Voici où mène le racisme décomplexé de la sphère politico-médiatique

Photo : via réseaux sociaux
Photo : via réseaux sociaux
Daniel VanhoveAprès Utøya en Norvège, Christchurch, en Nouvelle Zélande.

Dans les deux cas, la haine. La haine à l’état pur.

Dans son expression la plus brutale, la plus violente, la plus viscérale.

Le ventre se noue, la gorge s’étreint, les larmes noient le regard. Et la tête s’ébouillante à la vue de tant de haine. Dont on se demande, presque naïvement : comment cela est-il possible ? Comment peut-on en arriver-là ? Qu’est-ce qui fait qu’un individu puisse basculer à ce point dans la détestation de l’autre ? Dans une telle ignominie ?

Puis, l’horreur… L’horreur absolue submerge tout cela !

Et la sidération aussi. Mêlée d’un immense dégoût, à la vision des crimes commis par un individu ivre, malade de racisme au point de commettre l’innommable. Au point de s’en délecter. De filmer son « trip ». D’en jouir !

Je ne céderai pas à tous les ressentiments qui montent en moi. Malgré la difficulté, je m’efforcerai de prendre du recul. Et de raison garder.

Je ne céderai pas à la tentation de ces commentaires faciles que l’on entend chaque fois, après de tels actes, déclarant que « ce n’est pas humain » … qu’il s’agirait-là « de l’acte d’un monstre, bestial » … parce que de telles déclarations ont pour objectif de se désolidariser à moindre frais d’individus qui font pourtant partie de la société. Et qu’elles évitent ainsi de remettre le modèle de cette société en question. Alors que c’est précisément à cela qu’il est urgent de procéder.

Ces individus ne surgissent pas de nulle part. Ils peuvent être nos voisins. Ceux-là mêmes à qui le commerçant du coin a vendu des armes et des munitions pour perpétrer leurs crimes. Qu’on le veuille ou non, ce sont nos semblables. Ce ne sont ni des monstres ni des bêtes inhumaines. Bien au contraire, de tels actes sont ce que l’humain est capable de produire de pire quand son mental est pollué. Et il faut le voir bien en face : aucun animal ne se comporte de la sorte. Seuls les humains en sont capables !

Et même si je peux la comprendre, je ne céderai pas non plus à la tentation d’alimenter le sentiment de la revanche. Car cela ne ferait qu’ajouter de la haine à la haine. Et que, raisonnablement, je sais que ce n’est pas, que ce n’est jamais la solution.

Par contre, je ne tairai pas ma colère !

Ma colère face à ce qu’avec quelques autres je dénonce depuis des années déjà, avec le peu de moyens qui sont les nôtres : ce terreau occidental où fleurit une haine xénophobe anti-noirs, anti-arabes et anti-immigrés dont les principaux acteurs en France se pavanent et font florès dans la plupart des cercles politico-médiatiques.

Alors que cette tragédie se déroulait en Nouvelle Zélande, un merdia polémiquait une fois encore à propos du burquini… entre autres invités connus pour leur penchant assumé de vomir tout ce qui touche à l’arabité !

Sur d’autres plateaux (CNews & RMC), une poignée de ces abonnés aux propos décomplexés avec Élisabeth Lévy d’une part, Olivier Truchot et Gilles-William Goldnadel de l’autre débattaient déjà pour dire à l’unisson qu’il fallait faire très attention qu’à la suite de cette tuerie en Nouvelle Zélande, les médias ne puissent plus dénoncer ce qu’ils ont l’habitude de déverser à longueur d’émissions, et sur les dangers de « criminaliser toute critique de l’immigration ou toute personne qui s’inquiétera du changement démographique de nos sociétés » et autres propos du même cru qui sont leur fonds de commerce les faisant exister dans ces merdias.

Il y a quelques semaines, la porte-parole de la Macronie, Mme. Aurore Berger, menaçait de poursuites Julian Branco, avocat de Julian Assange, lui reprochant « d’armer les esprits » par ses déclarations à propos des « Gilets Jaunes » … Sauf erreur de ma part, nul « Gilet Jaune » n’a jamais pris de fusil-mitrailleur pour tuer dans le tas, des civils innocents en prière.

Où est sa voix ? Que dit-elle à propos des « esprits » qu’arment et polluent à longueur d’antennes ces « éditocrates » dont, à la suite d’Anders Breivik lors de son massacre en Norvège, se revendique le tueur australien Brenton Tarrant, déclarant explicitement qu’à travers son geste, il a voulu « venger la France, victime d’une invasion par les non-blancs » ?

Et de citer ses références en la matière, brandissant la théorie du « Grand remplacement », allant de Renaud Camus à Marine Le Pen en passant par Alain Finkielkraut, roi de la victimisation et « sous-philosophe » comme le qualifiait Pierre Bourdieu. Tous champions non-déclarés d’un suprématisme blanc qui ne dit pas son nom, et sionistes avérés pour la plupart d’entre eux.

