cours des sept dernières années – aidés en cela par la complicité de la prétendue communauté internationale, et le silence des régimes arabes réactionnaires – Israël a commis cette semaine un nouveau massacre contre des manifestants pacifiques commémorant le Jour de la Terre et affirmant leur Droit au Retour.

Le vendredi 30 mars, les soldats israéliens ont massacré 17 civils et blessé plus de 1 400 autres – la plupart avec des tirs à balles réelles. Selon l’armée israélienne, le massacre s’est déroulé comme prévu. Leur porte-parole a tweeté – et supprimé par la suite – que « le 30 mars rien n’a été fait de façon incontrôlée, tout était précis et mesuré, nous savons où chaque balle a atterri ».

Au début de la deuxième Intifada en 2000, j’avais écrit ce qui suit :

« Gaza est devenue une zone de guerre : le plus grand camp de concentration à la surface de la Terre est devenu un site funéraire – un cimetière bruyant. Le corps palestinien est devenu la cible ultime de la balle israélienne – le plus jeune est le mieux (Sara, une fillette de Naplouse âgée de deux ans a reçu une balle dans la tête). En d’autres termes, le corps palestinien est devenu un objet hors de toute justice : « éliminer le corps, et laisser un vide qui peut être occupé – une terre sans peuple pour un peuple sans terre (*) ».

Aujourd’hui, nous avons un sentiment de déjà-vu. Nous avons déjà connu cette situation et nous savons que nous serons plus nombreux à être tués dans ce que la BBC appelle des « affrontements » ! L’armée israélienne, ou ce que le courageux journaliste israélien Gideon Levy appelle « les Forces de Massacre d’Israël », n’est qu’une clique de voyous endoctrinés par une idéologie qui déshumanise jusqu’aux enfants et justifie le meurtre de civils innocents.

Ce n’est certainement pas le bon moment pour des questions philosophiques de hautes volée, mais que doit faire le Palestinien quand il ou elle vit une réalité politique aussi brutale ?

La question qui se pose à tous les Palestiniens de Gaza est « pourquoi est-ce permis, 24 ans après la chute du régime d’apartheid en Afrique du Sud ? » Nous savons pourquoi Israël le fait : nous sommes les « goyim » indésirables, les réfugiés dont l’existence même est un rappel constant du péché originel commis en 1948, à savoir le crime prémédité de nettoyage ethnique des deux tiers du peuple palestinien. Nous avons été maudits pour avoir simplement les « mauvaises » religion et « ethnicité », pour être nés de mères non juives ! Le problème est que nous ne mourons pas tranquillement, mais que nous faisons du bruit, beaucoup de bruit : nous frappons les murs de la cellule de Gaza – pour utiliser l’une des métaphores du célèbre intellectuel palestinien et auteur Ghassan Kanafani.

J’ai enseigné l’un des meilleurs romans de Kanafani intitulé « Tout ce qui vous reste » à mes étudiants de l’Université Al-Aqsa de Gaza. Dans ce roman, le héros, qui se trouve être un réfugié vivant à Gaza, perd tout sauf sa volonté de résister. S’accrocher à cette volonté et affronter l’horreur du colonialisme sioniste nécessite une vision. Une vision qui pourrait lui permettre de retourner à Jaffa, où il avait perdu son père aux mains des bandes sionistes en 1948. La plupart de mes élèves se reconnaissent et certains s’identifient même à lui. Ils conviennent qu’aucune solution politique ne peut être trouvée sans la mise en œuvre de la Résolution 194 de l’Assemblée générale des Nations Unies, qui appelle au retour des réfugiés palestiniens dans les villages et les villes d’où ils ont été nettoyés ethniquement en 1948. Rien d’étonnant alors, que la plupart de mes étudiants soient parmi les manifestants aux frontières de Gaza !

A Gaza, nous savons qu’Israël va s’en tirer à bon compte, simplement parce qu’il n’a jamais été tenu pour responsable des massacres qu’il a commis. Nous savons aussi qu’il va commettre des crimes de plus en plus graves.

Le rapport de la CESAO n’a-t-il pas prouvé hors de tout doute possible qu’Israël commet le crime d’apartheid contre le peuple autochtone de Palestine ? Nous savons également qu’il n’aurait pas été en mesure de mener à bien tous ces crimes sans le soutien des États-Unis et de la prétendue communauté internationale. Nous avons donc perdu espoir dans des organismes officiels tels que la Ligue arabe et l’Organisation de la coopération islamique. En lieu et place, nous comptons sur la société civile internationale pour mettre un terme à ce bain de sang permanent commis à la vue de tous par le système d’apartheid d’Israël.

L’outil ? Le Boycott, Désinvestissement et Sanctions (BDS) jusqu’à ce qu’Israël se conforme au droit international. Oublions les négociations inutiles qui se sont révélées désastreuses, comme le prédisait à juste titre Edward Saïd en 1994. Oublions la solution raciste à deux États qui a été tuée à bout portant par Israël lui-même et qui ne résoud pas ce qui est au coeur de la question palestinienne, à savoir que 6 à 7 millions de réfugiés persistent à affirmer leur droit au retour tel que stipulé par les Nations Unies.

La seule fenêtre d’espoir, en plus de notre propre mobilisation de masse, réside dans la campagne croissante pour le BDS, soutenue par des personnes conscientes dans le monde entier. Ces personnes comprennent que notre lutte est non-sectaire, et qu’elle est enchâssée dans les principes de base de la Déclaration Internationale des Droits de l’Homme. Peu importe à quel point les médias occidentaux hypocrites tentent de dissimuler la vérité !

Notes :

(*) Slogan jadis largement exploité par le mouvement sioniste pour faire croire que la Palestine était une terre inoccupée, sans habitants.

A1 * Haiddar Eid est écrivain et professeur de littérature postcoloniale à l’université Al-Aqsa à Gaza, après avoir enseigné dans plusieurs universités à l’étranger. Vétéran dans le mouvement des droits nationaux palestiniens, c’est un commentateur politique indépendant, auteur de nombreux articles sur la situation en Palestine.

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5 avril 2018 – Al-Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine

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