Des Palestiniens disent non au travail dans les colonies

Travailleur palestinien dans une colonie exclusivement juive en Palestine occupée - Photo : archives

Par Al-Monitor

Une organisation palestinienne locale a lancé un projet intitulé « Non au Travail dans les Colonies ». Elle se fixe pour mission de fournir aide et encouragement à la création d’entreprises par les femmes palestiniennes afin de leur permettre de s’arracher de la dépendance à leur travail dans les colonies.

Hala Abdel Karim, âgée de 36 ans, fait partie des 42 femmes entrepreneurs qui ont été sélectionnées par le Centre de Développement Ma’an pour recevoir une aide financière qui leur servira à fonder leur entreprise et cela, dans le cadre du projet « Non au Travail dans les colonies ».

Elle habite dans le village de Zbeidat dans la Vallée du Jourdain, à la frontière entre les territoires palestiniens et la Jordanie.

Dans sa ferme de 650 dunums dans la vallée du Jourdain, elle a installé, grâce à l’aide financière que lui a avancée Ma’an, une serre dans laquelle elle produit des plantes aromatiques, en particulier du basilic, destinées à l’exportation.

Cette activité lui a permis de quitter son emploi dans les colonies, emploi qu’elle avait été forcée de prendre à cause du manque cruel de travail dans l’économie palestinienne.

« Nous possédons des terres agricoles mais nous n’avons pas les moyens financiers pour acheter les serres et autres intrants nécessaires à la culture des plantes aromatiques. C’est cette situation qui nous a contraintes à travailler dans les colonies afin de joindre les deux bouts » a-t’elle déclaré à Al Monitor dans une communication téléphonique.

L’entreprise de Hala l’a délivrée du labeur harassant qu’elle exerçait dans les colonies. « Je devais me lever à 5 heures du matin pour aller au travail. Nous devions travailler pendant 15 heures d’affilée à cueillir, peser, empaqueter et préparer les plantes aromatiques dans les entrepôts en vue de leur exportation et cela, pour 37 dollars la journée » a-t’elle déclaré.

Pour Hala, les conditions de travail des femmes étaient mauvaises.

« La Vallée du Jourdain est l’une des régions les plus chaudes du monde pendant l’été parce qu’elle est en dessous du niveau de la mer, ce qui implique qu’y travailler dans des serres en plastique est comme travailler en enfer. Nous n’avions cependant pas d’autre choix que d’être patientes, car c’était le seul moyen pour nous de joindre les deux bouts. Il m’arrivait souvent de voir des scorpions, des serpents et d’autres animaux pendant la récolte et je faisais de mon mieux pour éviter d’être piquée ou mordue. Je ne bénéficiais d’aucune sorte d’assurance santé. »

Mais aujourd’hui, Hala travaille dans sa propre ferme et emploie 17 travailleurs et 3 de ses frères.

Sous la devise de « Non au travail dans les Colonies » , le centre palestinien de développement Ma’an a lancé le projet Afak qui met en œuvre, dans la Vallée du Jourdain palestinienne, un projet de développement qui favorise la création d’entreprises par les femmes.

Financé par la Norvège, ce projet est une alternative au travail salarié dans les colonies.

Fayez Amro, âgée de 24 ans, fait aussi partie des bénéficiaires de ce projet. Afin d’augmenter ses chances de réussite, elle tente d’éviter d’entrer en concurrence directe avec les produits des colonies.

« C’est la première que nous produisons des raisins sans pépins dans une serre. La récolte se fera au début de février et elle sera vendue avant la saison des récoltes des colonies israéliennes où ils sont cultivés en plein air » a-t’elle déclaré à Al Monitor.

Le taux de chômage très élevé dans le marché de l’emploi palestinien est la cause principale de la recherche par les travailleurs palestiniens de travail dans les colonies israéliennes. Sont particulièrement concernés ceux de Gaza qui souffre de taux élevés de pauvreté causés par des conditions économiques désastreuses induites par le blocus imposé par Israël depuis de longues années.

D’après le Bureau Central Palestinien des Statistiques, les taux de chômage en Cisjordanie ont atteint 17% alors qu’ils étaient de 45% dans la Bande Gaza durant le second quart de l’année 2021. La distribution des taux de chômage selon les sexes est de 42% pour les femmes et de 23% pour les hommes.

Un rapport publié par l’Organisation Internationale du Travail (OIT) en avril montre que la situation des travailleurs dans la Bande de Gaza a atteint des niveaux alarmants : seulement une personne sur cinq en âge de travailler arrive à trouver un emploi.

Ce qui motive le plus la quête d’emploi dans les colonies par les travailleurs palestiniens sont les salaires élevés, soit quatre fois plus que les salaires locaux.

D’après le même rapport, le nombre de Palestiniens travaillant en Israël et dans les colonies a crû considérablement durant les dernières années et a atteint le chiffre de 133 000 travailleurs avant la pandémie, ne baissant que d’environ 6% pendant les restrictions imposées dans la lutte contre la pandémie.

