Le Fonds national juif veut multiplier les vols de terres en Palestine occupée

Septembre 2014 - Des soldats israéliens se tiennent devant la colonie de Beitar Illit en Cisjordanie, construite sur des terres appartenant au village palestinien de Wadi Fukin. Les colonies expriment dans leur laideur toute la violence faite à la Palestine et aux Palestiniens - Photo : Ahmad al-Bazz/Activestills

Par Adnan Abu Amer

L’annonce par le Fonds national juif (FNJ) de nouveaux plans pour étendre ses projets d’implantation coloniales en Cisjordanie, a soulevé de fortes critiques dans les cercles palestiniens.

Le FNJ a déclaré un changement fondamental dans sa politique coloniale, tandis que l’Autorité palestinienne (AP) a confirmé qu’elle déposerait une plainte urgente auprès de la Cour pénale internationale (CPI) contre l’organisation juive, pour avoir commis des crimes de guerre en volant des terres palestiniennes.

Le FNJ est un outil essentiel du projet sioniste en Palestine. Il suffit de savoir que le fonds ait été créé en 1901 lors du cinquième congrès sioniste, sur l’insistance de Theodor Herzl, fondateur du mouvement sioniste.

Donc, bien avant la Nakba, le FNJ a déjà joué un rôle central en étendant le contrôle des Juifs sur des centaines de milliers de dunams. Il a maintenu ces pratiques après la Nakba avec une seule différence : la confiscation des terres appartenant aux Palestiniens qui ont été déplacés de force ou ont quitté le territoire.

Les données actuelles indiquent que le fonds possède 15% de la Palestine occupée et la gère selon une approche discriminatoire et raciste fondée sur le principe selon lequel la terre est pour les juifs et que les Palestiniens n’ont pas le droit de la posséder ou d’y résider.

Cette politique n’a pas changé avec les décisions formelles de la Cour suprême israélienne fondées sur des plaintes d’organisations locales et internationales des droits de l’homme et du droit international.

Ceci est principalement dû au fait que ces décisions stipulaient que le FNJ devrait être compensé par un lot de terres de superficie équivalente pour chaque terre perdue lorsqu’un Palestinien remporte un procès et recouvre sa propriété.

Le FNJ avait toujours eu la volonté d’acquérir des millions de dons de Juifs qui sympathisent avec l’État d’occupation dans le monde et dans les pays occidentaux, mais il ne s’était pas encore directement engagé dans le financement de blocs de colonies en Cisjordanie après 1967.

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Mais le conseil d’administration de l’organisation a franchi une étape majeure ces derniers jours, en approuvant un projet de résolution qui lui permet d’étendre les colonies israéliennes à la périphérie d’Hébron, Ramallah, Bethléem et d’autres secteurs [de Cisjordanie].

Bien que cette décision risque de poser des problèmes à la nouvelle administration américaine et puisse compliquer le travail des groupes de pression juifs dans la collecte de dons pour le FNJ, il est peu probable que celui-ci revienne sur cette démarche car il estime que sa fonction historique est de servir la colonisation en tant que pilier majeur du projet sioniste.

En plus de cela, il y a le fait que l’expansion de la zone de colonisation ces dernières années s’est transformée en une vague déferlante qui inclut le gouvernement, les partis et de larges segments de la société israélienne.

L’Autorité Palestinienne (AP) a annoncé qu’elle poursuivra la JNF devant la CPI. Cela faisait suite à l’annonce par l’organisation sioniste de ses activités en Cisjordanie occupée et à Jérusalem, qui devaient être répertoriées comme l’un des outils du colonialisme de peuplement devant être poursuivis en justice.

Bien que le FNJ soit enregistré au Royaume-Uni, aux États-Unis, au Canada et en Israël en tant qu’association caritative et reçoive des dons déductibles d’impôt, ses fonds sont investis dans les colonies, ce qui est illégal.

Les débuts du JNF, connu sous le nom de Keren Kayemet, remontent à 1884 à l’initiative du mathématicien juif Hermann Schapira. Le projet a ensuite été présenté au premier congrès sioniste de 1897, mais n’a été approuvé qu’au sixième congrès en 1903.