Dans un papier écrit fin 2018, Julien Lacassagne, professeur d’histoire et de géographie, reprend une déclaration de Michel Onfray en 2015 disant : « L’islam, un sujet sur lequel on ne peut pas s’exprimer » dont il pointe l’ineptie, « tant la production éditoriale concernant ce ‘problème’ n’a jamais été aussi abondante ». Indiquant que « Les productions éditoriales de cette année [2018] montrent une part démesurée d’ouvrages consacrés aux dangers de l’islamisation, juxtaposés à ceux de l’immigration, de l’incivisme scolaire ou de la criminalité ».

Ajoutant un peu plus loin que « Cette avalanche de titres semble confirmer (…) qu’il y a un juteux marché de la peur de l’islam et de l’immigration, remarquablement exploité par les éditeurs ». Et soulignant qu’ « il y a bien une vie ultérieure de l’antisémitisme occidental réincarné en islamophobie, et qui ne se contente pas de le remplacer car il alimente aussi sa propre résurgence. Est-ce vraiment étonnant qu’Eric Zemmour, contempteur féroce de l’islam, se fasse le défenseur du régime de Vichy et de Philippe Pétain qui auraient permis de sauver des Français juifs » ?

Et le professeur Lacassagne de terminer son article qui retrace « l’antisémitisme d’hier, à l’islamophobie d’aujourd’hui » par cette assertion : « A bien y réfléchir, il y a toutefois une différence majeure par rapport aux années 1930 : celle de la faiblesse, voire de l’absence d’un mouvement intellectuel et politique d’ampleur à même de dresser une force contre cette hégémonie culturelle qui chercher à faire passer l’islam et l’immigration pour des périls majeurs ».

Sauf que, le contrôle des médias n’a jamais été aussi important et qu’une poignée de milliardaires en assurent la ligne éditoriale, en accord direct avec les élus, les liant par le financement de leurs campagnes électorales de plus en plus onéreuses et rendant dès lors ceux-ci redevables. Ce qui fait une différence majeure dans la possibilité d’un débat équilibré sur la question, voire sur n’importe quel sujet de société par des mouvements qui existent bel et bien mais n’ont pas accès aux médias envahis par ces suprématistes blancs.

Loin de vouloir en rajouter une couche, je veux quand même pointer que lorsqu’un citoyen de confession juive se fait agresser en France (même quand il s’agit d’un coup qui se révèle par la suite avoir été « monté »), cette même panoplie d’histrions se poussent sur les plateaux pour hurler à « l’attentat terroriste antisémite ». Alors que dans le carnage de Christchurch en Nouvelle Zélande où près de 50 personnes sont mortes, il est question de « fusillade », ou de « crime », mais jamais « d’attentat terroriste ». Chacun pourra juger de l’imposture de ceux-là !

Et je veux dire qu’à ce stade, et malgré leur prudence de langage, leurs circonvolutions sémantiques, il ne s’agit plus de simple « islamophobie ». Ce terme-là est bien trop accommodant et ne reflète pas ce que véhiculent les interventions régulières de ces sinistres émissaires de xénophobie et de suprématisme blanc. Où il s’agit véritablement de haine xénophobe anti-arabes et anti-immigrés. Quand Mr. G-W. Goldnadel, à peine quelques heures après cet odieux attentat raciste, insiste lourdement en direct sur RMC pour dire « qu’on est très, très, très, très loin … très, très, très loin du compte, hein, en ce qui concerne l’islamisme… » n’y a-t-il pas là une manière à peine déguisée, d’en appeler au meurtre et à la poursuite de tels actes terroristes en direction des arabo-musulmans ? On n’ose même pas imaginer le tollé que de tels propos auraient provoqués s’ils avaient été proféré par un basané dans un État où les plus hautes instances du pouvoir font l’amalgame entre antisémitisme et antisionisme !

Au-delà de ma colère personnelle face à cet abject attentat, une colère citoyenne doit émerger et rejoindre celle des ‘Gilets Jaunes’, légitimes à renverser des gouvernements dont les pratiques ne nourrissent plus une saine démocratie, mais participent au contraire par de sordides calculs électoralistes, à son musellement par l’entremise de médias de caniveaux où se déverse, semaine après semaine, un racisme décomplexé qui tue !

Et vu la prédominance du discours politico-médiatique ambiant, désormais aucun pays n’est à l’abri de tels « actes terroristes » et certainement pas la France qui alimente et entretient depuis des années une politique identitaire et discriminatoire vis-à-vis des ressortissants arabo-musulmans au point que l’ONU vient de publier un rapport qui en dénonce les dérives.

a1* Daniel Vanhove est Observateur civil et membre du Mouvement Citoyen. Il a publié aux Ed. Marco Pietteur – coll. Oser Dire : Si vous détruisez nos maisons, vous ne détruirez pas nos âmes – 2004 et La Démocratie mensonge – 2008


Articles du même auteur.

18 mars 2019 – Transmis par l’auteur.