Sami Khader , le directeur général du Centre de Développement Ma’an a déclaré à Al Monitor : « Nous mettons en œuvre depuis près de 20 ans dans la Vallée du Jourdain des projets visant à mettre fin à la dépendance des travailleurs palestiniens à l’égard du marché israélien de l’emploi, en particulier à l’égard de celui des colonies. »

« Les vexations que subissent les travailleurs palestiniens et en particulier les femmes, telles que les bas salaires, le harcèlement sexuel et les mauvaises conditions de travail nous ont conduits à donner la priorité aux entrepreneurs femmes et à en faire les principales bénéficiaires des aides financières, » continue Khader.

Pour la première fois depuis de longues années, un appel fait par les officiels et dirigeants palestiniens demandant aux travailleurs et entrepreneurs palestiniens de ne pas travailler et de ne pas conclure de contrats dans les colonies n’a pas été entendu et suivi. Il s’agit de l’appel lancé en février de l’année passée par le premier ministre palestinien Mohamed Shatayyeh.

L’Autorité Palestinienne pour sa part, avait lancé une campagne pour mettre fin au travail dans les colonies et pour arrêter de consommer leurs produits. Mais en vain.

Khader pense que cet appel à ne pas travailler dans les colonies est juste mais il constate que l’Autorité Palestinienne reste incapable d’offrir pour le marché palestinien, une alternative stratégique viable aux travailleurs et aux entrepreneurs.

« Cette situation est une véritable aubaine pour Israël qui en profite au maximum en délivrant de plus en plus de permis de travail aux Palestiniens, car cela lui permet, tout en profitant d’une main d’œuvre abondante, qualifiée et bon marché de saper les fondements de l’économie palestinienne et d’accroître la dépendance de celle-ci vis-à-vis de l’économie israélienne » a déclaré Khader.

Pour sa part, Adly Hanaisheh, coordinateur de projets au Centre M’aan, déclare : « Les autorités israéliennes tentent de contrôler la Vallée du Jourdain, il est donc vital de promouvoir une économie palestinienne durable afin d’augmenter la résilience de la population. C’est pour cette raison que nous fournissons aux femmes entrepreneurs, non pas des prêts qui augmenteraient la prise de risque mais des aides économiques directes suivies d’une assistance dans la commercialisation des produits. »

Commentaires du traducteur:

Pourquoi cette aide concerne-t’elle exclusivement (ou presque) les femmes? Une société est faite de femmes et d’hommes et si on veut aider cette société, on aide sans discrimination aucune les hommes et les femmes, n’est-ce pas ?
Voici l’explication à cette « reverse discrimination » fournie par Sami Khader , le directeur général du Centre de Développement Ma’an : « Les vexations que subissent les travailleurs palestiniens et en particulier les femmes, telles que les bas salaires, le harcèlement sexuel et les mauvaises conditions de travail nous a conduit à donner la priorité aux entrepreneurs femmes et d’en faire les principales bénéficiaires des aides financières ».
Je ne trouve pas cette explication très convaincante … Elle dit seulement que, à part le harcèlement sexuel, les Palestiniens et les Palestiniennes souffrent des mêmes vexations. Les critères de choix des bénéficiaires ne devraient-ils pas pas être purement économiques et sociaux plutôt que « sexistes » ? Pourquoi aider une dame palestinienne chômeuse sans enfants au détriment d’un homme palestinien chômeur et père de six enfants ? Déjà, cette dame citée dans l’article et qui fait travailler 17 personnes et … Trois de ses frères. Pourquoi [l’aider] elle et pas ses frères ou les autres travailleurs ?
Cette sorte de projet n’est pas seulement exclusivement féminin, elle est du même type que les projets promus un peu partout dans le monde par les ONG us-américaines, parfois européennes. En Algérie aussi , une grosse ONG américaine finance des associations algériennes qui militent ou « œuvrent » en vue de promouvoir l’entreprenariat féminin … Pour quelle finalité, dans quel but ? Par amour désintéressé de l’humanité ? Ces ONG « se jettent » sur ces sociétés qu’elles n’aiment pas parce que, disent-elles, elles sont écrasées par le poids des traditions. Admettons qu’elles le sont, la tâche historique de les faire évoluer appartient-elle à ces sociétés elles-mêmes ou aux Américains ?
Dans le cas de la Palestine, une société sur laquelle pèse encore le poids de la tradition et où le devoir de nourrir la famille conféré à l’homme est un commandement religieux, il est certain que de tels projets « féministes » ne contribuent absolument pas à accroître la cohésion sociale.

5 novembre 2021 – Al-Monitor – Traduction : Chronique de Palestine – Najib Aloui

2 Comments

  1. Pourriez vous me donner des informations et renseignements pour aider Ma an. Éventuellement comment acheter des herbes aromatiques pour la Belgique. Par avance merci. Courage à toutes ces Palestiniennes.Kohl

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