Le FNJ était l’aile exécutive du mouvement sioniste, ouvrant la voie à l’exode palestinien.

La décision de créer le Fonds stipulait de restreindre l’utilisation de ses moyens financiers à l’acquisition de terres ou de tout droit de propriété dans la région qui comprend la Palestine, la Syrie et d’autres secteurs de la partie asiatique de la Turquie et de la péninsule du Sinaï pour y installer des Juifs.

Ces terres sont considérées comme la « propriété éternelle » des Juifs, ce qui signifie qu’il est interdit de les vendre ou d’en disposer, sauf en les louant.

Lorsque l’administration du FNJ a récemment approuvé la décision d’acheter des terres palestiniennes en Cisjordanie pour étendre le projet de colonisation, elle a envoyé plusieurs messages confirmant le rejet définitif de la solution à deux États avec les Palestiniens et a montré une nette tendance à vouloir imposer la souveraineté israélienne sur la totalité de la terre historique de Palestine.

Cela est cohérent avec l’approbation récente par le gouvernement israélien de projets d’extension des colonies, la légalisation du statut des avant-postes en Cisjordanie occupée et l’allocation de centaines de millions de dollars en budgets pour mettre en œuvre des projets d’infrastructure et de services.

Le Fonds a alloué 1,2 milliard de dollars comme budget initial pour accaparer des terres palestiniennes, tout en se voyant accorder le pouvoir d’opérer en Cisjordanie, d’organiser son travail et de lui assurer l’immunité contre les poursuites internationales.

En 1954, la Knesset avait approuvé une loi définissant la zone d’activité et le fonctionnement du FNJ, limitant ses activités aux terres soumises aux lois israéliennes.

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Plus tard, les fonctions du Fonds ont été modifiées. Ses pouvoirs ont été étendus à l’achat et à la restauration des terres, en menant des activités de boisement et en aidant les nouveaux immigrants à s’intégrer en fournissant des emplois et des services de santé.

Tout cela a contribué à la construction de colonies militaires en coordination avec l’armée d’occupation, et au financement de projets d’éducation sioniste à l’intérieur et à l’extérieur d’Israël.

Il est à noter que la décision a déclenché une vague de critiques parmi les représentants des partis du centre et de gauche en Israël, les représentants des courants politiques réformistes et conservateurs des Juifs américains, et le délégué de la direction de l’Organisation sioniste mondiale (OSM).

En conséquence, la réunion du conseil d’administration du FNJ a été reportée jusqu’à ce qu’une décision finale soit prise après les élections à la Knesset en mars prochain.

Le gouvernement israélien prévoit des relations un peu délicates avec la nouvelle administration américaine, et il a pu reporter son soutien à la décision de la JNF d’accaparer des terres en Cisjordanie pour étendre les colonies, dans la crainte de provoquer Washington.

Cependant, il est clair que la nouvelle mesure prise par l’organisation sioniste est en harmonie avec les projets de colonisation que le gouvernement israélien a récemment approuvés en confisquant des terres pour étendre les colonies en Cisjordanie – en particulier autour de Gush Etzion, dans le grand Jérusalem, dans le sud d’Hébron, les montagnes et la vallée du Jourdain, dans le cadre d’un plan intitulé « récupérer les terres ».

Par conséquent, l’application de la décision a été reportée à une date ultérieure par l’administration du FNJ, afin d’éviter des tensions politiques internes avant les élections ainsi que des difficultés avec l’administration du président américain Joe Biden sur la question des colonies.

* Adnan Abu Amer dirige le département des sciences politiques et des médias de l’université Umma Open Education à Gaza, où il donne des cours sur l’histoire de la Cause palestinienne, la sécurité nationale et lsraël.Il est titulaire d’un doctorat en histoire politique de l’université de Damas et a publié plusieurs ouvrages sur l’histoire contemporaine de la Cause palestinienne et du conflit israélo-arabe. Il travaille également comme chercheur et traducteur pour des centres de recherche arabes et occidentaux et écrit régulièrement pour des journaux et magazines arabes. Son compte Twitter.

18 février 2021 – Middle East Monitor – Traduction : Chronique de Palestine

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