En criminalisant les réfugiés de l’Aquarius, l’Europe a perdu tout sens moral

Photo : El Pais/Óscar Corral
Un médecin du bateau de secours tient un bébé dans ses bras - 8 juin 2018 - Photo : El Pais/Óscar Corral
Al JazeeraSelon les groupes de défense des droits de l’homme, les politiques européennes criminalisent les personnes vulnérables, alors que des centaines de réfugiés restent bloquées en mer depuis des jours.

Des groupes de défense des droits de l’homme ont dénoncé le refus de l’Italie et de Malte de permettre à un navire de secours en mer pour les réfugiés d’accoster dans leurs ports, dans un contexte d’incertitude aggravée pour les centaines de personnes à bord, dont 123 mineurs non accompagnés.

Dans une déclaration mardi, Amnesty International a accusé les gouvernements italien et maltais de « piétiner le principe du sauvetage en mer et de saper tout le système de recherche et de sauvetage ».

« Si [ces décisions] ne sont pas remises en cause, [cela] découragera et compromettra le travail des ONG qui sauvent des milliers de migrants et de réfugiés à la dérive en Méditerranée », a déclaré Elisa De Pieri, chercheuse à Amnesty en Italie.

L’Aquarius, qui est exploité conjointement par SOS Méditerranée et Médecins sans frontières (MSF), a sauvé 629 personnes en Méditerranée et est depuis samedi, resté dans l’incapacité d’accoster.

Les personnes à bord, dont 11 enfants et sept femmes enceintes, sont originaires de plusieurs pays africains et sont parties de la côte libyenne pour rejoindre l’Europe.

Aloys Vimard, coordinateur du projet pour MSF à bord de l’Aquarius, a déclaré lundi que « bien que les gens soient calmes, nous pouvons voir qu’ils deviennent anxieux ».

« Le bateau est surpeuplé et nous sommes au-dessus de sa capacité. Nous avons des personnes très vulnérables à bord et la plupart d’entre elles sont épuisées. »

Quatre jours supplémentaires en mer

L’Aquarius a été interdit d’accoster en Italie et à Malte, les pays les plus proches, avant que le nouveau Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, ne déclare qu’il accorderait un accostage sûr dans le port de Valence.

Mais les responsables de MSF ont déclaré que le débarquement au port le plus proche était préférable à un voyage de quatre jours supplémentaires, en tenant compte de la détérioration des conditions météorologiques, des tensions et de la capacité maximale à bord de l’Aquarius.

« La meilleure option serait de débarquer les personnes secourues dans le port le plus proche, après quoi elles pourront être transférées en Espagne ou dans d’autres pays sûrs pour y être soignées et traitées », a déclaré l’organisation.

La déclaration intervient alors que les garde-côtes italiens ont annoncé qu’ils enverraient deux navires pour prendre en charge certains des réfugiés, afin de diminuer la surpopulation [dans le bateau] et pour les transporter à Valence.

MSF a également exprimé son inquiétude quant à l’état des patients qui ont dû être réanimés après le sauvetage, disant qu’ils pourraient développer « des problèmes pulmonaires graves après avoir avalé l’eau de mer ».

« Les personnes secourues en mer doivent être débarquées dans le port sûr le plus proche. »

Alors que Mme De Pieri d’Amnesty/Italie a salué l’offre du gouvernement espagnol en signe de solidarité, elle a également déclaré que cette initiative « met en évidence l’insensibilité délibérée des autorités italiennes et maltaises ».
manque de solidarité
« Cela crée un précédent qui coûtera inévitablement des vies », a-t-elle déclaré.

Comportement inacceptable de l’Italie

Les autorités nationalistes de l’île de Corse en France ont également offert de recevoir l’Aquarius, dans une initiative critiquée par le gouvernement central à Paris.
sur pièces
« [Le dirigeant corse Gilles Simeoni] prend position sans avoir aucune responsabilité, ce qui est facile », a déclaré Jean-Baptiste Lemoyne, le ministre délégué à l’Europe et aux Affaires étrangères à Sud Radio.

« Que dit le droit international, il faut aller au port le plus sûr et le plus proche et on voit que la Corse n’est ni la plus proche ni la plus sûre … Étant donné l’emplacement du bateau, c’est entre l’Italie et Malte ».

Pourtant, le président Macron a critiqué l’Italie pour son « cynisme et son irresponsabilité », déclarant lors d’un conseil des ministres qu’en droit maritime « en cas de détresse, ceux qui ont la côte la plus proche ont la responsabilité de réagir ».

« Si un bateau avait la France comme sa côte la plus proche, il pourrait accoster », a déclaré le porte-parole de Macron, Benjamin Griveaux. [Il faut prendre date de cette déclaration, et nous jugerons sur pièces le comportement des autorités françaises quand le cas se produira … N.d.T]
sur pièces
Griveaux a accusé le nouveau gouvernement d’extrême droite à Rome de manque de solidarité.

« Vous ne pouvez pas créer un précédent qui permettra à un pays européen de se décharger sur d’autres pays européens », a-t-il déclaré. « Nous devons faire preuve de solidarité, ce que l’Italie n’a pas montré. »

À l’autre extrémité du spectre, la Hongrie a salué la décision de l’Italie de refuser d’autoriser les réfugiés à accoster dans ses ports.

Viktor Orban, le premier ministre violemment anti-immigrants, a salué la décision du gouvernement italien comme « un grand moment qui peut vraiment apporter des changements dans les politiques migratoires de l’Europe ».

S’exprimant lors d’une réunion mardi avec son homologue slovaque Peter Pellegrini, M. Orban a déclaré qu’il avait été « si déprimant » d’entendre pendant des années que les frontières maritimes de l’Europe ne pouvaient être défendues « qu’on perdait pratiquement la volonté de vivre ».

« Boussole morale perdue »

Selon la Convention internationale pour la sauvegarde de la vie humaine en mer, tout navire apprenant que quelqu’un est en détresse en mer doit apporter son aide, quelles que soient les circonstances.

La convention stipule également que le pays responsable des opérations dans cette zone a la responsabilité principale d’accueillir les personnes à bord du navire.

Vimard, le coordinateur du projet MSF à bord de l’Aquarius, a déclaré qu’il était « extrêmement préoccupé » par la difficulté d’effectuer des missions de sauvetage en mer.

« Il est très inquiétant qu’une fois de plus la politique soit placée au-dessus de la sécurité des personnes vulnérables », a-t-il déclaré dans son communiqué.

« Toute personne en détresse en mer doit être secourue et traitée dans la dignité, alors que les politiques européennes criminalisent et stigmatisent les personnes demandant la protection et les droits qui leur sont accordés en vertu du droit international humanitaire ».

Karline Kleijer, une coordinatrice d’urgence pour MSF, a déclaré qu’un jeu politique se jouait sur les têtes de 629 personnes.

« Cette confrontation montre comment l’Europe a perdu sa boussole morale en Méditerranée », a déclaré MSF.

13 juin 2018 – Al Jazeera – Traduction : Chronique de Palestine

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